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SociétéÉpisode 31/82

Inceste : la justice rouvre une enquête classée sans suite

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-11
Illustration: Inceste : la justice rouvre une enquête classée sans suite
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Les faits remontent à l'été de ses 12 ans

Maëva avait 12 ans. Son père travaillait beaucoup. Elle devait donc passer ses vacances chez sa grand-mère et Joël Borel. Pendant un mois, les faits se sont déroulés sur le terrain familial. Un lieu où elle allait régulièrement.

Les agressions ont commencé la nuit. Maëva dormait dans une caravane. Elle avait peur du noir. Joël Borel s'occupait d'elle — sa grand-mère était alitée, diabétique. Une nuit, il s'est glissé dans son lit. Il pensait qu'elle dormait. Mais elle ne dormait pas.

« Il se frottait à moi et il y avait pas de parole, il y avait rien », raconte Maëva.

Puis les gestes se sont répétés. Dans la piscine. À la mer. Pour Joël Borel, c'était devenu « normal », « banal ». Maëva, elle, commençait à réaliser. Elle essayait de se détacher de lui. Mais pour lui, « c'était comme ça et puis fallait s'habituer ».

Elle n'a rien dit. Par peur. Parce qu'elle savait ce qui l'attendait si elle parlait.

Sa grande sœur avait déjà dénoncé — personne ne l'a crue

Maëva n'était pas la première. Sa grande sœur, Priscilla, avait dénoncé des faits similaires. De 2010 à 2013, elle affirme avoir subi des viols et des agressions sexuelles de la part de Joël Borel. Une enquête a été ouverte. Une instruction judiciaire a eu lieu. Et la justice a mis Joël Borel hors de cause.

Ordonnance de non-lieu.

Priscilla avait 6 ans de plus que Maëva. Elle n'a pas été crue. Pire : une grande majorité de l'entourage familial l'a dénigrée. « Affabulatrice », « menteuse » — les mots ont été durs. Très durs.

Maëva le savait. « Je connaissais la chanson, je savais comment ça allait se passer », dit-elle. Ce silence familial a pesé. Il a peut-être retardé sa propre parole. Et pourtant.

Le professeur qui a brisé le silence

Maëva s'est confiée à son professeur principal en 6e. Un geste qui a tout déclenché. Le professeur ne s'est pas contenté d'écouter. Il est allé à la gendarmerie. Il a déposé une main courante — ou un signalement, les termes restent flous.

Les gendarmes sont venus chez sa mère. Maëva se souvient de ce moment. « Ma maman n'était pas au courant. Elle a été mise sur le fait accompli. » La mère a appris les faits en même temps que les gendarmes. Elle a soutenu sa fille.

L'audition a eu lieu. Maëva avait 13 ans. « C'était compliqué, c'était long », raconte-t-elle. « Parler devant un gendarme et lui dire tout dans les moindres faits et gestes, les moindres détails. » Elle était stressée. Elle parlait « avec des mots d'enfant ». Mais les gendarmes l'ont prise au sérieux. « Ils m'ont mis en confiance. »

L'enquête classée, puis l'impasse

L'enquête a été menée. Et puis, rien. La justice a classé l'affaire sans suite. Joël Borel avait nié les faits. Il avait dit que tout était faux. La justice l'a cru.

Maëva a grandi avec cette injustice. À 19 ans, elle a voulu rouvrir son dossier. Elle a contacté la gendarmerie. Réponse : son dossier n'était « pas assez récent ». Il fallait écrire au procureur. Elle a été déçue. Mais elle n'a pas abandonné.

L'affaire Jérôme Borel — le déclic

L'affaire Jérôme Borel a tout changé. Jérôme Borel est le fils de Joël. Maëva ne l'a jamais vu. Mais son affaire a eu un écho. Et la justice a rouvert l'enquête de Maëva.

C'est le journaliste qui lui a appris la nouvelle. « Hier soir, quand je vous ai eu au téléphone, je vous ai appris que la justice rouvrait finalement cette enquête », dit-il dans l'interview.

La réaction de Maëva ? Un chamboulement. « J'ai plein d'émotions. À la fois, je suis contente parce qu'on va pouvoir être enfin entendu, enfin pouvoir être reconnu comme victime. » Mais aussi de la tristesse. Les souvenirs remontent. Et une part d'excitation : « Toutes les personnes qui ne parlent pas ou qui ont dû subir ça et qui malheureusement aujourd'hui sont décédées vont aussi pouvoir peut-être avoir justice. »

L'entourage protège l'agresseur — Maëva l'a vécu

Le cas de Maëva illustre un mécanisme bien connu. Dans les violences sexuelles intrafamiliales, l'entourage protège souvent l'agresseur. Une étude d'Élise Marsicano, Nathalie Bajos et Jeanna-Eve Pousson soulignait que pour 35,7 % des femmes et 21,6 % des hommes, ces violences subies durant l'enfance venaient d'un membre de leur famille, un homme dans l'immense majorité (source : laprovence.com).

