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JusticeÉpisode 41/82

Affaire Liana : la justice française face à une cascade de défaillances

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-12
Illustration: Affaire Liana : la justice française face à une cascade de défaillances
© YouTube

Une famille sous le choc

L'été dernier, Audrey apprend l'impensable. Sa fille Rosa, 12 ans, raconte avoir été violée à plusieurs reprises entre septembre 2024 et mai 2025. L'agresseur présumé ? Jérôme Barella, le père d'une amie. Audrey porte plainte immédiatement. Rosa est entendue par les gendarmes. Des médecins examinent l'adolescente. Ils confirment des lésions.

Puis, le silence. Neuf mois.

« Tous les lundis matin, le temps que ma fille elle était chez le psychologue, moi j'appelais la gendarmerie », raconte Audrey, la voix tremblante. Elle contacte Fleurance, Auch, Toulouse. Même réponse à chaque fois : « l'affaire est en cours ».

Le suspect n'a jamais été inquiété. Aucune interpellation. Aucune garde à vue.

Pour l'avocat d'Audrey, c'est un dysfonctionnement systémique. « Aucun enquêteur n'a trouvé utile d'interpeller l'intéressé. Aucun procureur, que ce soit à Toulouse ou à Auch, n'a trouvé pertinent de donner les instructions pour que l'intéressé soit interpellé. » Aujourd'hui, la mère de Rosa a déposé une plainte pour faute lourde contre l'État. « La justice a pas fait son travail », lâche-t-elle.

Des signalements ignorés à répétition

Le 12 mars 2025 — trois mois avant la mort de Liana — l'Aide sociale à l'enfance transmet un signalement. Une collégienne de 11 ans, placée sous sa responsabilité, raconte une soirée pyjama chez Jérôme Barella en août 2024. La jeune fille déclare avoir constaté la présence de M. Barella derrière elle, « à hauteur de ses fesses », et des gestes qu'elle qualifie de « déplacés ». Le rapport est adressé à la cellule de recueil des informations préoccupantes du Gers.

Contactée par téléphone, la cellule refuse de répondre. « Je ne suis pas autorisé à vous répondre », indique un interlocuteur.

Conséquence : la plaignante n'a jamais été entendue par la justice. Son père a déposé plainte la semaine dernière. « Je trouve la justice que c'est vraiment du grand n'importe quoi », dit-il, amer.

Selon les révélations du Monde, les autorités américaines ont également alerté la France. Le NCMEC — l'organisme américain de lutte contre la pédocriminalité — a effectué « à plusieurs reprises des signalements auprès de la France, auprès de l'Office national des mineurs », concernant un internaute qui s'est avéré être Jérôme Barella. L'enquête en cours n'a pas encore apporté de réponse sur ce point.

Jérôme Barella a été mis en examen après la mort de Liana, et incarcéré à la prison de Mont-de-Marsan, dans le quartier d'isolement. Une surveillance renforcée, avec des rondes toutes les heures, pour prévenir tout risque de suicide.

Une constellation de lenteurs

Le frère de Jérôme, Yannick Barella, a été mis en examen pour viol conjugal et viol sur mineur. Une procédure le concernant était « laissée de côté » depuis deux ans. L'une des plaignantes était même mineure au moment des faits.

Le père, Joël Barella, est lui aussi mis en cause. En 2018, deux de ses petites-filles par alliance portent plainte pour agressions sexuelles. Les procédures n'aboutissent pas. Après la mort de Liana, le procureur de Bayonne décide de rouvrir l'enquête. Maeva, 12 ans à l'époque, raconte : « Il est venu se mettre sous les mêmes draps que moi. Il a enlevé son pantalon. Il se frottait derrière moi. » Les attouchements se répètent, dans la piscine, dans la chambre. « En fait c'est toute une histoire de famille », dit-elle aujourd'hui.

Les causes exactes de la mort de Liana demeurent inconnues. L'autopsie est en cours. Jérôme Barella reste présumé innocent.

La colère monte

À Fleurance, l'émotion est immense. « Je suis en colère, je suis triste. C'est une histoire pas possible pour qu'on en arrive là », confie Ivette, une habitante. Dans le cimetière, une foule d'anonymes signe le registre de condoléances. « On sait pas trop quoi exprimer », murmure un autre.

Sous les fenêtres du ministère de la Justice, des rassemblements ont eu lieu. « Plus jamais ça », scandent les manifestants. Le ministre réagit : « Les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû se passer. C'est une évidence et donc c'est inacceptable. Si il y a des défaillances qui sont mises en avant, je prendrai mes responsabilités. »

Sources

  • Le Monde (révélation sur les signalements NCMEC)
  • Témoignages d'Audrey (mère de Rosa), de Yannick (ami d'enfance), de Daniel (ami d'enfance), de Maeva (victime présumée de Joël Barella)
  • Procureur de Bayonne (décision de rouvrir l'enquête concernant Maeva)
  • Déclaration publique du ministre de la Justice

📰Source :youtube.com

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Épisode 41 · 2026-06-12

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