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JusticeÉpisode 47/97

Dany Leprince : la Cour de révision annule la perpétuité, le système judiciaire sous pression

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-03
Illustration: Dany Leprince : la Cour de révision annule la perpétuité, le système judiciaire sous pression
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Les faits

Septembre 1994. Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe. Une scène d’horreur. Quatre membres d’une même famille sont retrouvés assassinés à coups de machette dans leur pavillon. Christian Leprince, son épouse, et leurs deux filles. Seule une petite nièce de deux ans, Solène, survit. Très vite, les soupçons se portent sur le frère de la victime, Dany Leprince. Employé dans une usine de boucherie, il habite juste derrière chez son frère. Il affirme n’avoir rien vu, rien entendu.

Mais l’enquête bascule sur deux témoignages. Celui de sa femme, Martine Compain, et celui de sa fille aînée, Célia. Toutes deux l’accusent. Après quarante-six heures de garde à vue, Dany Leprince avoue l’assassinat de son frère. Il se rétracte quarante-huit heures plus tard, lors de la reconstitution. « Je voulais dormir », dira-t-il. Trop tard. La machine judiciaire est lancée. En 1997, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, sans possibilité d’appel — la réforme permettant l’appel des verdicts d’assises n’interviendra qu’après.

Pourtant, les éléments matériels manquent. L’arme du crime — une machette — n’a jamais été retrouvée. Aucune empreinte digitale probante. Une trace de chaussure taille 41 est relevée sur la scène. Dany Leprince chausse du 46. Un ADN inconnu est prélevé, mais jamais identifié. Plus d’une tonne de scellés est détruite en 2001, rendant impossible toute contre-expertise. Selon les journalistes de C dans l’air, la défense a rassemblé 250 pages d’éléments nouveaux. La Cour de révision n’en a retenu que deux, mais décisifs.

Le premier : le témoignage de la petite nièce Solène, alors âgée de deux ans. De nouvelles expertises ont démontré qu’il était invraisemblable qu’un enfant de 25 mois ait pu décrire la scène comme elle l’a fait. Solène elle-même, devenue adulte, a déclaré devant la Cour : « Je ne me souviens de rien. On m’a fait dire des choses que je n’ai pas dites. » Elle a réclamé un nouveau procès.

Le second : les déclarations de Martine Compain, l’ex-épouse. Pendant deux ans, elle a livré une vingtaine de versions différentes aux gendarmes. Lors d’une expertise psychologique en 2011, elle a évoqué un rêve dans lequel elle aurait joué un rôle dans les meurtres. « Je pense que j’ai fait un rêve où j’avais un rôle », a-t-elle confié. Les experts psychiatres ont estimé que ses pertes de mémoire n’étaient pas crédibles. Pourtant, c’est sur son témoignage que l’accusation s’est construite.

La Cour de révision a donc jugé que le procès de 1997 n’avait pas été équitable. Elle annule la condamnation et renvoie Dany Leprince devant la cour d’assises du Maine-et-Loire pour un nouveau jugement. Il est aujourd’hui présumé innocent.

Le contexte

Dany Leprince a passé dix-huit ans en prison. Il en avait vingt-deux de sûreté. Libéré en 2014 après une première demande de révision — rejetée —, il n’a jamais cessé de clamer son innocence. Selon les journalistes présents sur le plateau de C dans l’air, il vivait chichement, avec une petite retraite, et n’aspirait qu’à une chose : « obtenir son honneur, sa liberté ». L’argent, dit-il, ne réparera rien.

Son avocat, Me O. Morice, a déclaré après la décision : « Aujourd’hui, il n’y a plus de boucher de la Sarthe. Il demeure monsieur Dany Leprince, présumé innocent. » Une formule qui sonne comme une réparation symbolique, mais qui ne suffira pas à effacer trente-deux années de combat.

L’affaire Leprince n’est pas un cas unique. Le nom de Dany Leprince est désormais associé à ceux de Patrick Dils, Roland Agret ou encore Omar Raddad. Ce dernier, condamné pour le meurtre de Ghislaine Marchal, n’a jamais obtenu de révision malgré des ADN inconnus et des scellés disparus. « Il y a tellement de choses dans ce dossier qui ne collent pas », résume un journaliste du Parisien présent sur le plateau. Mais la conviction des enquêteurs, une fois établie, est difficile à défaire.

Le mécanisme est connu : quand une piste est retenue, tout est fait pour la conforter. Les éléments contraires sont écartés. Dans l’affaire Leprince, les gendarmes ont mis en garde à vue toute la famille — six personnes — et ont répété à Dany qu’il était le coupable. « C’est comme si je vous prenais ce soir et que vous ne dormiez pas jusqu’à dimanche. Dimanche, je vous fais avouer ce que je veux », explique N. Poincaré, grand reporter à BFMTV. Les aveux extorqués sont un classique des erreurs judiciaires.

Ajoutez à cela des scellés détruits, des témoins décédés, une enquête bâclée. « Des scouts de France auraient mieux fait un jeu de piste que ce qu’ont fait les gendarmes à l’époque », a estimé un intervenant. La justice française a mis trente-deux ans à reconnaître ses torts. Un record.

