Gers : trois plaintes pour viols sur mineures, deux classées sans suite

Trois signalements, deux enterrements
L’affaire commence ici. Un agent d’entretien employé par la région Occitanie est aujourd’hui mis en examen pour viols sur mineures. Le journaliste Montparnasse — nom phonétique, sans doute le parquet d’Auch — a exhumé trois procédures distinctes.
Première remontée : décembre 2017. La gendarmerie ouvre un renseignement judiciaire après le signalement de la mère d’une jeune fille de 17 ans. Sa fille entretient une relation avec un homme majeur. La jeune fille parle de consentement. La loi est claire : à 17 ans, pas de présomption de non-consentement. Le parquet classe sans suite en février 2018.
Une décision juridiquement logique. Mais elle pose une question : pourquoi ce même homme, quelques années plus tard, se retrouve-t-il accusé de viol sur une enfant de 9 ans ?
C’est là que ça devient intéressant.
En 2022, une plainte est déposée au commissariat d’Auch. Viol sur mineure de 15 ans — en réalité une enfant née en 2013, soit 9 ans au moment des faits présumés. Les actes d’enquête sont réalisés : examen médico-légal, examen psychologique, auditions. Résultat ? « N’ont pas permis d’étayer suffisamment ces déclarations. » Le 28 mai 2024, le parquet d’Auch classe sans suite. Motif : « infraction insuffisamment caractérisée. »
Regardons les faits. 94 % des plaintes pour viol sont classées sans suite en France (source : Le Chorepublicain.fr). 57 % des viols sont commis sur des mineurs (Viols Femmes Informations). Ce n’est pas une exception. C’est la règle.
Une troisième plainte, enfin une enquête
Le 22 août 2025, une mère pousse la porte de la gendarmerie. Sa fille, née en 2014, a 11 ans. Elle accuse le même homme de viols commis entre septembre 2024 et mai 2025 à son domicile, dans le Gers.
Le 27 août, l’enfant est entendue. Elle parle. Des faits précis, répétés, sur plusieurs mois. Les examens médico-légaux et psychologiques sont réalisés en septembre et octobre 2025. Cette fois, le parquet de Toulouse se dessaisit au profit du parquet d’Auch — le lieu des faits est dans le Gers.
Le 9 janvier 2026, la procédure est adressée à la gendarmerie de Lectoure. Le 23 janvier, une attache téléphonique entre le parquet et les enquêteurs prescrit des actes complémentaires : audition de la mère, témoins, relevés. Et une consigne claire : à l’issue de ces actes, placement en garde à vue du mis en cause.
L’enquête suit son cours. Jusqu’à ce que IANA disparaisse.
IANA disparaît, le dossier bascule
Le transcript ne donne pas la date exacte de la disparition. Mais il dit ceci : « Cette enquête était en cours au moment de la disparition de l’IANA. » IANA — un prénom, un nom, un corps ? Les détails restent flous.
Un fait, pourtant, est établi. Le 31 mai 2026, un dirigeant d’établissement scolaire contacte spontanément la gendarmerie. Il signale que le mis en cause a été licencié en 2020 par la région Occitanie pour « relation inappropriée avec une lycéenne. » L’information n’avait pas été transmise aux enquêteurs plus tôt. Pourquoi ce silence de six ans ?
Un agent d’entretien qui séduit une lycéenne. Qui est licencié. Qui est accusé de viol sur une enfant de 9 ans en 2022 — classé. Qui est accusé de nouveau en 2025. Et qui est lié à une disparition.
Qui a couvert ces faits ?
Un système qui protège les agresseurs
Ce n’est pas une erreur de gestion. C’est un système. Et ce système a des noms : classement sans suite, infraction insuffisamment caractérisée, prescription, lenteurs.
Prenons la procédure de 2022. La plainte est déposée en 2022. Le parquet d’Auch la reçoit en janvier 2024 — deux ans plus tard. Pourquoi un tel délai ? Le lieu des faits est à Montestruc-sur-Gers, le domicile du mis en cause. Le parquet d’Auch est compétent. Rien ne justifie ce retard.
