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JusticeÉpisode 10/57

Gérald Darmanin recule : les crimes sexuels exclus du plaider coupable

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-13
Illustration: Gérald Darmanin recule : les crimes sexuels exclus du plaider coupable
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Le revirement qui sent le souffre

Commençons par le commencement. Le 12 mai 2026, la veille de l'interview sur France Inter, Darmanin annonce qu'il exclut les crimes sexuels du plaider coupable criminel. Pourquoi ? Parce que "nous n'avons pas de majorité à l'Assemblée nationale", admet-il à Benjamin Duhamel. Le texte a pourtant été validé par le Sénat et soutenu par le Conseil d'État. Mais les députés ne suivent pas. Alors Darmanin plie.

"Je suis un réaliste", justifie-t-il. Un réalisme qui sent la peur de voir sa réforme entièrement coulée. Car le plaider coupable criminel était la mesure la plus controversée de son projet de loi. Permettre à un accusé de viol de négocier sa peine avec le parquet, même avec l'accord de la victime — l'idée a provoqué une levée de boucliers. Avocats, magistrats, associations féministes : tous ont crié au scandale.

Retenez ce détail : Muriel Robin, lors de la cérémonie des Molières, a interpellé le ministre en direct. "Un viol, ça ne se négocie pas, ça se juge", a-t-elle lancé. Des mots qui ont fait mouche. Darmanin l'admet : "J'ai entendu beaucoup d'interpellations, dont certaines étaient à la fois extrêmement sincères et parfois justes." Il concède que sur les crimes sexuels, "le procès est forcément une catharsis" nécessaire pour les victimes.

Mais alors, pourquoi avoir proposé cette mesure en premier lieu ? Pourquoi avoir bravé l'opposition de toute la profession ? La réponse est dans les chiffres. La justice française étouffe. Les délais d'audience pour viol atteignent six, sept, parfois huit ans. Les accusés meurent avant d'être jugés. Les victimes attendent. Darmanin voulait accélérer, à tout prix. Au prix de la dignité des victimes de viol.

Aujourd'hui, il recule. Mais pas sur tout. Le plaider coupable criminel subsistera pour les braquages et les coups mortels. Soit "quelques dizaines de cas par an", selon ses propres mots. Un chiffre dérisoire quand on sait que la justice compte des centaines de milliers d'affaires chaque année. La mesure ne désengorgera rien du tout.

Les vraies raisons d'un compromis bancal

Darmanin avance deux justifications. La première : l'absence de majorité. "Même si ça a été validé par le Sénat et même si le Conseil d'État l'a soutenu", il faut composer. En clair, les députés de la coalition présidentielle n'étaient pas prêts à voter une mesure aussi explosive en année pré-électorale. Trop risqué politiquement.

Deuxième raison : les discussions avec les avocats. "J'ai longuement discuté avec les avocats", insiste Darmanin. Ces derniers ont fait valoir que le plaider coupable criminel, appliqué aux crimes sexuels, créerait une justice à deux vitesses. Les riches pourraient négocier, les pauvres iraient aux assises. Et surtout, la parole des victimes serait une nouvelle fois bafouée.

Mais le ministre ne cède pas sur tout. Il maintient que l'Espagne, pays modèle selon lui, applique le plaider coupable à 90 % des affaires, délits comme crimes. Une comparaison trompeuse. Car en Espagne, le système judiciaire est structuré différemment, et les garanties pour les victimes ne sont pas les mêmes. Darmanin le sait. Il l'utilise comme argument rhétorique.

Pourtant, il rencontre aussi des victimes. Certaines, "sans doute minoritaires", lui disent qu'elles ne veulent pas de procès. Elles veulent juste que l'auteur reconnaisse les faits. "Elles ne veulent pas vivre le moment extrêmement difficile du procès", explique-t-il. Une réalité rarement évoquée. Mais la majorité des victimes, elles, réclament un jugement public. La catharsis du procès.

Alors, pourquoi ce compromis ? Parce que Darmanin veut sauver les autres mesures de son texte. La création de 68 tribunaux supplémentaires, la réforme des nullités, la généalogie génétique pour les cold cases. Des avancées réelles, mais qui passent au second plan. Le plaider coupable criminel a phagocyté le débat.

