LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

PolitiqueÉpisode 29/57

8,1 % de chômage, 2,2 % d'inflation : la France face au choc d'Ormuz

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-13
Illustration: 8,1 % de chômage, 2,2 % d'inflation : la France face au choc d'Ormuz
© YouTube

Le chômage au plus haut depuis cinq ans

8,1 %. Le chiffre confirme une tendance lourde : le chômage augmente depuis cinq trimestres consécutifs. Mathieu Plane, économiste et directeur adjoint du département analyse et prévisions à l'OFCE, déclare : « On est vraiment dans l'inversion de la courbe du chômage et dans le mauvais sens. »

Les jeunes sont les premiers touchés. « Ils sont toujours plus exposés », explique Plane. « Dans les périodes d'incertitude, les entreprises ne renouvellent pas les intérims, les CDD. » Or, les jeunes occupent majoritairement ces contrats précaires.

Ce n'est pas une surprise. Les défaillances d'entreprises culminent à plus de 70 000 sur un an — un record, selon la source. Sylvie Villers, économiste et conseillère chez PwC France, confirme : « Les entreprises voyaient la fin de l'inflation, un retour de la consommation. Aujourd'hui, elles constatent que la consommation ne repart pas. Le climat des affaires s'effondre. » Moins d'investissements, moins d'embauches.

2,2 % qui s'ajoutent aux 6 %

2,2 % d'inflation sur un an en avril 2026. Le chiffre paraît modeste comparé aux 6 % de 2022-2023. Mais Jean-Pierre Chapel, éditorialiste économique à France Télévisions, prévient : « Il ne faut pas oublier que les prix n'ont jamais baissé. Cette hausse de 2,2 % s'ajoute aux 6 % qui nous ont traumatisés. » En clair, le pouvoir d'achat continue de se dégrader.

Et ce n'est qu'un début. Sylvie Villers alerte : « On n'en est qu'au début de l'inflation. Les entreprises répercutent leurs coûts de production. » Quand l'énergie coûte plus cher, tout le reste suit. Les ménages serrent la vis. Leur consommation s'effondre. Selon l'économiste, depuis la guerre en Ukraine, « les ménages qui avaient les moyens ont préféré mettre de côté plutôt que dépenser ». Résultat : les enseignes comme Bouchara (linge de maison) et Minelli (chaussures) ferment.

Consommation de carburant : -30 % en dix jours

Un chiffre donne le vertige. Sur les dix premiers jours de mai 2026, la consommation de carburant en France a chuté de 30 %. C'est 300 millions d'euros de recettes fiscales en moins pour l'État. Le Premier ministre l'a lui-même annoncé sur X : « L'État n'a ni recette miracle ni cagnotte fiscale. » Les Français changent leurs habitudes. Mais cette baisse de la consommation aggrave le marasme économique : moins de TICPE, moins de TVA, moins de marges pour les stations-service.

Le gouvernement promet des aides aux « gros rouleurs ». Une goutte d'eau. « Le 'quoi qu'il en coûte', c'est fini », résume l'éditorialiste. Pendant la crise du Covid, l'État avait déversé des dizaines de milliards. Aujourd'hui, le déficit est à 5 % du PIB, la dette à 115 %. « On n'a plus d'amortisseurs », souffle Mathieu Plane. « Les ménages et les entreprises sont en première ligne. »

TotalEnergies dans le viseur : superprofits et nationalisation

Dans ce paysage assombri, une entreprise trône : TotalEnergies. Des superprofits qui suscitent la colère. Selon la source, Manuel Bompard, député LFI, a affirmé que TotalEnergies avait versé « 5 100 milliards d'euros aux actionnaires sur dix ans ». De son côté, la direction de TotalEnergies rappelle avoir payé 19 milliards de taxes et impôts dans le monde l'an dernier, avec un taux d'imposition de 40 %. Le groupe emploie 16 000 entreprises françaises.

La France insoumise propose la nationalisation de TotalEnergies. Le gouvernement, lui, écarte une taxe sur les superprofits. Il préfère un plafonnement des prix à la pompe.

