LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Faits diversÉpisode 4/2

Affaire Jubillar : condamné à 30 ans, il avoue le meurtre et livre le corps de Delphine

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-16
Illustration: Affaire Jubillar : condamné à 30 ans, il avoue le meurtre et livre le corps de Delphine
© YouTube

L'aveu qui change tout

Il est 6 heures du matin, ce jeudi, quand le convoi quitte la prison. Cédric Jubillar est extrait de sa cellule. Direction Cagnac-les-Mines, ce village du Tarn où tout a basculé cinq ans plus tôt. Autour de lui, plus d'une centaine de militaires de la gendarmerie quadrillent la zone. Des équipes cynophiles. Des unités de lutte anti-drone. Un dispositif « assez conséquent », selon les mots d'un journaliste de BFMTV présent sur place.

La veille, lors d'un interrogatoire mené par le juge d'instruction et la présidente de la cour d'assises de Toulouse, Cédric Jubillar a parlé. Pour la première fois. « Il s'est montré très coopératif », rapporte une source proche de l'enquête citée par BFMTV. Très coopératif parce qu'il a reconnu son implication dans la mort de Delphine. Et parce qu'il a indiqué pouvoir montrer un lieu précis : l'endroit où il avait enfoui ses ossements.

Ce lieu, les enquêteurs ne l'avaient jamais exploré. Pourtant, ils avaient ratissé des zones très étendues autour de la maison familiale. Mais pas cet endroit précis, situé à une quinzaine de kilomètres de Cagnac-les-Mines. Pourquoi ? La question reste ouverte.

Sur place, les fouilles commencent. Rapidement, des ossements sont découverts. Deux fémurs, enfouis sous un monticule de terre. Ils doivent encore être authentifiés par l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) à Pontoise. Mais pour la famille de Delphine, le doute n'est plus permis.

« Je crois que je ne réalise pas », confie un proche à France Info. « Je suis dévasté, complètement retourné. Le soulagement viendra certainement plus tard, mais pour l'instant je suis vraiment effondré. »

Cinq ans de silence

Pour comprendre ce revirement, il faut revenir en arrière. Cinq ans de procédure, de dénégations, de silence obstiné.

Le 6 juillet 2026, les deux nouveaux avocats de Cédric Jubillar, Mes Pierre et Guyyisson, s'avancent devant les caméras. Leur client vient de leur remettre une lettre d'aveu. Il reconnaît être à l'origine de la mort de sa femme. « J'ai appris à le connaître, j'ai tissé une relation de confiance, et progressivement, assez rapidement, j'ai ressenti que celui-ci avait le besoin profond de parler », explique Me Guyyisson lors d'une conférence de presse rapportée par BFMTV. « Il y a quelques semaines, il m'a dit : "Écoutez, maître, il faut que je vous dise la vérité, c'est moi." »

Selon ses avocats, c'est dans le cadre d'une dispute conjugale que « les choses ont mal tourné ». Cédric Jubillar explique avoir voulu soulager sa conscience et permettre à Delphine d'avoir enfin une sépulture — notamment pour leurs deux enfants, avec lesquels il n'a plus aucun contact.

Un mois plus tôt, lors d'une audience en visioconférence, l'avocate des enfants avait de nouveau enjoint Cédric Jubillar à dire la vérité. Elle s'était exprimée au nom de Louis, l'aîné du couple, en lui disant que son fils le suppliait de révéler où se trouvait sa mère. Sur le moment, Cédric Jubillar n'avait pas répondu. Il était resté impassible. Mais il avait entendu.

Cette requête a-t-elle été un électrochoc ? Un point de bascule ? Ses avocats le suggèrent.

Une enquête sous tension

Dès le début de l'affaire, en décembre 2020, Cédric Jubillar est considéré comme le suspect numéro un. Les éléments s'accumulent.

Cette nuit-là, tout se joue dans un créneau de cinq heures. Le petit garçon du couple, Louis, alors âgé de 6 ans, décrit avec précision le dernier numéro de l'émission « La France a un incroyable talent » qu'il a regardé avec sa mère. Il se termine à 22h59. À 4 heures du matin, Cédric Jubillar envoie un message groupé aux copines de sa femme : « Delphine a disparu. » Neuf minutes plus tard, il téléphone aux gendarmes. Il pleure. C'est un homme en panique, selon les enquêteurs cités par BFMTV.

Deux gendarmes se présentent au domicile à 4h50. Cédric Jubillar les reçoit en pyjama. Premier coup d'œil : tout paraît en ordre. Pas de scène de lutte. Pas de trace de blessure sur le mari. Les gendarmes inspectent les environs. Rien.

Mais très vite, le profil de Cédric Jubillar interroge. Un ancien collègue, Romain, le décrit comme « un gros fanfaron, quelqu'un qui a peur de rien, un sale caractère ». « Il est gentil avec les gens qui le respectent, mais si on ne le respecte pas, il peut être très mauvais », confie-t-il à BFMTV.

Surtout, au moins cinq témoins rapportent avoir entendu Cédric Jubillar proférer des menaces de mort à l'encontre de sa femme. Sa propre mère, Nadine Fabre, raconte une scène survenue trois semaines avant la disparition. Sur le parking de son travail, il lui aurait dit : « J'en ai marre, elle m'énerve. Je vais la tuer, je vais l'enterrer et personne ne va la retrouver. » Elle regrette aujourd'hui de ne pas avoir pris ces paroles au sérieux.