Maëva en a fait l'expérience. Sa mère et sa sœur l'ont soutenue. Mais le reste de la famille ? « On était des menteuses », dit-elle. Sa sœur Priscilla avait été traitée d'« aguicheuse devant des garçons plus âgés qu'elle » (source : nicematin.com). Maëva trouve cela « beaucoup trop gros ». « Dire d'un enfant de 10, 11 ans, de 10, 13 ans même, qu'elle est aguicheuse, je trouve ça beaucoup trop gros. »

Les chiffres sont éloquents. Qu'elles soient mineures ou majeures, les femmes sont largement majoritaires parmi les victimes de violences sexuelles (85 %), à l'inverse des mis en cause qui sont presque exclusivement des hommes (96 %) (source : interieur.gouv.fr). La majorité des violences a lieu en dehors du cadre familial (75 % des victimes majeures et 69 % des victimes mineures). Mais dans le cas de Maëva, c'est bien dans la famille que tout s'est joué.

Elle veut le regarder en face

Maëva veut aujourd'hui être confrontée à Joël Borel. Il y a trois ans, elle aurait dit non. Aujourd'hui, elle dit oui. « J'ai besoin qu'il me voie surtout, qu'il voie la personne que je suis devenue. » Elle veut qu'il culpabilise. « Il y a Priscilla, il y a moi, mais je sais pas s'il y a pas d'autres filles. »

Elle est prête à être réentendue. Prête à revivre les faits. Pour elle, pour sa sœur, pour les autres.

Un message pour Priscilla

Maëva a un mot pour sa sœur. « Ma grande sœur, elle a 26 ans. Je pense qu'elle aussi elle a le droit à la justice. » Elle trouve que sa sœur a été « salie » par tout ce qui a été dit. « Je connais ma sœur mieux que personne et je sais que moi je la crois. » Elle insiste : « Je vois pas en quoi une enfant à cet âge-là serait autant mature pour inventer un tel scénario. »

Maëva a grandi. Elle parle aujourd'hui « avec des mots d'adulte ». Elle a pris du recul. « Enfant, je réalisais peut-être pas autant l'ampleur du drame. Maintenant, je me rends plus compte des choses. » La colère est passée. Reste la détermination.

Les failles du système — un cas parmi tant d'autres

1,7 à 2 millions d'enfants vivants ont déjà subi des violences sexuelles (source : lespetitsinvincibles.org). Beaucoup ne parlent jamais. Beaucoup ne sont pas crus. Le classement sans suite de l'enquête initiale de Maëva en est une illustration.

Pourquoi la justice a-t-elle rouvert l'enquête ? Le lien avec l'affaire Jérôme Borel est clair. Mais les détails restent flous. L'ordonnance de non-lieu pour Priscilla n'a pas été remise en cause. Seule l'enquête de Maëva est rouverte.

En attendant la suite

Maëva attend. Elle espère. Elle veut être reconnue comme victime. « Même s'il y a pas forcément de suite, rien que le fait d'être reconnu comme victime, être entendu, ça me fait énormément de bien. »

La justice va se repencher sur son affaire. Les gendarmes vont l'entendre à nouveau. Peut-être y aura-t-il une confrontation. Peut-être Joël Borel sera-t-il mis en cause. Peut-être pas.

Mais pour Maëva, l'essentiel est ailleurs. « J'ai besoin qu'il culpabilise des actes qu'il a eu. » Un besoin de justice. Un besoin de reconnaissance. Un besoin de tourner la page.

L'enquête est ouverte. La suite appartient à la justice.

Sources :

  • Témoignage de Maëva (interview vidéo)
  • Enquête de gendarmerie (mentionnée dans l'interview)
  • Ordonnance de non-lieu pour Priscilla (mentionnée dans l'interview)
  • laprovence.com (étude Marsicano, Bajos, Pousson)
  • interieur.gouv.fr (statistiques sur les violences sexuelles)
  • lespetitsinvincibles.org (chiffres sur les violences sexuelles sur mineurs)
  • nicematin.com (citations sur l'affaire Priscilla)

📰Source :youtube.com

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