Mais la question est plus large. Le groupe vaut 177-178 milliards d'euros en Bourse. Philippe Dessertine, économiste à l'IAE Paris-Sorbonne, ironise : « TotalEnergies fait du trading. Elle consomme de la liquidité. Tout le monde a peur d'une crise du cash. »

Le spectre du choc pétrolier de 1973

Le blocage du détroit d'Ormuz dure depuis 2,5 mois. 20 % du pétrole mondial transite par ce goulet. Les stocks mondiaux s'épuisent à un rythme record, selon l'Agence internationale de l'énergie. Les économistes envisagent désormais le pire. « Si le baril flambe au-delà de 150 dollars et que l'inflation reprend, on se retrouve dans une situation analogue au choc pétrolier de 1973 », prévient Mathieu Plane. Jean-Pierre Chapel ajoute : « On peut même aller jusqu'à 250 dollars. » À la pompe, cela signifierait 4 euros le litre.

Et la France n'a pas les moyens de réagir. « Les caisses sont vides », répète Sylvie Villers. L'Espagne a déjà débloqué 5 milliards d'euros pour amortir le choc. La France, elle, attend. « Nous étions le pays qui aidait le plus pendant la guerre en Ukraine, maintenant nous sommes celui qui aide le moins », constate Mathieu Plane. Le gouvernement mise sur une reprise rapide du dialogue. Mais les négociations de paix à Islamabad ont échoué le 12 avril 2026. L'Iran tient bon.

Crise agricole et alimentaire en embuscade

Au-delà du pétrole, c'est l'agriculture qui inquiète. Le manque d'engrais — importés de la même région — fait craindre une crise alimentaire mondiale. Jean-Pierre Chapel : « On n'est qu'au début d'une possible crise agroalimentaire à cause de ces manques d'engrais. » Les prix des produits frais augmentent déjà. Les agriculteurs, les pêcheurs, les taxis sont en première ligne.

Le gouvernement joue la montre. Il annonce un changement d'échelle dans les aides la semaine prochaine. Mais les effets concrets se font attendre. « Les aides aux gros rouleurs, pas un centime n'a été donné », souligne Chapel. Le Premier ministre espère puiser dans un surplus fiscal. Un surplus qui n'existe pas.

Le crédit privé, une bombe à retardement ?

La crise pourrait aussi venir du secteur financier. Le crédit privé représente 2 000 milliards de dollars d'encours dans le monde. Ces fonds ont massivement investi dans l'intelligence artificielle. Or, des inquiétudes commencent à poindre. « Il y a un phénomène de panique irrationnelle », explique un expert cité dans l'émission. « Les investisseurs veulent récupérer leur argent, mais il n'est pas disponible immédiatement. »

Mathieu Plane résume : « On vit sur un volcan de dettes. » Si la crise du crédit privé s'étend, les faillites d'entreprises pourraient s'accélérer. Et la France, avec sa dette publique détenue à 50 % par des étrangers, serait vulnérable à une défiance des marchés. Sylvie Villers met en garde : « Si les investisseurs étrangers estiment que la France prend une trajectoire non soutenable, ils vendent la dette. Le risque est réel. »

À un an de la présidentielle, aucun programme économique

L'élection présidentielle se profile en mai 2027. Mais les candidats ne proposent rien, selon Philippe Dessertine. « Nada », lâche-t-il. « On a une politique complètement bloquée. Un budget à 5 % de déficit, c'est n'importe quoi. » La classe politique « regarde qui va aller aux présidentielles », sans élaborer de plan.

Le gouvernement, lui, se retranche derrière le choc externe. « Ce n'est pas un choix politique, c'est un conflit géopolitique dont on paye les conséquences », répond Mathieu Plane. Mais les Français, eux, subissent. 91 % se disent pessimistes sur l'avenir. 88 % sont inquiets pour l'économie mondiale.

Une question. Combien de temps l'économie française tiendra-t-elle avant le point de rupture ? Les experts divergent. Mais tous s'accordent sur un point : le plus dur est devant nous.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 14 · 4 AVRIL 2026

Épisode 29 · 2026-06-13

8,1 % de chômage, 2,2 % d'inflation : la France face au choc d'Ormuz

Épisode 30 · 2026-04-27

Mali : le sang et les larmes

Sur le même sujet