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JusticeÉpisode 44/82

Affaire Liana : le Garde des Sceaux reconnaît une « défaillance grave »

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-13
Illustration: Affaire Liana : le Garde des Sceaux reconnaît une « défaillance grave »
© YouTube

Une plainte pour viol déposée à Toulouse en août 2025. Un certificat médical décrit ses blessures — « extrêmement clair », dira le ministre. L’auteur présumé est identifié dans les fichiers de la police et de la gendarmerie : fiché UAGE et CIOP. Un expert rend son rapport en moins de dix jours. Neuf mois plus tard : rien. Pas de garde à vue. Pas de téléphone saisi. Aucun contact entre les enquêteurs et le parquet après le 14 février. Le Garde des Sceaux l’a reconnu devant la commission parlementaire : « défaillance grave ». Voilà.

Des preuves solides, une inertie totale

Le dossier Liana avait tout pour être traité en urgence. La plainte ? Un certificat médical implacable. L’auteur ? Déjà connu des services — fichier des agresseurs sexuels (UAGE) et casier judiciaire (CIOP). Un expert a été trouvé à Toulouse en moins de dix jours — une célérité que le ministre a lui-même saluée. « C’est assez étonnant que nous ayons trouvé à Toulouse un expert en moins de 10 jours », a-t-il déclaré.

Neuf mois plus tard, la personne n’avait toujours pas été mise en garde à vue. Les téléphones n’avaient pas été saisis. « C’est incompréhensible », a tranché le Garde des Sceaux.

Comment expliquer un tel délai ? Le courrier de transmission du dossier a mis un mois avant d’être attribué à un magistrat par le bureau d’ordre. Quand le magistrat a reçu l’enquête, il a mis un mois et demi pour saisir la brigade de gendarmerie. Ensuite, plus rien. À partir du 14 février, selon les remontées des procureurs généraux, « aucun contact entre les services enquêteurs et le parquet ».

Un signalement ignoré, des alertes enterrées

Le dossier ne s’arrête pas là. Le Garde des Sceaux a révélé que des signalements concernant l’auteur présumé n’avaient pas été suivis. L’homme travaillait en milieu scolaire. Il était père de famille. Et selon ce qui « remonte des procureurs généraux », il y aurait eu « d’autres faits de violence sexuelle dans son giron familial ». L’Éducation nationale et l’Aide sociale à l’enfance ? Pas contactées. Aucune relation établie, ni d’un côté ni de l’autre.

« Partant sans doute du principe que la mineure était protégée puisqu’elle était en Haute-Garonne et que l’auteur était dans le Gers », a expliqué le ministre. « C’est évidemment faire peu de cas des autres enfants potentiels, quand on sait que les pédocriminels sont souvent sériels. »

Une comparaison qui accable

Le Garde des Sceaux a lui-même dressé le parallèle. « Si quelqu’un venait à appeler dans la nuit la police pour dire qu’elle a été violée par son mari et frappée, cette personne serait immédiatement mise en garde à vue. On le ferait pas à la fin de l’enquête, on le ferait au début. On aurait une perquisition, on aurait mis à l’abri la dame. » Et d’ajouter : « C’est exactement ce qui nous a manqué puisque nous avions tous les éléments. »

Pour Liana, ce traitement immédiat n’a pas eu lieu. Les actes d’enquête ont été traités « comme n’importe quelle autre plainte ». Le Garde des Sceaux a reconnu une erreur collective : « Je crains que l’une des difficultés, c’est que nous ayons traité collectivement cette plainte comme on traite n’importe quelle autre plainte, et qu’on n’a pas compris que la garde à vue était au début et pas à la fin. »

Un fonctionnement des parquets en question

Le Garde des Sceaux s’est interrogé sur les méthodes : « Comment on envoie par voie postale un dossier alors même qu’internet et les messageries numériques existent depuis les années 90 dans les juridictions sans passer un coup de téléphone pour dire à son collègue : je t’envoie quelque chose d’important avec un viol sur mineur caractérisé ? » Le ministre a pointé un défaut de priorisation : le dossier Liana a été traité « comme n’importe quelle autre plainte ».

Ce qu’il reste à savoir

Le Garde des Sceaux a parlé de « défaillance grave ». Rien n’a été dit sur le sort concret de Liana, sur les mesures prises pour la protéger, sur le suivi de l’auteur. À suivre.

📰Source :youtube.com

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