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Manon Rolando : le conjoint violent jugé à Alger, la France les mains liées

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-10
Illustration: Manon Rolando : le conjoint violent jugé à Alger, la France les mains liées
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Un vide sidéral après la disparition

Saint-Étienne-de-Montluc, Loire-Atlantique. Une exploitation agricole. Des vaches, des champs, des marais. Manon Rolando y vivait avec sa fille et son compagnon. Le 27 mars, plus rien. Aucun appel, aucun message. Six jours. Les proches tentent de la joindre. Rien. Le 3 avril, ils signalent la double disparition à la gendarmerie. Les militaires se rendent au domicile. La maison est vide. Pas de trace de Manon, ni d’Inaya.

Les enquêteurs reconstituent le puzzle. Le compagnon a disparu aussi. Vérification : il a pris un vol pour l’Algérie le 2 avril, la veille du signalement. Avec l’enfant. Pas de bagages pour Manon. Pas de billet d’avion à son nom. La thèse de la fugue s’effondre.

Les gendarmes lancent un appel à témoins. Une centaine d’enquêteurs ratissent les environs. Chiens renifleurs, drones, système « escargot » — on part de la maison et on élargit en cercles concentriques. Les marécages compliquent les recherches. Rien. Aucune trace de corps. Le 27 avril, l’étau se resserre ailleurs : le suspect est interpellé en Algérie, dans une petite ville de l’Ouest, chez sa mère. Placé en détention provisoire. Inaya est avec lui, saine et sauve.

Mais Manon reste introuvable. « C’est honnêtement compliqué », confie une source proche de l’enquête (20 Minutes). Le parquet de Nantes ouvre une information judiciaire pour enlèvement de mineur et meurtre par conjoint. Une notice rouge Interpol est émise. Trop tard : l’oiseau est déjà dans son nid algérien.


Des violences conjugales déjà connues

Le suspect n’en est pas à son premier coup. En 2019, condamné pour violences conjugales — sur une autre compagne. Manon, elle, s’était rapprochée de l’association Citadelle, spécialisée dans l’aide aux victimes. Ses proches racontent : un homme jaloux, contrôlant, qui l’isolait de sa famille et l’empêchait de parler à d’autres hommes. « Elle avait peur », dit un témoin cité dans le podcast « Affaires suivantes ».

Pourquoi n’a-t-elle pas été mieux protégée ? La question taraude les associations féministes. En 2025, le nombre de féminicides a augmenté de 11 % en France, selon #NousToutes. Manon aurait pu être l’une de ces statistiques. Elle l’est peut-être déjà. Son corps n’a pas été retrouvé, mais les enquêteurs privilégient la piste criminelle. Le compagnon nie. Il a contacté des proches par téléphone depuis l’Algérie, affirmant que Manon était vivante. Mais il n’a jamais fourni de preuve. Les géolocalisations contredisent ses dires.

« Il était très jaloux, il la coupait de tout », explique Florine Sylvan, journaliste à BFM Radio. La justice française avait pourtant eu l’occasion d’intervenir dès 2019. La condamnation n’a pas suffi. Le suivi socio-judiciaire ? Aucune information publique. Manon n’est pas passée entre les mailles du filet par hasard. Elle les a cherchés, ces mailles. L’association Citadelle était son dernier recours. Il n’a pas suffi.


Une fuite organisée : deux complices en France

Le suspect n’a pas agi seul. Le 22 et 23 avril, deux personnes sont mises en examen en France pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime » et « modification des lieux d’un crime ». Placées en détention provisoire. Selon RMC, il s’agit de deux proches du conjoint. Leur rôle : l’aider dans la logistique de son départ. Billets d’avion ? Transport ? Blanchiment de scène de crime ? L’enquête devra le dire.

Maître Bouelti, avocat au barreau de Paris et président de l’Union des avocats franco-algériens, évoque dans le podcast une « femme de ménage qui était au service du couple depuis 15 jours seulement ». Elle aurait répondu à une annonce pour garder une vieille dame et un bébé. « Est-ce qu’elle a été manipulée ? L’enquête le dira », tempère-t-il. Ces deux suspects seront jugés en France, séparément du principal accusé. Un procès à huis clos, sans le cerveau présumé.

Pourquoi ont-ils aidé un homme soupçonné de meurtre ? L’argent ? La peur ? La loyauté familiale ? Les investigations en cours devront démêler l’écheveau. Une certitude : sans eux, la fuite n’aurait pas été possible. Ils risquent jusqu’à dix ans de prison. La justice française, au moins, pourra les condamner. C’est maigre, mais c’est tout ce qu’il lui reste.


L’impasse juridique : l’Algérie ne livre pas ses ressortissants

Voilà le nœud du problème. Le suspect est algérien. La convention franco-algérienne d’extradition de 2021 est claire : article 3, « les nationaux ne sont pas extradés ». La France applique la même règle. Même double nationalité ? Cela ne change rien : en Algérie, il est algérien. Point final.

