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JusticeÉpisode 45/83

Ali Kore : la justice française a-t-elle laissé filer un assassin français ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-15
Illustration: Ali Kore : la justice française a-t-elle laissé filer un assassin français ?
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Le crime

27 novembre 2018. N'Djamena. Ce jour-là, Ali Kore se présente au domicile de ses beaux-parents, un revolver à la main. Il s'était entraîné à tirer — deux balles dans un champ — pour se préparer à tuer. Petit délinquant sans envergure. Existence oisive, embrumée de drogue entre la France et le Tchad. Pourtant, la vie l'a gâté. Son père, homme riche et puissant, député du parti du dictateur Idriss Déby. À sa mort, le fils hérite — et rafle tout le magot.

Ali Kore s'achète une épouse. Il la marie de force, lui fait vivre l'enfer. Son épouse — le mot est entre guillemets — s'enfuit en France pour sauver sa vie. Il ne le supporte pas. Pour lui, une femme ne s'enfuit pas.

Ce 27 novembre, il se rend armé chez sa belle-famille pour se venger. Tout est préparé — valise bouclée, vol pour la France prévu. Une fois le crime commis, il compte retrouver son épouse et la liquider. Finir le travail. Il le dit froidement lors de son interrogatoire.

Ali Kore débarque, revolver au poing. Il aperçoit son beau-frère, Ousmane Idriss Goui, 19 ans. Grand, beau, brillant. Il s'apprêtait à partir pour Poitiers, préparer médecine. Ousmane, c'était tout le contraire de l'assassin.

Il sort son arme et abat Ousmane de quatre balles dans le dos. Sans le regarder dans les yeux. Il vide aussi son chargeur sur le père, le touchant à la jambe. Le vieil homme en gardera des séquelles à vie. La police tchadienne arrête Ali Kore alors qu'il tente de fuir vers le fleuve.

La condamnation

Trente ans. C'est la peine prononcée le 1er juin 2021 par la cour criminelle de N'Djamena. L'administration tchadienne le considère comme dangereux. Ils l'envoient purger sa peine à Korotoro, prison en plein désert. Pour qu'il ne puisse pas s'échapper.

La famille de la victime croit que justice est passée. Enfin, elle va pouvoir penser ses plaies.

Mais en 2021, un événement bouleverse le Tchad. Le maréchal Idriss Déby est assassiné — circonstances obscures. Son fils adoptif, Mahamat Idriss Déby, prend la tête du pays, béni par Emmanuel Macron.

L'évasion

Au printemps 2022, Thomas Dietrich reçoit un étrange coup de fil. Un conseiller de Mahamat Déby — un ancien ami — l'appelle. Il lui dit : « Vous devez rencontrer Mahamat Idriss Déby à Paris. Trouvez un terrain d'entente. Sinon, l'assassin sortira de prison. »

Dietrich répond qu'il n'a rien à négocier. Il raccroche.

Une semaine plus tard, Ali Kore s'évade. Une prison en plein désert dont on ne s'évade pas. Et pourtant. Les autorités tchadiennes refusent de le rechercher. Le type retourne couler des jours heureux à N'Djamena, protégé par sa famille.

Selon une source diplomatique française — ce n'est pas le journaliste qui le dit — cette évasion a servi de moyen de pression contre Dietrich. Une enquête d'Afrique 21 résume l'affaire et son caractère politique.

Dietrich commence à avoir peur. Pas pour lui — pour son épouse et ses enfants. Une attestation de l'ambassade de France au Tchad décrit Ali Kore comme « un individu dangereux, susceptible de se rendre à tout moment en France à des fins de vengeance, en attendant la vie de Thomas Dietrich, mais surtout de son épouse et de ses enfants ».

Le refus de la justice française

Pourquoi la justice française refuse-t-elle d'agir ? La famille dépose une plainte à Orléans dès 2019. Ali Kore est français — oui, vous avez bien lu. Le journaliste et son épouse tentent de faire confiance à la justice. Leur avocate demande à la juge d'instruction d'émettre un mandat d'arrêt international.

À quatre reprises, la justice refuse. Sous le prétexte — assez incroyable — qu'Ali Kore ne serait pas français.

Pourtant, le dossier contient son acte de naissance délivré à Nantes. Son acte de mariage. Une lettre de Catherine Colonna indiquant qu'il est binational. D'autres jugements français où il est marqué noir sur blanc qu'il est citoyen français.

