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« On ne peut plus encaisser » : à Paris, plusieurs milliers de manifestants exigent une loi globale contre les violences sexuelles

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-04
Illustration: « On ne peut plus encaisser » : à Paris, plusieurs milliers de manifestants exigent une loi globale contre les violences sexuelles
© Illustration Le Dossier (IA)

« Indignation gigantesque »

Le départ a été donné en début d’après-midi. France Info et Mediapart croisent leurs observations sans avancer de chiffre officiel : la foule atteignait plusieurs milliers de personnes. Mediapart parle d’une « démonstration de force citoyenne », d’une « indignation gigantesque ». Les mots d’ordre fleurissent sur les banderoles. « Pour Lyhanna, on n’oublie pas ! », scande un groupe — en référence au meurtre de la jeune fille de 11 ans dont le corps a été retrouvé en juin. Une affaire qui a profondément ému le pays. « Les violeurs en prison, pas les teufeurs », clame un autre. « Nos raves sont réalité », peut-on lire sur une pancarte, allusion à la répression des free parties et au sentiment d’un deux poids deux mesures judiciaire.

La diversité des revendications frappe. D’un côté, la demande d’une protection renforcée des enfants. De l’autre, un ras-le-bol face à l’impunité des agresseurs. « Tout est entaché par ce que cet homme a fait à mon fils », confie un parent au micro du Monde Justice, en marge du rassemblement. Cette phrase — citée dans un article du même journal — résume l’épuisement de familles qui se sentent abandonnées par la justice.

94 % de classements sans suite : le mur de l’impunité

Les chiffres donnent le vertige. « Avec 94 % des plaintes pour viol classées sans suite, la justice ne tient jamais responsables la plupart des agresseurs signalés », a déclaré Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, avant la manifestation, citée par fr.euronews.com et Le Monde. Cette statistique, régulièrement répétée par les associations, n’est pas contestée par les autorités. Les rapports parlementaires récents la confirment.

Ce gouffre entre signalements et condamnations nourrit la défiance. Les manifestants ne réclament pas seulement plus de moyens — ils demandent une loi « globale », qui embrasse toutes les formes de violences sexuelles, du harcèlement de rue aux viols sur mineurs. Qui harmonise les peines, raccourcit les délais de prescription, impose une formation systématique des magistrats et des policiers.

Lyhanna, 11 ans. Un drame parmi d’autres ?

L’affaire Lyhanna n’est pas la seule à avoir mis le feu aux poudres. Depuis plusieurs mois, une série de drames — le meurtre de Liana, les révélations sur les animateurs périscolaires à Paris, l’affaire Joël Le Scouarnec — a créé un sentiment d’urgence. « On ne peut plus encaisser tous les drames qui se passent », répète-t-on dans le cortège, selon France Info. La phrase revient comme un leitmotiv.

Le Dossier suit ces affaires depuis leurs débuts. Dans notre dossier « Violences sexuelles à Paris : l’école Saint-Dominique sous le choc », nous avons documenté comment des animateurs ont continué à travailler malgré des signalements, comment des enquêtes internes ont étouffé des plaintes. La manifestation du 4 juillet apparaît comme le point d’orgue d’une colère qui couvait.

Le système judiciaire est asphyxié

Ce que les manifestants dénoncent, c’est aussi un système judiciaire sous pression. Les tribunaux croulent sous les dossiers. Les parquets — comme celui de Nanterre, régulièrement pointé du doigt — peinent à traiter les plaintes dans des délais raisonnables. Résultat : des classements sans suite par manque de preuves, faute d’enquête approfondie, ou parce que les victimes se découragent et se rétractent.

Aucun procès emblématique n’était en cours ce samedi-là. Mais la manifestation visait précisément à peser sur le débat politique. Le gouvernement, par la voix du ministre de la Justice, a promis des mesures. Des groupes de travail sont annoncés. Pour les associations, ces annonces restent trop floues. « Il faut une loi-cadre, pas des rustines », expliquait une militante croisée dans le cortège.

Ce que ça dit de la France

Cette mobilisation — massive, déterminée, transpartisane — révèle une attente simple : cohérence. Impuissance et incohérence.

Le cadre juridique français est un patchwork. Des textes existent — loi Schiappa, loi pour une sécurité globale, loi sur la prescription — mais ils sont mal articulés. Les peines minimales ne sont pas toujours appliquées. Les formations des forces de l’ordre restent hétérogènes. Les classements sans suite explosent. Et surtout, les victimes se heurtent à un parcours du combattant : dépôt de plainte souvent dissuasif, enquête interminable, procès traumatisant.

Les manifestants ne réclament pas une justice expéditive. Ils réclament une justice qui fonctionne. Une justice qui ne laisse pas 94 % des viols impunis. Une justice qui protège les enfants avant qu’il ne soit trop tard. La France, pays des droits de l’homme, voit son modèle ébranlé par ces chiffres. « Tout est entaché par ce que cet homme a fait à mon fils », dit ce parent. La phrase pourrait être celle de milliers d’autres. Derrière les statistiques, il y a des vies.

La manifestation parisienne du 4 juillet n’est pas un événement de plus. C’est un signal. La société civile n’attend plus les promesses — elle attend une loi, une vraie. La balle est dans le camp du législateur. Et le compte à rebours a commencé.

📰Source :www.franceinfo.fr

Par la rédaction de Le Dossier

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Épisode 81 · 2026-07-04

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