L'élue LFI Amal Bentounsi a piégé une CPE avec un extrait tronqué

Une querelle d'élèves, une cabale politique
Tout commence au lycée Jean Renoir de Bondy (Seine-Saint-Denis). Un établissement de plus de mille élèves. Le 16 mars, une conseillère principale d’éducation reçoit une élève de première. Le proviseur assiste à l’entretien. Le sujet : une affaire de harcèlement. Des jeunes filles racisées accusent leurs camarades blanches d’être responsables de l’esclavage. Rien de plus n’est connu — une enquête interne est en cours.
Six semaines s’écoulent. Silence radio.
Puis le 23 avril, tout bascule. Amal Bentounsi, élue d’opposition à Montreuil (LFI), également fondatrice du collectif « Urgence notre police assassine », publie sur Instagram un extrait audio de 15 secondes. On y entend la CPE prononcer une phrase ambiguë. « Un gang de black », dit-elle, selon l’extrait diffusé. Bentounsi hurle au racisme. La foule numérique aboie.
La suite est édifiante.
L’enregistrement complet dure 13 minutes. L’élève de première l’a réalisé à l’insu de la CPE. Elle l’a transmis à une amie — une copine qui venait de se faire exclure du lycée. Cette copine est de la famille de l’élue insoumise. La cassette arrive sur le bureau d’Amal Bentounsi. Elle en extrait 15 secondes. Elle les balance. Le contexte ? Évaporé. La version intégrale ? Personne ne l’a entendue.
— Qui l’a ? — Personne. — Qui la demande ? — Presque personne.
Un compte Instagram, des banderoles, un blocus
Dans la foulée de la publication surgit un compte Instagram : « racisme_genre_renoir ». Objectif : inciter les élèves à témoigner. Les élèves sont chauffés à blanc. Pendant les vacances de printemps, les messages affluent. Anonymes. Violents. Sans vérification. Le rectorat, au lieu de couper court, valide le dispositif. Il ouvre une boîte aux lettres officielle pour recueillir les accusations. Sans filtre. Sans confrontation. Sans droit de réponse pour la CPE.
Une trentaine d’élèves, encadrés par des élus insoumis et quelques enseignants du syndicat SUD, manifestent à la rentrée. Banderoles, blocus, slogans. Ils exigent la démission de toute la direction du lycée. Le racisme systémique est décrété. Preuve ? 15 secondes arrachées à 13 minutes.
Le proviseur était présent pendant l’entretien. Il peut témoigner. Mais qui l’écoute ? La CPE est suspendue à titre conservatoire. Officiellement, « pour la protéger ». En réalité, elle est livrée à la vindicte, seule.
Un rectorat aux abonnés absents
Le rectorat de l’académie de Créteil n’a pas entendu la CPE une seule fois avant de la suspendre. En priorité, il a reçu les élus insoumis — Amal Bentounsi elle-même, et la députée LFI de la circonscription, selon Le Point. La CPE a été convoquée après. Beaucoup après. Depuis six semaines, elle vit chez son fils. Elle a dû quitter son logement de fonction. Elle est terrorisée.
« Cette femme a des enfants métis, elle est mariée à un homme noir. L’accusation de racisme la détruit », rapporte Géraldine Bosner dans l’émission Les Partis Prix. Son nom, son adresse, sa vie privée ont été exposés sur les réseaux sociaux. La CPE a porté plainte pour diffamation — contre Amal Bentounsi et tous ceux qui l’ont insultée.
Le rectorat, lui, continue d’ouvrir des boîtes aux lettres anonymes.
Où est l’enregistrement intégral ? Personne ne le sait. L’élue insoumise le détient. Elle ne l’a pas rendu public. Les médias qui ont relayé l’extrait — Médiapart, France 3 — ne l’ont pas exigé. Pourquoi ?
Le parallèle avec Samuel Paty : même structure, même peur
Le Point a établi le parallèle le premier. L’affaire, dit-il, « rappelle Samuel Paty ». Et pour cause. Le mécanisme est identique : une parole isolée, extraite de son contexte, diffusée sans vérification ; une meute numérique ; des élus qui embrassent l’accusation sans preuve ; des institutions qui reculent au lieu de protéger ; un bouc émissaire livré aux réseaux sociaux.
Le film « L’Abandon », récemment sorti en salles, raconte l’engrenage qui a conduit à la décapitation de Samuel Paty. Les spectateurs reconnaîtront chaque étape : la rumeur, l’amplification, la lâcheté collective. Ici, la CPE n’est pas morte. Mais elle a perdu son travail, son domicile, sa sérénité. Elle vit planquée. Elle attend que la justice parle. — La justice parle-t-elle ? Elle a porté plainte.
Combien de temps faudra-t-il pour que la version intégrale de l’enregistrement soit versée au dossier ? Personne ne le sait. Ce qui est certain, c’est que depuis le 23 avril, on a condamné la CPE sans l’avoir jugée. Sur la foi de 15 secondes. Voilà le nouveau tribunal : Instagram.
Amal Bentounsi : une élue, un collectif, une méthode
Amal Bentounsi n’est pas une inconnue. Conseillère d’opposition à Montreuil, élue LFI, elle a fondé le collectif « Urgence notre police assassine », qui dénonce les violences policières. Un positionnement légitime — mais qui ne l’autorise pas à fabriquer un procès politique sur le dos d’une fonctionnaire.
Bentounsi a reçu l’enregistrement par un canal privé — une élève exclue, parente. Elle a choisi d’isoler 15 secondes sur 13 minutes. Elle n’a pas vérifié le contexte. Elle n’a pas contacté la CPE. Elle a posté. Point.
Son compte Instagram a servi de caisse de résonance. Le compte « racisme_genre_renoir » a relayé des témoignages anonymes. La députée LFI de la circonscription a été reçue par le rectorat avant la CPE. La machine politique a tourné à plein régime.
La plainte pour diffamation suit son cours. Mais l’élue insoumise n’a pas retiré sa publication. Pas d’excuses. Pas d’enregistrement intégral.
Pourquoi ? — Posez la question.
La boîte aux lettres des accusations anonymes : une méthode dangereuse
Le rectorat a eu une idée : ouvrir une boîte aux lettres pour recueillir les témoignages sur le « racisme systémique » au lycée Jean Renoir. Les élèves peuvent écrire anonymement. Sans être démentis. Sans être confrontés.
Cela rappelle les pires heures de la délation. Sans procédure contradictoire. Sans présomption d’innocence. Le rectorat espère « calmer les esprits ». En réalité, il légitime la chasse aux sorcières. Il donne raison aux accusateurs avant même d’avoir entendu l’accusée.
La CPE n’a pas été officiellement entendue avant la mise en place de cette boîte. Le proviseur non plus. Les élus insoumis, si. La députée, oui.
Où est l’ordre républicain ? — Il s’est volatilisé.
Sources
- Le Point — « Affaire de Bondy : le mécanisme Samuel Paty à l’œuvre », 2024.
- Actu.fr — « Lycée Jean Renoir : une CPE suspendue après un extrait audio tronqué », 2024.
- France 3 — Reportage sur l’affaire de Bondy, 2024.
- Médiapart — Publication de l’extrait audio et commentaires, 2024.
- Arrêté du 25 janvier 2021 — Modalités d’organisation des concours du certificat d’aptitude aux fonctions de conseiller principal d’éducation (education.gouv.fr).
- Émission « Les Partis Prix » — Transcript, intervention de Géraldine Bosner, François Langlais et Abnou Chalmani, date non spécifiée.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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