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JusticeÉpisode 36/83

Lyhanna, 11 ans : les failles de la justice française qui ont coûté la vie à une enfant

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-10
Illustration: Lyhanna, 11 ans : les failles de la justice française qui ont coûté la vie à une enfant
© YouTube

Août 2025. Une mère porte plainte à Toulouse.

Sa fille de 11 ans accuse Jérôme Barella de viols répétés, commis entre 2024 et 2025 à Montestruc-sur-Gers. L'expertise médicale révèle des lésions de nature sexuelle. L'expertise psychologique juge le récit crédible.

Le parquet de Toulouse est territorialement incompétent. Alors la procédure doit être transmise au parquet d'Auch, à 80 kilomètres de là – par courrier postal. Treize jours pour parcourir la distance. Sans alerte téléphonique, selon Ron Fgoas.

Une fois arrivée à Auch, l'enregistrement et la désignation d'un magistrat prennent plusieurs semaines. La brigade de gendarmerie de Lectoure ne reçoit le dossier qu'en janvier 2026.

Le parquet d'Auch prescrit des actes d'enquête, dont la garde à vue de Barella. Ces prescriptions n'auraient été suivies d'aucun effet, raconte Damien Delseni. Le 14 février 2026, le procureur appelle les gendarmes pour demander l'interpellation. Jusqu'à fin mai, aucune suite. (Oui, vous avez bien lu.)

Avant Lyhanna, une litanie d'alertes ignorées

Jérôme Barella avait déjà été signalé. Plusieurs fois.

2017 : une mère signale une relation entre Barella et sa fille de 17 ans. La jeune fille est entendue, déclare être consentante. L'enquête est classée sans suite.

2020 : Barella est licencié de la cité scolaire de Lectoure pour « relation inappropriée avec une lycéenne ». Une ancienne élève raconte à Ron Fgoas : il était connu des lycéennes pour être « très tactile ». Il aurait obtenu le numéro de téléphone et le compte Snapchat de l'une d'elles, engagé une conversation à connotation sexuelle. La direction monte une procédure disciplinaire. Il est renvoyé. Aucune procédure pénale n'est engagée, confirme la procureure d'Auch.

2022 : une fillette de 7 ans accuse Barella de viol. L'affaire est classée sans suite en 2024 pour « infraction insuffisamment caractérisée ».

Août 2025 : la plainte de la fillette de 11 ans.

Et les parents de Lyhanna avaient perçu le danger. Après une soirée pyjama chez les Barella, leur fille leur avait raconté des « chatouilles » de Jérôme. Ils lui ont demandé de ne pas le côtoyer, de s'en éloigner, de se méfier. Barella continuait d'offrir des goûters à la sortie du collège – une attention focalisée sur Lyhanna, devenue une obsession.

Le jour de la disparition : un alibi qui s'effondre

Vendredi 29 mai 2025. Lyhanna quitte le collège Hubert Rive de Fleurance. Les caméras de vidéosurveillance la montrent monter dans la voiture de Jérôme Barella.

Quand les gendarmes l'interrogent comme simple témoin, Barella répond qu'il ne l'a pas vue de la journée. Les images le contredisent. Alors il fait machine arrière : « Oui, je l'ai prise en voiture, je l'ai simplement conduite à la piscine municipale, et je l'ai déposée là. Après, je ne l'ai plus vue. »

Le soir même, Barella participe à la fête de l'école primaire de Montestruc-sur-Gers, où sa fille cadette est scolarisée en CP. Des témoins le voient prendre des photos vers 18h30. D'autres témoignages – pris avec précaution par le journaliste – le situent à la sortie de l'école à 16h30.

L'autopsie n'a pas déterminé la cause de la mort. Le corps, retrouvé six jours plus tard dans un silo à grain de la coopérative Val de Gascogne, n'a pas livré tous ses secrets. Le scénario criminel reste à préciser. Des expertises complémentaires sont en cours.

Barella, mis en examen le 2 juin 2026 pour enlèvement et séquestration de mineure de moins de 15 ans, est placé en détention provisoire. Il nie.

Une justice exsangue, des responsables pointés

43e sur 44. C'est le rang de la France en nombre de procureurs par habitant, selon la Commission européenne pour l'efficacité de la justice (CEPEJ). Le budget de la justice reste inférieur à celui de l'Allemagne.

Gérald Darmanin a parlé d'« immense échec ». Emmanuel Macron a exclu un manque de moyens et pointé des « défaillances individuelles ». Et pourtant.


Sources

  • Le Parisien – Podcast Code source avec Ron Fgoas (reporter police justice) et Damien Delseni (chef du service police justice), diffusé en juin 2026.
  • Procureure d'Auch – Conférence de presse du 3 juin 2026, citée dans le podcast.
  • CEPEJ – Commission européenne pour l'efficacité de la justice, rapport « Systèmes judiciaires européens » (2024). Classement de la France : 43e sur 44 en nombre de procureurs.
  • CIVIS – Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.
  • Témoignages – Habitants de Montestruc-sur-Gers, ancienne lycéenne de Lectoure, recueillis par Ron Fgoas.

📰Source :youtube.com

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Épisode 36 · 2026-06-10

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