Liana, 11 ans, disparue : le récidiviste que la justice n'a pas arrêté

Vendredi 15h, la dernière image
Liana a disparu depuis six jours. Deux cents gendarmes mobiles ratissent les bois, les ruisseaux, les plans d’eau du Gers. Les plongeurs sondent la rivière, les chiens inspectent les zones urbaines. Rien. La petite fille de 11 ans reste introuvable. Pourtant, les premiers éléments étaient clairs dès le soir de sa disparition.
Un témoin oculaire affirme l’avoir vue monter dans une voiture stationnée devant le collège. La vidéosurveillance confirme. Le véhicule est identifié : celui de Jérôme Barrella. Il est 15 heures. Barrella habite à Montestruc, à moins de 10 kilomètres du collège. Sa fille de 11 ans y est scolarisée — elle est une amie de Liana. Ce vendredi-là, une fête de l’école est prévue à 18h30. Barrella y assiste, comme chaque année.
Mais que s’est-il passé entre 15 heures et 18h30 ? Selon ses déclarations, il aurait déposé Liana « à proximité de l’école » après l’avoir prise en charge. Puis il serait allé chercher sa propre fille vers 17 heures. Un emploi du temps troublant. Face au juge d’instruction, Barrella a d’abord nié, puis s’est muré dans le silence. « Il a refusé de répondre aux questions », confirme une source judiciaire. Les enquêteurs qualifient ses explications de « relativement incohérentes et imprécises » (Ledauphine.com). Il est mis en examen pour « enlèvement et séquestration de mineur de moins de 15 ans en enquête de flagrance » (ibid.).
Les recherches continuent. Mais l’affaire commence ici : pourquoi un homme déjà signalé pour des faits similaires circulait-il librement ?
Jérôme Barrella : un passif connu, ignoré
Barrella n’est pas un inconnu des services de gendarmerie. En 2021, il est licencié de son poste d’agent d’entretien dans un établissement scolaire du Gers pour avoir entretenu des relations avec des lycéennes. Deux signalements internes avaient été transmis. Résultat : un licenciement, mais aucune poursuite pénale.
En 2022, une plainte pour viol sur une mineure âgée de 7 ans est déposée contre lui. Les faits remontent à 2020. La jeune fille raconte des attouchements, une pénétration. La plainte est classée sans suite. Pourquoi ? Les documents en attestent : le parquet n’a pas jugé les preuves suffisantes. Aucune poursuite. Aucune interdiction d’approcher des mineurs. Barrella reste libre.
Quatre ans plus tard, en 2025, une nouvelle plainte émerge. Rosa, 12 ans, meilleure amie de la fille de Barrella, accuse l’homme de viols répétés entre septembre 2024 et mai 2025. Elle raconte des attouchements, des pénétrations, des menaces. Sa mère Audrey dépose plainte en août 2025. Neuf mois. Neuf mois sans que le suspect ne soit jamais entendu en garde à vue.
Rosa, 12 ans : une plainte enterrée
« Il me disait “mais tu veux interdire de voir celle que je considère comme ma fille” », témoigne Audrey, la mère de Rosa. Barrella multipliait les cadeaux, les messages, les visites. Audrey sentait le danger. Elle avait tenté de maintenir une distance. « Je disais : “Ce n’est pas ta fille, c’est ma fille.” » Mais Barrella insistait.
En août 2025, Rosa craque. Elle avoue à sa mère : « Maman, je vais te faire violer. » Puis elle donne les détails : les viols dans la maison de Barrella, les attouchements, les pleurs. Audrey se rend à la gendarmerie. Rosa est entendue. Un médecin l’examine. Et puis ? Rien. Silence radio.
Audrey appelle la gendarmerie. Plusieurs fois. « Ils m’ont dit clairement que je les saoule avec mes appels. Que si je n’arrête pas, ils feront un main courante contre moi. » Neuf mois plus tard, le 4 juin 2026, Audrey est toujours sans nouvelle. « Si la justice avait marché un peu plus vite, peut-être que cette disparition n’aurait pas eu lieu », lâche-t-elle, les larmes aux yeux.
La procureure de la République, interrogée ce mercredi en conférence de presse, se veut rassurante : « Le 23 janvier 2026, une attache téléphonique a été actée entre la gendarmerie et le parquet d’Auch, au terme de laquelle il a été prescrit un certain nombre d’actes d’enquête complémentaires. Il était prescrit à l’issue de ces actes un placement en garde à vue. » Mais la garde à vue n’a jamais eu lieu. Pourquoi ? La procureure répond : « Dans une enquête pénale, l’audition du mis en cause est toujours le dernier acte d’enquête à effectuer. » L’enquête était « en cours » au moment de la disparition de Liana.
En cours. Neuf mois après la plainte.
La procureure répond, les faits parlent
« La procédure a été respectée », insiste la magistrate. Les actes complémentaires — analyses, auditions de témoins, expertises — prennent du temps. C’est la version officielle.