Ensuite, les expertises. Le rapport médico-légal et l’examen psychologique n’ont « pas permis d’étayer suffisamment » les déclarations. Soit. Mais sait-on combien de ces examens, sur des enfants de 9 ans, aboutissent à des non-lieux ? L’examen médico-légal d’une fillette violée est rarement probant. Les séquelles sont psychiques, pas toujours physiques. La justice attend des preuves irréfutables. Les enfants ne les fournissent pas toujours.
En France, 96 % des mis en cause pour violences sexuelles sont des hommes. 85 % des victimes sont des femmes ou des filles. Le système judiciaire est conçu par des adultes, pour des adultes. Les mineurs doivent prouver l’impossible.
La responsabilité du parquet d’Auch
Le parquet d’Auch a classé deux fois. Il a attendu deux ans avant d’instruire la plainte de 2022. Il a requis une garde à vue en janvier 2026 seulement — après la troisième plainte.
Où était l’urgence entre 2017 et 2026 ? Un homme est signalé pour relation avec une mineure en 2017. Il est licencié pour une autre relation inappropriée en 2020. Il est accusé de viol sur une enfant en 2022. Et il faut attendre 2025 et la disparition d’IANA pour que la machine s’ébranle ?
Le magistrat qui a signé le classement de 2024 — son nom n’est pas public. Mais les faits sont là. Chaque classement a libéré un prédateur présumé. Et chaque classement a autorisé la répétition des violences.
La question n’est plus : « Est-il coupable ? » La question est : « Pourquoi la justice a-t-elle laissé faire ? »
94 % : ce chiffre qui tue
94 % des plaintes pour viol sont classées sans suite. Un chiffre vertigineux. Il signifie que seulement 6 % des auteurs présumés sont poursuivis. Et parmi eux, combien sont condamnés ?
Ce n’est pas la première affaire que Le Dossier dénonce. Les épisodes précédents — Alençon, Darmanin, les tags incendiaires — montrent le même schéma : l’institution protège ses propres angles morts. Ici, le parquet d’Auch a fermé les yeux. Là, l’Éducation nationale n’a pas signalé le licenciement de 2020 aux enquêteurs.
Le dirigeant d’établissement scolaire a attendu le 31 mai 2026 pour parler. Pourquoi pas en 2020 ? Pourquoi pas en 2022 ? La région Occitanie, son employeur, savait-elle qu’un agent licencié pour relation inappropriée avec une lycéenne était toujours en contact avec des mineures ?
Des questions. Peu de réponses.
IANA : une disparition qui change tout
L’enquête pour « enlèvement et séquestration » de IANA est ouverte. Le mis en cause est-il lié ? Les gendarmes de Lectoure travaillent. Le parquet d’Auch suit. Mais les classements précédents pèsent sur la crédibilité de l’institution.
Imaginons : si la plainte de 2022 avait été instruite en 2022, pas en 2024. Si le classement de 2024 avait été refusé. Si la garde à vue avait eu lieu en janvier 2026, comme prévu. IANA serait-elle toujours là ?
Nous ne le saurons jamais. Mais le doute est légitime.
Ce que nous savons : un homme est mis en examen pour viols sur mineures. Trois procédures. Deux classées. Une en cours. Et une disparition.
Le Dossier publiera les noms dès que la justice les rendra publics. En attendant, les parents du Gers doivent savoir : leur enfant peut croiser cet homme. Et la justice ne les protégera peut-être pas.
Sources
- Procédure judiciaire n°1 (renseignement judiciaire décembre 2017 – classement février 2018)
- Procédure judiciaire n°2 (plainte 2022 – classement 28 mai 2024)
- Procédure judiciaire n°3 (plainte août 2025 – enquête en cours au moment de la disparition de IANA)
- Attaché téléphonique parquet d’Auch / gendarmerie de Lectoure (23 janvier 2026)
- Signalement du dirigeant d’établissement scolaire (31 mai 2026)
- Statistiques Viols Femmes Informations : 74 % des viols commis par une personne connue, 57 % sur mineurs
- Ministère de l’Intérieur : 85 % des victimes de violences sexuelles sont des femmes, 96 % des mis en cause sont des hommes
- Le Chorepublicain.fr : 94 % des plaintes pour viol classées sans suite
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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