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JusticeÉpisode 54/82

Martinique : 132 dossiers de viols sur mineurs, une mère raconte l'impuissance de la justice

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-12
Illustration: Martinique : 132 dossiers de viols sur mineurs, une mère raconte l'impuissance de la justice
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Le cauchemar d’une mère

« Elle a pas été plainte. Là-bas, les faits se sont produits en Martinique. Ça a traîné enfin deux ans, aucune nouvelle mais nous on attendait qu’on nous convoque. » La voix est lasse. La femme parle devant une caméra de France 24. Elle ne veut pas donner son nom. Sa fille aujourd’hui majeure a fui l’île pour étudier dans l’Hexagone. C’est là, loin de la maison, qu’elle a enfin parlé.

Les viols ont commencé à ses 5 ans. L’agresseur présumé — un membre de la famille — a agi dans le silence du foyer. La mère ne savait pas. Quand elle apprend, elle fonce au commissariat. Elle porte plainte. « Donc nous on attendait, c’est la justice qui nous convoque. On n’est pas censé savoir et puis ces histoires là, il faut pas trop parler. »

Deux années passent. Rien. Pas une convocation. Pas une audition. Pas un classement officiel. « On attend la justice. La personne est décédée. Donc bon, c’est bloqué puisque l’affaire n’a pas été traitée. »

Un point final absurde. La mort du suspect — sans jugement — ferme la porte. La plainte n’a jamais été instruite. La fille n’aura jamais de reconnaissance judiciaire. La mère non plus.

Ce cas n’est pas isolé. Il est même « loin d’être une exception », selon les avocats martiniquais interrogés par France 24.

132 dossiers, un engrenage

En 2025, 132 procédures pour viols et agressions sexuelles sur mineurs sont répertoriées en Martinique (source : France 24 – Outre Lebdo).

D’après une enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) publiée en 2018, 9,1 % des femmes et 2,9 % des hommes déclarent en Martinique avoir subi des violences sexuelles avant l’âge de 18 ans dans le cadre familial ou l’entourage proche.

« Ma plainte n’est même pas traitée »

Un avocat martiniquais, dont le nom n’est pas cité dans le reportage, décrit le quotidien des cabinets. « Il y a des dossiers où effectivement des plaintes sont déposées, où il n’y a pas de suite, non pas parce qu’elles sont classées sans suite, mais parce que la plainte en elle-même n’est même pas traitée. »

Il écrit au procureur. « Merci de nous indiquer quelles sont les suites de cette plainte. » Réponse ? « Le procureur nous répond encore en enquête, pas encore de retour d’enquête, des services d’enquête. » L’avocat ajoute : « J’en ai plein mon cabinet. »

Des dossiers qui dorment. Sans classement, sans instruction. Ni oui ni non. Juste le silence administratif. Pourquoi ? « C’est aussi parce que vous avez des cabinets d’instruction qui sont engorgés, qui ont pratiquement le double des dossiers qu’ils devraient avoir et qu’il faut mettre plus de juges d’instruction aussi pour faire des enquêtes. »

L’inceste, un fléau sous-estimé

Les violences sexuelles intrafamiliales sont souvent tues. L’enquête INED de 2018 le confirme : la majorité des faits se produisent « dans le cadre familial ou au sein de l’entourage proche ».

La mère de famille le dit : « Ces histoires là, il faut pas trop parler. »

L’affaire de cette mère est emblématique. Plainte déposée. Deux ans d’attente. Aucune audition. L’agresseur meurt. L’affaire s’éteint. La fille n’obtiendra jamais justice. Pas même une confrontation. Pas même une reconnaissance officielle du préjudice. « C’est bloqué puisque l’affaire n’a pas été traitée. »

Un système à bout de souffle

Les avocats martiniquais ne sont pas les seuls à alerter. France 24 a interrogé plusieurs avocats. Leur demande est simple : des moyens humains. « Il faut mettre plus de juges d’instruction », répète l’un d’eux. Sans eux, les cabinets restent engorgés. Les dossiers ne sont pas instruits. Les agresseurs présumés vieillissent, parfois meurent, et les victimes restent sans réponse.

Les 132 dossiers recensés ne sont que la partie émergée. Derrière, des centaines de victimes attendent. Certaines, comme la fille de cette mère, abandonnent tout espoir.

L’impuissance des mères

La mère de famille martiniquaise n’a pas abandonné. Elle a parlé, devant une caméra. Pour que sa fille sache qu’elle a fait tout ce qu’elle pouvait. Pour que d’autres mères sachent qu’elles ne sont pas seules. Mais elle a aussi un goût amer. « On attendait qu’on nous convoque. On n’est pas censé savoir. »

Le système judiciaire, censé protéger, devient un mur. Un mur d’attente, de silence, d’impuissance. La plainte existe. Le crime est documenté. Mais sans juge, sans instruction, sans audience, le crime reste impuni.

En Martinique, 132 dossiers. 132 familles qui espèrent. 132 enfants qui ne verront peut-être jamais leur agresseur condamné. Et une mère qui résume : « La justice nous convoque. » Sauf qu’elle ne convoque pas. Elle attend. Et les victimes aussi.

Combien de temps encore ?

Sources

  • France 24 – Outre Lebdo (reportage diffusé, transcript fourni)
  • Institut national d’études démographiques (INED) – enquête 2018 sur les violences sexuelles en Martinique : 9,1 % des femmes, 2,9 % des hommes déclarent des violences avant 18 ans dans le cadre familial

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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Épisode 54 · 2026-06-12

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