Narcotrafic : la bataille perdue d'avance

En parallèle, Darmanin doit gérer une autre urgence : la guerre des gangs. En 48 heures, trois morts près de Lyon dans un incendie criminel lié au narcotrafic. À Nice, lundi, une fusillade en plein jour fait deux morts et plusieurs blessés. Et lundi prochain s'ouvre à Marseille le procès du "clan Yoda", rivaux de la DZ Mafia.

Interrogé sur France Inter, Darmanin reconnaît que la bataille "n'est pour l'instant pas gagnée". Pire : il compare le narcotrafic au terrorisme. "C'est une menace de sécurité intérieure équivalente", dit-il. Mais les moyens ne suivent pas. "Je suis un peu seul à le dire", regrette-t-il.

Il rappelle les mesures prises : prisons de haute sécurité, parquet anti-narco sur le modèle italien, statut du repenti. Mais les résultats tardent. Les fusillades continuent. Les villes sont quadrillées par les trafiquants. Et la justice, engorgée, ne parvient pas à suivre.

Le procès du clan Yoda est un test. Darmanin assure n'avoir "pas d'inquiétudes" sur son bon déroulement. Mais les autorités redoutent des violences. Le précédent procès de la DZ Mafia avait été marqué par des tensions extrêmes. La justice sous haute surveillance.

Présidentielle : Darmanin joue sa propre carte

Le ministre ne cache pas ses ambitions. Interrogé sur la course à l'Élysée, il critique l'absence d'idées des candidats. "Il y a beaucoup de candidats et peu d'idées, c'est un peu inquiétant", lance-t-il. Il prédit un second tour Mélenchon contre Le Pen ou Bardella. "Il faut être bouché à l'Emery pour ne pas le voir", ajoute-t-il, dans un clin d'œil à sa région natale.

Quant à son propre avenir, il ne ferme aucune porte. "Inch'Allah", répond-il quand Benjamin Duhamel évoque une candidature. Puis, plus sérieux : "L'élection présidentielle est sans doute la plus importante que nous allons vivre depuis au moins 30 ou 40 ans." Un discours qui sent la préparation.

Il rend hommage à Édouard Philippe, son "ami", mais critique la droitisation de LR. Il évoque sa "fibre sociale", son attachement aux "hématomes" des Français. Des mots qui sonnent comme une profession de foi. Darmanin veut incarner une troisième voie, entre la droite dure et la gauche radicale.

Mais pour l'instant, il est ministre de la Justice. Et son bilan est contrasté : un revirement sur le plaider coupable, une lutte inaboutie contre le narcotrafic, et une réforme judiciaire en chantier. Suffisant pour briguer l'Élysée ? Rien n'est moins sûr.

Une justice à deux vitesses

Le vrai problème, c'est la lenteur. Darmanin le répète : six à huit ans d'attente pour un procès de viol. Les victimes vieillissent, les accusés décèdent. La justice française est asphyxiée. Mais la solution du plaider coupable, même édulcorée, n'est pas la bonne.

Car elle crée une justice à deux vitesses. Pour les braquages, on négocie. Pour les viols, on juge. Mais les délais restent les mêmes. Les tribunaux supplémentaires promis ne verront le jour que dans des années. Et les moyens manquent.

Les avocats l'ont dit : le plaider coupable criminel, c'était un "cadeau aux délinquants". Darmanin a reculé. Mais il n'a pas changé de logiciel. Il veut toujours accélérer, coûte que coûte. Quitte à sacrifier les droits des victimes sur l'autel de l'efficacité.

Le compromis trouvé est bancal. Il ne satisfait personne. Les victimes de viol conservent leur droit à un procès, mais continueront d'attendre des années. Les braqueurs, eux, pourront négocier. Une justice à deux vitesses, en effet.

Sources

  • France Inter – Les 7h49 avec Benjamin Duhamel (13 mai 2026)
  • Le Parisien – 20 décembre 2025 (interview sur le narcotrafic)
  • Cérémonie des Molières – Interpellation de Muriel Robin
  • Conseil d'État – Avis sur le projet de loi (non daté, mentionné par Darmanin)
  • Sénat – Vote du texte (non daté, mentionné par Darmanin)

📰Source :youtube.com

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