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ADEME : le gouvernement prépare l'étranglement de l'agence climat

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-23
Illustration: ADEME : le gouvernement prépare l'étranglement de l'agence climat
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La chronique d'une mort annoncée

Octobre 2024. Les débats budgétaires pour 2025 commencent. Parmi les amendements déposés par le Rassemblement national, un vise directement l'ADEME : suppression pure et simple. L'amendement ne passe pas. Mais l'idée est plantée. Une graine toxique.

Janvier 2025. Changement de gouvernement. Motion de censure, dissolution, Barnier dégage, Bayrou arrive. Et là, les mêmes mots, les mêmes attaques — mais dans la bouche des Républicains. Gérard Larcher, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez. Enchaînement quasi parfait. « Moi je supprimerai l'ADEME et je transférerai son budget aux régions », lance Wauquiez. « Vous voulez 5 milliards ? Vous supprimez l'ADEME », renchérit Pécresse. (Les documents en attestent.)

Février 2025. Le coup de grâce. Discours de politique générale de François Bayrou. Il ne nomme pas l'ADEME directement. Mais il vise toutes les agences. « Est-il nécessaire que plus de 1000 agences, organes ou opérateurs exercent l'action publique ? » interroge-t-il. « Notre bureaucratie est trop lourde. Elle est incroyablement nuisible au développement du pays. » Traduction : on va couper.

Voilà où ça se complique. Ce n'est pas une évaluation. C'est une exécution.

Une campagne de dénigrement méthodique. D'abord l'extrême droite. Puis la droite. Puis le bloc central. Chaque étape reprend les arguments du précédent. Sans vérification. Sans contradiction. Comme un virus qui se propage dans l'espace médiatique et politique. Les faits ? On s'en fiche. Ce qui compte, c'est la répétition. La post-vérité a trouvé son terrain de jeu favori : les agences environnementales.

Qui a signé l'acte de décès ? Personne. Pas encore. Mais le couperet est dans le tiroir. Il s'appelle « projet de loi État local ».

Le mirage des économies

Parlons chiffres. Parce que là, le bât blesse.

Budget total de l'ADEME en 2024 : 3,5 milliards d'euros. Un chiffre qui fait tilt dans l'esprit du contribuable. 3,5 milliards ! C'est énorme. Sauf que 3,2 milliards — 92 % — sont des subventions reversées aux collectivités, aux entreprises, aux associations qui portent des projets de transition écologique. L'ADEME ne fait que redistribuer l'argent. Elle est un tuyau. Pas un trou.

Budget de fonctionnement : 135 millions d'euros. Pour 1100 salariés. Soit environ 123 000 euros par employé — salaire, charges, locaux, informatique, déplacements. Rémunérations inférieures de 25 % au marché, selon le rapport de l'Inspection générale des finances. (Printemps 2024. Mission d'audit.)

Ce rapport, le gouvernement préfère ne pas le citer. Pourtant, il est clair : « Gestion globalement satisfaisante », « coûts de fonctionnement maîtrisés », « aucune critique structurelle ». Mieux : l'IGF préconise une augmentation des effectifs pour éviter le recours à l'intérim et garder les compétences.

Alors pourquoi cette offensive ? Parce que le chiffre de 3,5 milliards, sorti de son contexte, est une arme de démagogie massive. « Regardez, une agence de 1100 personnes coûte plus de 3 milliards ! » disent les députés RN, repris par Larcher, repris par Pécresse. C'est faux. Mais répété. Et à force d'être répété, ça devient « vrai » dans l'opinion.

Un autre argument : les doublons. L'ADEME ferait double emploi avec les régions. Vérifions. 92 % des projets sont gérés en solitaire par l'ADEME. Seulement 8 % sont co-gérés avec d'autres organismes. Le doublon est un mythe. La réalité, c'est une expertise de terrain irremplaçable.

Alors, qui profite de cette confusion ? Les entreprises qui veulent moins de normes environnementales. Les collectivités qui refusent d'investir dans la transition. Les idéologues pour qui l'écologie est un frein au développement économique. Et, au bout de la chaîne, les citoyens qui paieront plus cher — en santé, en climat, en catastrophes — les conséquences de ce désengagement.

3,5 milliards. C'est le chiffre qui tue. Mais c'est aussi le chiffre qui ment.

L'article 7, cheval de Troie

Le projet de loi « État local » promettait la décentralisation. Les maires y croyaient. Jusqu'à ce que le texte fuite, mi-avril 2025.

Déchantement.

Le texte ne décentralise pas. Il recentralise. Sous couvert de donner plus de pouvoir aux collectivités, il renforce celui du préfet. Le représentant du ministère de l'Intérieur. Pas du ministère de la Transition écologique. C'est tout le contraire.

L'article 7 est le poison.

