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SociétéÉpisode 54/92

Inceste : le rapport qui accuse la justice d'abandonner les enfants

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-10
Illustration: Inceste : le rapport qui accuse la justice d'abandonner les enfants
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Ces mots — Ma de Petit, présidente de la commission d'enquête parlementaire sur l'inceste — résument un constat sans appel. Cinq mois de travaux. 43 auditions. 132 personnes entendues. Le rapport publié ce 9 juillet 2026 étrille la justice française. Il qualifie l'inceste de « crime de masse ». Il propose 49 mesures pour inverser la tendance.

Mais derrière les chiffres, il y a des vies brisées. Celle de Carl, 12 ans, pendu le 29 juin 2021. Celle de sa sœur, Steffy Alexandrian — juriste, fondatrice de l'association Carl, qui se bat depuis des années. Ce combat, la commission l'a entendu. Reste à savoir si la France, cette fois, agira.

Les faits, sans détour

Selon la source, chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France. Dans 81 % des cas, l'agresseur est un membre de la famille. Pourtant, en 2024, 41 % des viols incestueux ont été classés sans suite.

« Le traitement judiciaire est totalement catastrophique », a déclaré un député lors de la présentation. « Le déni n'est nulle part aussi fort qu'au sein de l'autorité judiciaire. »

Les auditions ont révélé des histoires insoutenables. Des mères protectrices poursuivies pour non-représentation d'enfant après avoir refusé de remettre leur fils ou leur fille à l'agresseur présumé. Des enfants contraints par la justice de passer des week-ends chez leur père violent. Et des suicides. Celui de Carl, 12 ans, est devenu un symbole. « Le 29 juin 2021, je suis rentrée chez moi et j'ai trouvé mon petit frère Carl Pendu. Il avait 12 ans. 12 ans seulement », a témoigné Steffy Alexandrian devant la commission, selon la source. Son association, Carl, est submergée d'urgences — surtout pendant les vacances scolaires.

Le rapport pointe aussi des défaillances systémiques. Les experts psychologues et psychiatres sont trop peu nombreux, pas toujours spécialisés. Certains utilisent encore des concepts bannis par la communauté scientifique — comme le syndrome d'aliénation parentale. « Ils prennent partie pour le parent mis en cause parfois sans avoir même rencontré l'enfant », a dénoncé Émilie Bonivard, députée LR membre de la commission, lors de l'émission LCP.

Le chemin qui a mené à ce rapport

La commission d'enquête parlementaire sur l'inceste est née après des années de mobilisation associative et médiatique. Le précédent rapport de la Ciivise avait déjà dressé un constat alarmant — mais sans suite législative concrète. Cette fois, les députés ont voulu aller plus loin. Christian Baptiste, député socialiste de Guadeloupe et rapporteur de la commission, a expliqué sur LCP : « Nous étrions le manque de politique publique à part entière en matière d'inceste familial. Il n'y en a pas. »

Steffy Alexandrian, elle, incarne cette lutte. Juriste de formation, elle a fondé l'association Carl après la mort de son frère. Son combat est devenu personnel et politique. « J'ai été une victime. J'ai été le parent protecteur d'une victime, en tout cas la grande sœur », a-t-elle confié. Auditionnée par la commission il y a quelques semaines, son témoignage a marqué les députés. « Il y a eu des auditions absolument terribles, des députés qui avaient du mal à rester », a raconté Émilie Bonivard.

Le rapport s'inscrit dans un calendrier législatif chargé. La semaine prochaine, un projet de loi sur la protection de l'enfance arrive à l'Assemblée nationale. À l'automne, une loi intégrale devrait intégrer plusieurs des 49 mesures proposées.

Une justice accusée au cœur du rapport

Le cœur du rapport, c'est la critique de la justice. 41 % des viols incestueux classés sans suite en 2024. Les parlementaires dénoncent un « dogme de la coparentalité » qui l'emporte sur la protection de l'enfant. « Aujourd'hui, on a une autorité parentale qui est sacrée », a résumé Christian Baptiste. « Ce dogme-là, cette protection de la famille et du lien avec le parent l'emporte sur la protection de l'enfant. »

Les recommandations sont précises. Créer un statut de parent protecteur — pour que les mères (ou pères) qui refusent de livrer leur enfant à un agresseur présumé ne soient plus poursuivis pénalement. Dépénaliser la non-présentation d'enfant en cas de suspicion de violences, comme le recommande le rapport. Instaurer une ordonnance de protection et un juge unique pour ces affaires. Prendre obligatoirement en compte le refus de l'enfant de voir son parent, quel que soit son âge, sauf décision spécialement motivée.

Autre mesure clé : l'imprescriptibilité des viols sur mineurs. « Vous avez l'amnésie traumatique. Le temps ne doit pas être en la défaveur d'une victime », a plaidé Christian Baptiste. Le rapport propose aussi de considérer les troubles psychotraumatiques comme des preuves médico-légales.

Les députés ne ménagent pas les experts judiciaires. « Certains ont encore recours à des concepts pourtant bannis par la communauté scientifique », a dénoncé Émilie Bonivard. La formation des magistrats et des psychologues est jugée insuffisante. « Ce n'est pas en quelques semaines qu'on forme correctement les acteurs amenés à recueillir la parole de l'enfant », a insisté le rapporteur.

Ce que ce rapport révèle de la France

Au-delà du constat judiciaire, ce rapport met au jour une tension profonde. D'un côté, la présomption d'innocence et le sacro-saint lien parental. De l'autre, la protection de l'enfant — trop souvent reléguée au second plan. « Le principe de précaution n'est pas suffisamment ancré dans la justice », a déploré Christian Baptiste. Résultat : des enfants sont renvoyés chez leur agresseur, parfois jusqu'au drame.

Les inégalités territoriales sont aussi pointées. Le rapport souligne la « particulière vulnérabilité des territoires ultramarins », où les moyens judiciaires et sociaux sont encore plus réduits. Christian Baptiste, député de Guadeloupe, en a fait un cheval de bataille. « Il faut une vision prospective dans les lois de finances », a-t-il plaidé.

Mais au-delà des institutions, c'est un silence collectif qui est dénoncé. « Le silence familial est l'allié le plus puissant de l'inceste », a rappelé un intervenant. La prévention doit s'adresser aux auteurs, pas seulement aux victimes. Et la société dans son ensemble doit cesser de détourner le regard. « Si les enfants savaient qu'il y a des choses absolument interdites, et que c'était traité de façon médiatique, globale, peut-être que leur parole serait plus facile », a suggéré Marie-Claude Bossière, pédopsychiatre, sur LCP.

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant. Le projet de loi sur la protection de l'enfance arrive la semaine prochaine. La loi intégrale est prévue à l'automne. Mais sans moyens, sans volonté politique, les 49 mesures risquent de rester lettre morte. « Il faut mettre l'urgence, mais surtout voir les prochaines lois de finances », a prévenu Christian Baptiste.

Steffy Alexandrian, elle, continue son combat. Son association Carl est débordée. « On attend des drames et des drames, et quand bien même aujourd'hui on est tous à dire c'est catastrophique, il en faudra encore », a-t-elle lancé, amère. Le rapport est là. Les mots sont forts. Reste à savoir si la France, cette fois, écoutera ses enfants.

À suivre.

Sources : LCP – Chaque voix compte (09/07/2026) ; Arte – Inceste : le combat de Steffy Alexandrian ; franceinfo.fr ; la1ere.franceinfo.fr ; la-croix.com.

📰Source :youtube.com

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