Delphine, elle, avait annoncé à son mari vouloir divorcer à l'été 2020. Elle avait un amant, rencontré sur un site de rencontres. Une relation qui gagnait en intensité. « Ils s'écrivaient matin, midi, soir, même la nuit, c'était une sorte de fièvre amoureuse », raconte une amie à BFMTV.

Le procès sans aveu

Malgré ces éléments, Cédric Jubillar clame son innocence. Il est mis en examen pour homicide volontaire par conjoint le 18 juin 2021 et incarcéré. Son procès s'ouvre le 22 septembre 2025 devant la cour d'assises du Tarn, à Albi.

Pendant quatre semaines, la cour entend les témoins. Jennifer, une ex-compagne de Cédric Jubillar, raconte qu'il lui a avoué le meurtre lors d'un parloir. « Il m'a dit qu'il ne s'étaient pas disputés, qu'en fait elle allait vers le canapé et qu'il l'a étranglée, et qu'elle n'a pas pu pousser de cris », témoigne-t-elle. « Il m'a dit qu'il ne reste que les os, qu'elle est dans une ferme, dans un champ. »

Marco, un ancien voisin de cellule, rapporte des confidences similaires. Une nuit, Cédric Jubillar l'aurait appelé à la fenêtre : « Je m'en suis débarrassé de l'autre. Elle a envoyé des messages à l'autre connard. J'ai pété un plomb. »

Cédric Jubillar réagit : « 95 % de ce qu'il dit est faux. » Il reconnaît seulement avoir dit que le corps était « dans une ferme qui a brûlé » — mais pour faire cesser les questions de son voisin.

Le 17 octobre 2025, après six heures de délibéré, Cédric Jubillar est condamné à trente ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son épouse. La peine requise par l'avocat général. Mais il n'avoue pas.

« Il me semble invraisemblable qu'on puisse condamner quelqu'un sur un dossier comme ça », s'indigne son avocat, Me Guyyisson, à la sortie du tribunal.

La persistance des dénégations

Ce cas illustre une réalité troublante : la difficulté du système judiciaire à obtenir la vérité matérielle avant le procès en appel, même après une condamnation.

Cédric Jubillar a nié pendant cinq ans. Il a nié pendant son procès. Il a nié après sa condamnation. Il a fallu huit mois et une lettre d'aveu pour qu'il reconnaisse les faits. Et encore : ses avocats expliquent ce silence par « la pression médiatique très forte » et « une enquête bâclée par la gendarmerie ».

« Si le travail avait été fait sérieusement, au bout de 48 heures toutes les informations auraient été recueillies et le corps de Delphine aurait été retrouvé », affirme Me Guyyisson. Une déclaration qui interroge : pourquoi l'endroit où les ossements ont été découverts n'a-t-il jamais été exploré ?

Les enquêteurs avaient pourtant placé un traceur sur le véhicule de Cédric Jubillar dès le premier jour. Son téléphone était surveillé 24 heures sur 24. Pendant six mois, aucun déplacement suspect n'a été relevé. Mais Cédric Jubillar avait six mois pour déplacer le corps, souligne BFMTV.

La question de la préméditation se pose désormais avec acuité. Lors du premier procès, Cédric Jubillar a été condamné pour meurtre sur conjoint. En appel, la qualification d'assassinat pourrait être retenue. La différence est de taille : la perpétuité.

Un procès en appel sous tension

Le 21 septembre prochain, le procès en appel de Cédric Jubillar doit s'ouvrir. Mais cette découverte rebat les cartes.

De nouveaux actes d'enquête doivent être menés : une expertise psychiatrique de l'accusé, des fouilles complémentaires, des analyses médico-légales. Tout ceci peut prendre du temps. La cour d'assises pourrait décider de reporter de quelques mois ce procès en appel.

Cédric Jubillar sera jugé comme la première fois pour meurtre sur conjoint. Mais la préméditation pourrait être retenue. Dans tous les cas, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Reste une question : Cédric Jubillar acceptera-t-il de collaborer pleinement avec la justice ? Expliquera-t-il enfin ce qui s'est passé cette nuit de décembre 2020 ? Comment Delphine est-elle morte ?

Pour la famille de la jeune femme, l'heure est au soulagement mêlé de douleur. « On avait aucun doute sur le décès de Delphine », confie son oncle à BFMTV. « Savait très bien qu'il fallait que voilà, quand on aura la confirmation, qu'on puisse faire la sépulture. »

Une sépulture. C'est tout ce qui reste à espérer, après cinq ans d'attente, de silence et de dénégations.

Sources :

  • BFMTV, « LIGNE ROUGE - Jubillar: l'heure de la vérité » (YouTube)
  • BFMTV, « Affaire Jubillar: l'avocat de Cédric Jubillar évoque le moment de la découverte des ossements » (YouTube)
  • Le Monde Justice, « Meurtre d'une surveillante en Haute-Marne en 2025 : un adolescent de 15 ans condamné à dix-huit ans de prison » (RSS)
  • France Info, « "Je crois que je ne réalise pas" : le choc à Cagnac-les-Mines après la découverte des ossements » (RSS)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 4 · 2026-07-16

Affaire Jubillar : condamné à 30 ans, il avoue le meurtre et livre le corps de Delphine

Sur le même sujet