« Tout de suite non », répond Maître Bouelti à la question de l’extradition. Le parquet de Nantes a beau avoir lancé une notice rouge Interpol, l’Algérie peut l’utiliser pour arrêter, mais pas pour livrer. L’homme est détenu à Alger, mis en examen par la justice locale pour « enlèvement de mineure » (Le Parisien). Il sera jugé sur place.

Et ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour lui. En Algérie, la justice pénale est plus sévère qu’en France. Si le meurtre de Manon est établi, il encourt la peine de mort. « Il aurait préféré être jugé en France », note l’avocat. La perpétuité française paraît douce à côté de la chaise électrique algérienne — même si un moratoire de facto existe depuis plusieurs années. Mais des exécutions ont encore lieu, notamment pour viols d’enfants. La société algérienne ne plaisante pas avec ces crimes.

Résultat : le principal suspect échappe à la justice française. Il ne répondra jamais de ses actes devant un tribunal français. Les proches de Manon devront suivre le procès à distance, via les rares canaux de coopération. Un crève-cœur.


Le sort d’Inaya : entre droit algérien et intérêt de l’enfant

Inaya a 15 mois. Elle est franco-algérienne. Mais en Algérie, la nationalité se transmet par le père. Le code de la famille algérien attribue la garde à la mère en cas de divorce ou de disparition du père (article 64). Théoriquement, la grand-mère maternelle pourrait récupérer l’enfant. Mais avec une condition : l’enfant doit être élevé dans la religion de son père.

« Il y a une disposition de la Convention de New York sur les droits de l’enfant qui dit que l’intérêt supérieur de l’enfant prime », précise Maître Bouelti. Mais encore faut-il que la grand-mère maternelle engage une procédure devant le juge aux affaires familiales algérien. Une procédure longue, coûteuse, incertaine. Pendant ce temps, Inaya est chez sa grand-mère paternelle, en Algérie.

La petite fille va bien, selon les sources. Mais son avenir est suspendu à une décision de justice algérienne. Si Manon est déclarée décédée, la garde reviendra à la grand-mère paternelle, sauf si la famille maternelle obtient une décision contraire. Un imbroglio juridique qui pourrait durer des années. Et qui sépare encore un peu plus la France de l’Algérie.


Coopération judiciaire : une mécanique qui fonctionne ?

Surprise : malgré les tensions politiques entre Paris et Alger, la coopération judiciaire fonctionne. Le suspect a été arrêté en quelques jours. La notice rouge Interpol a été suivie d’effet. « La coopération sécuritaire n’a jamais été interrompue », a rappelé le ministre de l’Intérieur français. Une convention d’entraide judiciaire de 2018 permet aux magistrats de liaison de travailler ensemble. Un juge français est en poste à l’ambassade d’Alger, un algérien à Paris.

Les preuves collectées par la gendarmerie française seront transmises à la justice algérienne. Le parquet de Nantes et le parquet algérien échangeront les pièces. Le procès se fera en Algérie, avec les éléments français. « Ça change rien que le corps soit découvert en France, ça aggravera son cas, mais le jugement se fera en Algérie », insiste l’avocat.

Une bonne nouvelle pour la procédure. Mais une mauvaise pour la famille de Manon : ils ne pourront pas assister aux audiences, ni se constituer partie civile facilement. La distance, la langue, le droit différent — tout les éloigne de la vérité.


La justice française à l’épreuve de l’impuissance

Que peut faire la France ? Rien. L’extradition est impossible. Le transfèrement de détenu ? Pas prévu. La seule option : espérer que la justice algérienne soit exemplaire. Et que le suspect soit condamné lourdement. Mais même dans ce cas, la famille de Manon ne verra jamais le coupable jugé dans un tribunal français. Une injustice de plus.

Pendant ce temps, le corps de Manon reste introuvable. Les recherches se poursuivent, mais l’espoir s’amenuise. « On peut juger sans corps », rappelle Maître Bouelti. La justice algérienne le fera si les preuves sont suffisantes. La France, elle, devra se contenter de suivre le dossier de loin.

Le dossier est loin d’être clos. Deux complices attendent leur procès en France. Inaya est coincée à Alger. Manon, elle, n’est toujours pas retrouvée. Et la question qui hante les proches : aurait-on pu éviter tout cela ? Avec une meilleure protection des victimes de violences conjugales ? Avec une extradition possible ? Avec une coopération plus poussée ?

L’affaire Manon Rolando est un miroir tendu à la justice française. Un miroir qui reflète ses limites. Et qui montre, une fois de plus, que les frontières protègent parfois les coupables mieux que les victimes.

Le Dossier continuera de suivre cette affaire. En attendant, une certitude : Manon mérite la vérité. Et sa fille, une vie loin des violences qui ont tué sa mère.

📰Source :youtube.com

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