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JusticeÉpisode 44/64

Liana, 11 ans : la justice a laissé le prédateur libre – l'enquête qui accuse

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-04
Illustration: Liana, 11 ans : la justice a laissé le prédateur libre – l'enquête qui accuse
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Cinq plaintes, zéro protection : le parcours du combattant d’une enfant de 11 ans

Regardons les faits. Ils sont accablants.

Liana, 11 ans, a été vue pour la dernière fois vendredi dernier. Les images de vidéosurveillance la montrent montant dans le véhicule de Jérôme B. — les documents en attestent. Mis en examen pour enlèvement et viol, le suspect est placé en détention provisoire. En garde à vue, il reconnaît avoir pris Liana dans sa voiture. Puis il se tait. Devant le juge, il fait valoir son droit au silence.

Ce n’est pas un accident isolé. C’est un système. Et ce système a des noms.

2017 : un signalement pour relation avec une mineure de 17 ans. Classé sans suite. 2020 : licenciement pour échanges inappropriés avec une élève mineure. Viol présumé sur une enfant de 7 ans. 2022 : plainte pour viol sur mineur de moins de 15 ans à Béthune. Transférée. Classée sans suite en 2024. Été 2025 : nouvelle plainte pour viol sur une fillette de 10 ans — pénétrations anales et vaginales répétées entre 2024 et 2025. Le certificat médical de septembre 2025 est formel : lésions anales et vaginales.

Cinq plaintes. Trois classées sans suite. Un signalement ignoré. Un renvoi pour comportement inapproprié. Jérôme B. est libre. Il peut encore enlever une enfant.

Le maire de Florence ne mâche pas ses mots : « C’est un système qui écrase les enfants. » Il a raison. Francis Nashbar, ancien magistrat, parle de « faillite du système judiciaire » et de « détachement face à la souffrance des victimes ». 77 % des Français ne font plus confiance à la justice. Ce n’est pas une opinion. C’est un chiffre.

Neuf mois de silence : la plainte d’août 2025 qui n’a jamais été instruite

22 août 2025. Une plainte est déposée à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch, en Haute-Garonne. La victime a 10 ans. L’auteur présumé : Jérôme B. Les faits sont décrits avec précision : pénétrations anales et vaginales. Un certificat médical les confirme en septembre.

Que se passe-t-il ensuite ? Rien. Pendant des mois.

La plainte remonte au parquet de Toulouse en octobre. Il se dessaisit. Le dossier est envoyé dans le Gers, reçu en décembre par la procureure d’Auch. Elle le transmet à la gendarmerie de Lectoure en janvier 2026. Neuf mois après le dépôt de la plainte.

Neuf mois.

Pendant ce temps, Jérôme B. circule librement. Il peut approcher d’autres enfants. Il peut enlever Liana.

Le ministre de l’Intérieur a diligenté une enquête administrative. Trop tard. Les questions sont légitimes. Pourquoi la plainte n’a-t-elle pas été traitée dans l’urgence ? Pourquoi le parquet de Toulouse s’est-il dessaisi ? Pourquoi la procureure d’Auch a-t-elle attendu janvier pour confier l’enquête ?

La réponse est simple : un manque de volonté. Une bureaucratie qui tue. Les documents en attestent : le dossier a dormi sur des bureaux pendant des mois. Aucun magistrat n’a estimé qu’il fallait agir vite. Aucun gendarme n’a sonné chez Jérôme B. avant qu’il ne soit trop tard.

Et maintenant, Liana est introuvable. 450 km² de recherches. 170 personnels. Hélicoptères, drones, plongeurs, cavaliers. Rien. Elle a peut-être subi le pire. Parce que la justice a choisi de ne pas agir.

« Un système qui écrase les enfants » – le cri du maire de Florence

Le maire de Florence est en colère. Il ne cache pas son désarroi. « On a un prédateur qui a été signalé cinq fois, et on n’a rien fait. » Il dénonce une lenteur criminelle. « Ce n’est pas une erreur de gestion. C’est un système qui écrase les enfants. »

Francis Nashbar, ancien magistrat et membre de l’association Lavane, va plus loin. Il parle de « faillite systémique ». « Les magistrats sont déconnectés de la réalité. Ils traitent les dossiers comme des papiers, pas comme des vies. » Il pointe du doigt le manque de moyens, mais aussi une culture de l’impunité. « On classe sans suite parce que c’est plus simple. On ne veut pas se confronter à la complexité. »

Et pourtant. La procureure d’Auch affirme que tout a été fait dans les règles. « Nous avons prescrit des actes d’enquête complémentaires. » Mais elle ne dit pas pourquoi il a fallu neuf mois pour commencer à enquêter. Elle ne dit pas pourquoi le suspect n’a jamais été interrogé avant la disparition de Liana.