Première disposition : intégrer les directions régionales de l'ADEME au sein des DREAL (directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement). Ces DREAL sont sous l'autorité directe du préfet. Donc du ministère de l'Intérieur. Concrètement, la stratégie de transition écologique locale serait dictée par un fonctionnaire dont la priorité n'est pas l'environnement, mais l'ordre public, l'économie, la gestion territoriale.

Deuxième disposition : ouvrir la possibilité de mises à disposition d'office. Traduction : mutations forcées. Environ un tiers des 1100 salariés de l'ADEME seraient concernés. Arrachés à leurs postes, à leurs compétences, à leurs réseaux locaux. Intégrés dans des structures qui ne sont pas adaptées, qui n'ont pas l'expertise, qui n'ont pas la culture de la transition.

Résultat prévisible : dispersion de l'expertise, démobilisation des équipes, baisse de la qualité des projets. L'ADEME va commencer à moins bien fonctionner. Pendant quelques mois, quelques années. Et ensuite ? « Ah, regardez, cette agence ne fonctionne pas bien. Et ça coûte cher. Bon, on la supprime. »

C'est écrit. C'est planifié. C'est un étranglement en deux temps.

Un projet de loi qui se présente comme une réforme d'organisation. Mais qui est, en réalité, une machine à broyer l'expertise publique. Et pas seulement l'ADEME. L'OFB (Office français de la biodiversité), l'ONF (Office national des forêts), l'ANCES (agence sanitaire), les parcs nationaux, Business France — tous dans le viseur. Une saignée méthodique des établissements publics.

Qui a écrit cet article 7 ? Le ministère de l'Intérieur. Avec la bénédiction de Matignon. Et le silence complice de Bercy. Les noms ? Ils sont dans les comptes rendus du Conseil d'État. Mais personne ne les cite. Pas encore.

La mobilisation qui gêne

27 avril 2025. CSA extraordinaire de l'ADEME. Les 18 représentants présents votent. Résultat : avis défavorable à l'unanimité. Contre l'article 7. Contre le démantèlement.

Le lendemain, 28 avril. Fait rare. Les six syndicats du CSA ministériel publient un communiqué commun. Intersyndical. Ils dénoncent « un dispositif qui détruit l'ADEME sans le dire ». Pas de division, pas de querelles internes. Une union sacrée face à la menace.

Les citoyens ne sont pas en reste. Gabriel Pio, un militant, crée un kit de mobilisation. Diffusé sur les réseaux sociaux. Mode d'emploi : partager l'info, contacter les députés, faire du bruit.

Le 30 avril. Une tribune paraît dans Le Nouvel Obs. Signée par plus de 250 personnalités. Oxfam, Greenpeace, Réseau Action Climat. Des scientifiques : Philippe Grandcolas, Christophe Cassou — tous deux auteurs du dernier rapport du GIEC. Des artistes : Cyril Dion, Eva Morel. Et des centaines de citoyens anonymes. Aujourd'hui, plus de 1000 signatures.

Pourquoi cette mobilisation ? Parce que les gens savent. Ils savent que l'ADEME, c'est concrètement la rénovation des écoles pour qu'elles résistent aux canicules. C'est la dépollution des sites industriels. C'est le financement des transports en commun dans les zones rurales. C'est 8000 projets par an. 8000 projets qui créent des emplois, qui améliorent la vie, qui protègent l'environnement.

Une date. Un virement. Une question. Le 30 avril, la tribune est publiée. Le même jour, le kit de mobilisation est diffusé. Le gouvernement fait comme s'il n'avait rien vu. Mais les députés commencent à recevoir des courriels. Les préfets s'inquiètent. Les élus locaux s'interrogent.

La machine à broyer rencontre un obstacle. Pour combien de temps ?

La trumpisation à la française

Faisons les comptes. François Bayrou, Premier ministre, qui dénonce les « 1000 agences sans contrôle démocratique réel ». Gérard Larcher, président du Sénat, qui parle d'« organismes à l'utilité douteuse et au coût bien réel ». Valérie Pécresse, présidente de région, qui réclame la suppression de l'ADEME. Laurent Wauquiez, autre président de région, qui surenchérit.

Tous les mêmes mots. Tous les mêmes arguments. Tous les mêmes mensonges.

Ce n'est pas une coïncidence. C'est une importation. Une stratégie venue des États-Unis et de l'Argentine. Attaquer les agences environnementales. Remettre en cause le principe même de protection de la santé et de l'environnement. Au nom de la liberté économique. Au nom de la réduction des coûts. Au nom de la bureaucratie.

On appelle ça la trumpisation. Ou la mileïzation. Peu importe le nom. Le résultat est le même : un État qui se dépouille de ses outils de régulation. Une société qui sacrifie le long terme pour le court terme. Des entreprises qui gagnent — et des citoyens qui perdent.

La différence avec les États-Unis ? En France, ça se fait sous couvert de décentral

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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