La juge répond : « Je ne suis pas sûr. Vous n'êtes rien de plus convaincant. » Il faut multiplier les recours. Des dizaines de milliers d'euros dépensés.

Même quand la magistrate a sous les yeux le passeport français d'Ali Kore — déniché par la préfecture du Loiret — elle rend un non-lieu. Le type n'est pas français. Cela ne concerne pas notre justice. Voilà.

Étrange : ce dossier était ce qu'on appelle une « affaire signalée » — sensible, avec des rapports réguliers transmis du tribunal à la chancellerie. En gros, pas le temps de vérifier la nationalité, mais le temps d'écrire des rapports jusqu'au ministère.

L'épouse de Thomas Dietrich a assigné l'État français pour faute lourde et déni de justice. Le procès est prévu pour le début de l'année prochaine.

Le mandat d'arrêt

Début 2025, la cour casse le non-lieu. Une nouvelle juge est nommée. En 24 heures — oui, 24 heures — elle vérifie la nationalité et lance un mandat d'arrêt international.

Coïncidence ? C'est pile le moment où Mahamat Déby chasse l'armée française du Tchad.

L'arrestation au Cameroun

Le 11 mai 2026, la gendarmerie camerounaise arrête Ali Kore au nord du pays. Sur la base du mandat Interpol. La famille croit que c'est la bonne. Huit ans de cauchemar vont prendre fin.

Dietrich appelle et écrit à l'ambassade de France au Cameroun. Il donne toutes les infos. Il leur dit : « Vous n'avez rien à faire, juste demander aux autorités camerounaises de garder l'assassin sous les verrous jusqu'à la demande d'extradition. Ce n'est pas une faveur, c'est l'article 51 de l'accord judiciaire France-Cameroun. »

Personne ne répond à ses mails. Personne ne se bouge. Pourtant, des coopérants français payés par nos impôts travaillent dans la gendarmerie camerounaise. À quoi servent-ils, à part appuyer la dictature de Paul Biya ?

Dietrich entend des bruits de couloir du Quai d'Orsay. Des infos contradictoires.

Ce qui devait arriver arrive. Personne ne réclame Ali Kore. Les autorités camerounaises le libèrent quelques jours après son arrestation. Grâce aux millions de francs CFA de sa famille pour corrompre les gendarmes.

C'est le représentant officiel du Tchad, Yaya Douna, qui négocie la libération. Ce charmant officiel menace l'épouse de Dietrich de mort. Il prétend donner un passeport diplomatique à l'assassin pour qu'il vienne en France et, je cite, « tous nous enterrer ».

Les questions

Pourquoi les autorités françaises sont-elles restées les bras croisés ? Racisme ? Parce qu'au fond, on se moque de l'assassinat d'un jeune Africain ? Pour ménager le régime de Mahamat Déby, avec qui Macron s'est rabiboché ? Ou pour rendre la monnaie à Dietrich, lui faire payer ses enquêtes sur la Françafrique ? Le gars nous embête, qu'il se débrouille.

Le journaliste n'a pas toutes les réponses. Mais rien — absolument rien — ne justifie le refus d'exécuter un mandat d'arrêt international ordonné par la justice française contre un ressortissant français coupable du pire des crimes. Un homme capable de recommencer, ciblant notamment des enfants.

Le contexte

Cette histoire n'est pas isolée. C'est arrivé aux proches du juge Borrel, assassiné à Djibouti en 1995 pour un trafic d'uranium militaire. Aux familles de deux gendarmes français exécutés au Rwanda pour avoir entendu ce qu'il ne fallait pas.

Ousmane, lui, ne reviendra jamais. 19 ans. La vie et le monde devant lui. Un lâche lui a tiré quatre balles dans le dos.

Sa sœur a perdu son petit frère. Elle vit depuis des années avec la terreur que ses enfants soient visés. Elle affronte ces épreuves avec plus de courage que Dietrich n'en est capable, dit-il.

Aujourd'hui, l'assassin vit sa meilleure vie. Libre. Pas parce que la justice l'a décidé — pas parce qu'un jugement l'a innocenté — mais parce que des intérêts d'État l'ont voulu.

Cette histoire n'est pas seulement la leur. Elle montre ce qui arrive quand la raison d'État écrase la vie des gens ordinaires.

À suivre.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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