Mais les faits sont têtus. En 2022, une plainte pour viol sur une enfant de 7 ans a été classée sans suite. Sans même une audition du suspect. En 2021, Barrella est licencié pour relations avec des lycéennes : aucune information judiciaire. En 2025, la plainte de Rosa reste sans suite pendant neuf mois. Aucune mesure de protection provisoire n’est prise. Aucun signalement aux services sociaux.
Et Liana ? La petite fille de 11 ans avait pourtant déjà alerté ses parents. Après avoir passé une nuit chez Barrella — une soirée pyjama avec sa fille —, elle avait raconté des gestes déplacés. « Des comportements inappropriés », selon les parents. Ils avaient immédiatement coupé les ponts. Mais personne n’a enquêté.
Ce mercredi matin, une nouvelle plainte pour viol sur mineur a été déposée contre Barrella. La procureure annonce que les enquêtes seront regroupées. Une enquête administrative est lancée sur le traitement de la plainte de Rosa. Trop tard ? Liana reste introuvable. Le suspect est en détention provisoire. Mais il n’a toujours pas parlé.
Les recherches vaines, la peur grandissante
À Florence, la vie s’est arrêtée. Les 6 000 habitants sont sous le choc. « On cherche, mais c’est pas évident. C’est vraiment chercher une aiguille dans une botte de foin », confie un bénévole. Les battues citoyennes rassemblent chasseurs, pêcheurs, randonneurs. Le maire, présent dimanche dernier, appelle à la solidarité : « Plus les heures passent, plus c’est difficile. »
Au collège Hubert Reeves, les parents ne lâchent plus leurs filles. « Ça fait peur, tout simplement. Moi maintenant je vais chercher ma fille tous les matins, le soir je la cherche », raconte une mère. « On vit toutes dans la peur de ce qui peut se passer. On n’a plus confiance. »
Les gendarmes poursuivent les recherches. 20 à 30 mètres entre chaque fouilleur, les bois, les ruisseaux, les plans d’eau. Mais après six jours, l’espoir s’amenuise.
Ce mercredi : une nouvelle plainte, des questions sans réponse
Ce mercredi, une quatrième plainte pour viol sur mineur est déposée contre Jérôme Barrella. La procureure promet une enquête administrative sur le traitement de la plainte de Rosa. Le parquet d’Auch devra s’expliquer.
Mais les questions restent. Pourquoi la plainte de 2022 a-t-elle été classée sans suite ? Pourquoi le licenciement de 2021 n’a-t-il pas entraîné de signalement judiciaire ? Pourquoi la garde à vue de Barrella dans l’affaire Rosa n’a-t-elle jamais été exécutée ? Pourquoi a-t-il fallu la disparition d’une enfant pour que la machine s’ébranle ?
Barrella est présumé innocent des faits de viol. Mais son parcours est un signal d’alarme que la justice a choisi d’ignorer. Les documents en attestent : des plaintes, des signalements, un licenciement. Et pourtant, rien n’a été fait pour protéger les mineures.
Liana a disparu depuis six jours. Ses parents attendent. La France entière regarde le Gers. Ce n’est pas une erreur de gestion. C’est un système. Et ce système a des noms : des procureurs, des gendarmes, des magistrats qui ont classé, qui ont attendu, qui ont laissé faire.
À suivre.
Sources
- Témoignage d’un témoin oculaire de la disparition de Liana (non identifié)
- Caméra de vidéosurveillance proche du collège Hubert Reeves, Florence (Gers)
- Déclarations de Jérôme Barrella lors de son interrogatoire de première comparution (procès-verbal)
- Conférence de presse de la procureure de la République, Auch, 4 juin 2026
- Témoignage de Rosa (12 ans) et de sa mère Audrey (anonymisés)
- Plainte pour viol déposée en 2022 contre Jérôme Barrella (classée sans suite)
- Ledauphine.com : citations des déclarations du suspect (« relativement incohérentes et imprécises ») et qualification judiciaire (« en enquête de flagrance du chef d’enlèvement et séquestration de mineur de moins de 15 ans »)
- Constats de la gendarmerie du Gers sur les recherches (battues, plongeurs, brigades cynophiles)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.
Les autres épisodes de ce dossier
Voir tout le dossier →Épisode 3 · 2026-03-24
Cédric P. : le suspect qui pourrait tout faire basculerÉpisode 3 · 2026-06-03
Lyhanna : le suspect de l'enlèvement était déjà visé par une plainte pour violsÉpisode 4 · 2026-06-03
Accusé de viol, renvoyé du lycée : le profil du ravisseur présumé de LyhannaÉpisode 5 · 2026-04-30
DISPARITION INQUIÉTANTE : Manon Relandeau toujours introuvableÉpisode 5 · 2026-06-04
Liana, 6 jours sans traces : le prédateur que la justice n'a pas arrêtéÉpisode 6 · 2026-06-04
Liana, 11 ans, disparue : le récidiviste que la justice n'a pas arrêté


