LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

JusticeÉpisode 19/31

Pegasus : les ex-dirigeants face à la justice française pour espionnage illégal

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-20
Illustration: Pegasus : les ex-dirigeants face à la justice française pour espionnage illégal
© Illustration Le Dossier (IA)

Deux anciens dirigeants. Un logiciel de guerre. Des centaines de victimes françaises. La justice ouvre enfin le dossier brûlant de Pegasus — ces dirigeants savent-ils où mènent les traces ?

Une audition historique — et tardive

Ils ont fait trembler des États. Mis sur écoute journalistes, opposants, ministres. Ce 15 avril 2026, deux ex-dirigeants de NSO Group — l'entreprise israélienne derrière Pegasus — comparaissent enfin. Pas à Jérusalem. À Paris.

"Nous coopérons pleinement", ont-ils déclaré. Les documents, eux, racontent une autre histoire. Depuis 2021, au moins 50 numéros français figuraient sur les listes de cibles. Des preuves accablantes. Une réponse judiciaire au ralenti.

Pourquoi cinq ans d'attente ? La juge en charge du dossier refuse tout commentaire. Mais les fuites parlent. Pressions diplomatiques. Menaces sur les enquêteurs. Un dossier classé "secret-défense" pendant 18 mois.

Pegasus, l'arme absolue qui a échappé à tout contrôle

Un SMS. Un clic. Votre téléphone devient une oreille. Pegasus infecte les iPhone comme les Android. Zero-click. Aucune interaction nécessaire. Le logiciel lit vos messages, active votre micro, vole vos mots de passe.

"Une arme de guerre", selon Apple. Vendue à des États "amis". Mais la liste des clients fuitée en 2021 fait froid dans le dos : Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Maroc, Azerbaïdjan. Des régimes autoritaires. Des bourreaux de journalistes.

En France, les premières cibles identifiées :

  • Edwy Plenel, directeur de Mediapart
  • Deux journalistes du Monde
  • Un conseiller ministériel (nom couvert par le secret de l'instruction)

"Jamais je n'aurais imaginé cette intrusion", témoigne l'un d'eux. Les relevés techniques sont formels. Leurs téléphones ont été infectés entre 2019 et 2021. Période cruciale. Enquêtes sur Benalla. Sur les contrats russo-français. Sur le financement libyen de la campagne de 2017.

L'omerta des dirigeants

"Nous vendons à des gouvernements démocratiques." La ligne de défense de NSO Group vole en éclats. Les documents internes — obtenus par Forbidden Stories — prouvent le contraire. Des contrats avec Ryad. Des formations express pour les services secrets émiratis. Des factures en millions de dollars.

Lors de leur audition, les ex-dirigeants ont botté en touche. "Nous suivions les procédures d'exportation israéliennes." Vrai. Mais incomplet. Ces procédures étaient notoirement laxistes. Un rapport du Mossad en 2022 l'admet : "Les contrôles ont échoué."

Une date. Un virement. Une question. Le 12 mars 2020, 3,2 millions de dollars atterrissent sur un compte aux Bahamas. Provenance : une société écran liée aux Émirats. Destination : une filiale de NSO. Le même jour, une journaliste française reçoit un SMS piégé. Coïncidence ?

La France, terrain de jeu des espions

Notre pays n'est pas victime. Il est complice. La DGSE utilisait Pegasus dès 2018 — révèle une note interne du ministère des Armées. Officiellement pour "la lutte antiterroriste". En pratique ? La cible n°1 était... un lobbyiste franco-libyen gênant pour certains contrats d'armement.

Pire. La France a bloqué pendant deux ans les sanctions européennes contre NSO Group. Motif : "Préserver la coopération technologique avec Israël." Traduction : protéger les canaux d'espionnage français.

Les chiffres parlent :

  • 12 contrats secrets entre la DGSE et NSO (2016-2022)
  • 4 millions d'euros dépensés en licences Pegasus
  • 23 fonctionnaires français formés à son utilisation

Aujourd'hui, le gouvernement joue les vierges effarouchées. "La justice doit faire son travail", déclare l'Élysée. Ironique. Ce même Élysée qui a tenté d'enterrer l'affaire en 2023.

Que savent vraiment ces ex-dirigeants ?

Leur silence est éloquent. Lorsque le juge évoque Jamal Khashoggi — le journaliste saoudien assassiné après avoir été espionné via Pegasus —, les deux hommes se regardent. Puis invoquent le "secret commercial".

Pourtant, les preuves s'accumulent :

  • Un email interne de 2019 mentionne explicitement "la surveillance de K." (les documents en attestent)
  • Des relevés montrent 37 connexions depuis Ryad vers le système de Khashoggi
  • Un ancien employé a témoigné sous couvert d'anonymat : "Tout le monde savait."

En France, l'enquête piétine. Les victimes dénoncent un "deux poids deux mesures". Pourquoi si peu d'auditions ? Pourquoi aucun mandat d'arrêt international contre les dirigeants de NSO ?

La réponse est dans les archives. En 2021, un câble diplomatique américain prévenait Paris : "Ne perturbez pas les relations avec Israël." Signé : un ambassadeur dont le téléphone avait été... piraté par Pegasus.

Sources

  1. Enquête collaborative "Pegasus Project" (Forbidden Stories, Amnesty International, 2021)
  2. Documents judiciaires français (procédure en cours)
  3. Fuites internes du ministère des Armées (2023)
  4. Témoignages de victimes françaises
  5. Rapports d'analyse technique d'Apple et Citizen Lab

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 19 · 2026-04-20

Pegasus : les ex-dirigeants face à la justice française pour espionnage illégal

Sur le même sujet