Le traitement judiciaire

La décision de la Cour de révision est intervenue le 2 juillet 2026. Elle est rarissime : seulement treize révisions criminelles depuis la guerre. La procédure est un parcours du combattant. D’abord, une commission d’instruction de cinq magistrats examine la demande. Si elle est acceptée, la Cour de révision — treize magistrats de la Cour de cassation — statue. Dans le cas de Dany Leprince, une première requête en 2005 avait été rejetée. Une seconde, en 2011, avait abouti à une réouverture d’enquête, mais pas à un nouveau procès. La magistrate instructrice, pourtant convaincue de son innocence, avait été mise en minorité.

Cette fois, les magistrats ont estimé que les éléments nouveaux — le témoignage de la nièce et les contradictions de l’épouse — justifiaient un renvoi. Dany Leprince sera donc rejugé en première instance, avec possibilité d’appel et de cassation. Un luxe qu’il n’avait pas en 1997.

Mais le nouveau procès s’annonce périlleux. Beaucoup d’acteurs sont morts. Les scellés ont été détruits. « On ne va pas refaire une enquête, mais une relecture de ce qui a été mal fait », résume D. Delseny, journaliste au Parisien. La défense devra prouver l’innocence de son client dans un dossier vieux de trente-deux ans, sans preuves matérielles solides. Une gageure.

Parallèlement, une autre instruction est en cours à Angers, confiée au pôle cold case de Nanterre. Des policiers et gendarmes ont repris l’enquête. Ils ont mis sur écoute Martine Compain et sa fille Célia. Les résultats sont, pour l’instant, peu concluants. Mais cette procédure pourrait apporter des éléments nouveaux lors du procès.

Ce que ça dit de la France

L’affaire Leprince n’est pas qu’une histoire individuelle. Elle révèle une tension profonde dans le rapport des Français à la justice. D’un côté, l’exigence de punir les crimes les plus graves. De l’autre, la crainte de l’erreur judiciaire. Entre les deux, un système qui semble parfois dysfonctionner.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, 130 000 plaintes pour violences sexuelles contre des mineurs ont été déposées. 73 % ont été classées sans suite. Seulement 8 % des affaires de violences sexuelles aboutissent à une condamnation. Pour les viols, le taux tombe à 3 %. « Je déconseille presque aux familles d’aller jusqu’au bout du chemin judiciaire tant il est compliqué », confie une avocate citée dans le débat. Un aveu terrible.

La France compte 11 juges pour 100 000 habitants. L’Allemagne en a 25. Résultat : des procédures qui s’éternisent, des dossiers qui s’empilent, des preuves qui disparaissent. Dans l’affaire Lyhanna, une enfant de 11 ans tuée après que sa plainte a été ignorée, les dysfonctionnements administratifs ont été pointés du doigt. « C’est tout un système qui est en jeu, qu’il faut réformer », plaide l’avocate F. Rouas.

Mais le problème n’est pas seulement quantitatif. Il est aussi qualitatif. Comme le souligne un journaliste : « La justice est pratiquée par des êtres humains. Donc elle est faillible. » Des magistrats incompétents ou négligents ne sont pas toujours sanctionnés. Le Conseil supérieur de la magistrature, censé veiller à la discipline, agit rarement. Dans l’affaire d’Outreau, le juge mis en cause n’a écopé que d’une sanction minimale.

Et pendant ce temps, les victimes se heurtent au silence. « Vous déposez plainte, vous racontez ce qui vous est arrivé, et derrière on vous oppose le silence », déplore D. Delseny. Un sentiment d’abandon qui nourrit la défiance envers l’institution.

L’affaire Leprince illustre aussi une fracture territoriale. Les enquêtes menées en zone rurale, où les gendarmes sont souvent intégrés à la vie locale, peuvent souffrir d’un manque de distance. « Tout le monde se connaît. On a un suspect, on le tient, on ne cherche pas plus loin », explique un intervenant. Une fois la piste verrouillée, il est presque impossible de l’infléchir.

Pourtant, des solutions existent. La généalogie génétique, utilisée avec succès aux États-Unis, a permis récemment d’identifier le « prédateur des bois » en France. L’Assemblée nationale s’est prononcée en faveur de son utilisation à titre exceptionnel. De quoi résoudre une trentaine de cold cases. Mais la France reste frileuse, craignant une atteinte aux libertés publiques.

Alors, que faire ? Augmenter les moyens de la justice, bien sûr. Mais aussi changer la culture. Former les enquêteurs à ne pas céder à la facilité de l’aveu. Sanctionner les erreurs individuelles. Et surtout, écouter les victimes — et les présumés innocents.

Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.

Dany Leprince aura un nouveau procès. Il y sera jugé sur des faits vieux de trente-deux ans, avec des preuves disparues et des témoins morts. La justice française a une chance de se rattraper. Mais le chemin est long. Et le temps, lui, ne s’arrête pas.

À suivre.

Sources :

  • C dans l’air (France 5), émission du 3 juillet 2026, avec la participation de D. Delseny (Le Parisien), A. Goutard (France Télévisions), F. Rouas (avocate), N. Poincaré (BFMTV).
  • Données vérifiées : décision de la Cour de révision du 2 juillet 2026 (Le Monde, Libération, AFP).
  • Chiffres des violences sexuelles : ministère de la Justice, 2025.

📰Source :youtube.com

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