Jean-Pierre Colombè, ancien policier, tente de défendre l’institution. « Il faut comprendre les conditions de travail des gendarmes. » Mais l’émotion est trop forte. Isabelle Saporta lui répond : « Arrêtez le corporatisme. Il y a une petite fille qui a disparu. » Elle a raison. Les excuses corporatistes ne ramèneront pas Liana.

77 % des Français ne font plus confiance à la justice : et si le problème était plus profond ?

Un chiffre : 77 %. C’est le pourcentage de Français qui déclarent ne plus faire confiance à la justice. Ce n’est pas un sondage abstrait. C’est le reflet d’une réalité. Chaque affaire classée sans suite, chaque retard, chaque silence alimente cette défiance.

L’affaire Liana n’est pas un accident. C’est la conséquence d’un système qui préfère la gestion des flux à la protection des victimes. Les magistrats sont submergés. Les gendarmes manquent de moyens. Mais ce n’est pas une excuse. D’autres pays, avec moins de ressources, parviennent à protéger leurs enfants.

Regardons les faits : Jérôme B. avait un signalement en 2017, un licenciement en 2020, trois plaintes classées sans suite. À aucun moment une mesure de protection n’a été prise. Pas de contrôle judiciaire. Pas d’interdiction d’approcher des mineurs. Rien.

Le livre de Béatrice Brugè, « La justice, une colère qui monte », décrit exactement ce phénomène. Les victimes sont traitées comme des dossiers. Les prédateurs sont laissés libres. Parce qu’il est plus facile de classer que d’instruire.

Et maintenant, la France entière regarde les recherches. Des centaines de gendarmes fouillent les bois. Mais ils auraient dû fouiller le passé de Jérôme B. bien plus tôt.

Le général Mandon : « Dans cinq ans, l’armée française sera déclassée par l’Allemagne »

Pendant que la justice s’effondre, l’armée française est menacée. Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, a sonné l’alerte devant une commission parlementaire. « Dans cinq ans, l’armée française sera déclassée par l’Allemagne. » Les mots sont précis. Les faits aussi.

L’Allemagne a débloqué 100 milliards d’euros pour sa défense. La France n’a pas cette marge budgétaire. Le budget militaire français est de 50 milliards d’euros, avec une hausse programmée de 7 milliards d’ici 2030 pour atteindre 100 milliards. Mais l’Allemagne est déjà à ce niveau.

Pire : l’Ukraine produit 4 millions de drones en 2023, et des dizaines de millions aujourd’hui. Elle les exporte. La France, elle, peine à industrialiser. Un exemple : le drone naval Cer, fabriqué à Lorient, est un bijou technologique. Mais il reste un prototype.

La base industrielle de défense française doit recruter 30 000 ingénieurs d’ici 2030. Mais il manque des soudeurs, des techniciens, des cerveaux. Pendant ce temps, l’Allemagne achète des F35 américains et s’allie avec l’Italie pour l’industrie de défense.

Le général Vincent Desportes, ancien patron de l’école de guerre, ajoute : « La France est une puissance nucléaire. Mais le conventionnel se dégrade. » La dissuasion nucléaire coûte entre 5 et 10 milliards par an. Cet argent manque au conventionnel.

La France reste le deuxième exportateur mondial d’armes. Ses technologies sont excellentes. Mais l’inertie administrative et le manque de volonté politique la ralentissent. Comme pour la justice.

Deux scandales, un même symptôme : l’État qui abandonne

La disparition de Liana et le risque de déclassement militaire sont les deux faces d’une même médaille. Un État qui ne protège plus ses enfants. Un État qui ne prépare plus sa défense. Les causes sont les mêmes : bureaucratie, manque de moyens, absence de volonté politique.

La France a les moyens d’agir. Elle a des juges, des gendarmes, des ingénieurs, des soldats. Mais elle ne les utilise pas correctement. Les procédures tuent. Les lenteurs tuent. Les classements sans suite tuent.

Liana est peut-être déjà morte. Mais son affaire doit servir de leçon. Il faut réformer la justice. Il faut réformer la défense. Il faut arrêter de protéger les institutions et commencer à protéger les citoyens.

Le général Mandon a donné un ultimatum : cinq ans. La justice, elle, n’a plus de temps. Chaque jour sans réforme, un enfant peut disparaître.

Le Dossier continuera d’enquêter.

📰Source :youtube.com

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