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Mortalité infantile : le rapport IGAS que le gouvernement a enterré pendant 7 mois

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-08
Illustration: Mortalité infantile : le rapport IGAS que le gouvernement a enterré pendant 7 mois
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Le chiffre qui tue

2700 bébés. C’est le nombre d’enfants qui meurent chaque année avant leur premier anniversaire en France. 75 % d’entre eux décèdent dans le premier mois. Le taux était de 3,5 pour 1000 en 2011. Il est remonté à 4,1. Une régression sanitaire qui n’a rien d’un accident.

« Si la France connaissait le taux de mortalité infantile moyen de l’UE, soit 3,3, ce sont les morts de 529 enfants dans leur première année qui auraient pu être évitées », notait Sud Ouest en août 2026, citant le rapport. 529 vies. Chiffrées à zéro dans les arbitrages budgétaires.

Le taux moyen de mortalité infantile est resté plus de deux fois plus élevé dans les départements et régions d’outre-mer qu’en France hexagonale de 2004 à 2022 (source : La 1ère France Info). Mais le problème n’est pas seulement ultramarin. Il est national.

Le gouvernement le sait. Il a reçu le rapport IGAS en janvier. Il l’a gardé secret. Pourquoi ?

Le rapport qui dérange

« Ce rapport tacle très largement les politiques menées depuis une vingtaine d’années, en particulier les deux mandats d’Emmanuel Macron », explique Anthony Cortz, journaliste à L’Humanité et co-auteur du livre-enquête 4,1 le scandale des accouchements en France (B. Chastel). « Il pointe une absence absolue de gouvernance et une absence de prise de conscience de l’urgence. »

Ce n’est pas un rapport de plus sur la pénurie de soignants. C’est un réquisitoire contre une idéologie. L’IGAS — une institution d’État, pas une association militante — contredit frontalement la politique de fermeture des petites maternités que défend l’Académie de médecine. Et que le gouvernement soutient en sous-main.

L’Académie de médecine veut fermer les maternités réalisant moins de 1000 accouchements par an. Conséquence : 111 maternités disparaîtraient. Des départements entiers se retrouveraient sans la moindre structure d’accouchement. Le Lot, la Lozère, la Creuse — vidés de leur capacité à accueillir la vie.

Mais le rapport IGAS montre que le problème n’est pas là. Il montre que des départements très bien dotés en grandes maternités — celles de type 2 et 3, censées gérer les urgences — affichent eux aussi des taux de mortalité infantile élevés. La cause n’est pas la taille de la maternité. C’est l’organisation du système.

« Le rapport explique que les difficultés sont structurelles, pas seulement individuelles », poursuit Cortz. « Et ça, le gouvernement ne voulait pas l’entendre. »

75 % des maternités fermées en 50 ans

En 1975, la France comptait 1369 maternités. Aujourd’hui : 457. Soit 75 % de fermetures en un demi-siècle.

À l’origine, la démarche était compréhensible. Il fallait rehausser les standards de sécurité : remplacer les petites structures avec une seule sage-femme par des plateaux techniques équipés. Triple permanence des soins, quotas de spécialistes. Une politique menée dans les années 1970, plutôt vertueuse.

Voilà où ça se complique. À la fin des années 1990, l’État a accéléré les fermetures sans planification territoriale. Plusieurs rapports — dont celui du Sénat — ont documenté cette dérive. Résultat : entre 2000 et aujourd’hui, le nombre de femmes vivant à plus de 45 minutes d’une maternité a bondi de 40 %. Quand l’accouchement devient une expédition, le risque s’accroît mécaniquement.

Les grandes maternités ne sont pas épargnées. Elles sont saturées, en sous-effectif chronique. Le rapport IGAS le confirme : la concentration ne résout rien si le personnel manque et si la prévention est abandonnée.

La prévention : le pilier effondré

La France avait un outil unique : la Protection maternelle et infantile (PMI). Un service public départemental qui accompagne les femmes enceintes du premier jour de la grossesse jusqu’à après l’accouchement — notamment les plus précaires, celles qui risquent de passer entre les mailles du filet.

« La PMI était notre fleuron », dit Cortz. « Aujourd’hui, elle est en crise. »

Les chiffres sont accablants. Selon le rapport de la députée Michèle Piron, le nombre d’enfants suivis par la PMI a chuté de 45 % entre 1995 et 2016 — de 900 000 à 550 000. Les visites à domicile, essentielles pour repérer les signes de détresse post-partum ou les pathologies silencieuses, sont passées de 264 000 à 188 000 sur la même période.

Et depuis 2016, les restrictions budgétaires se sont aggravées. Les départements, qui financent la PMI, étranglés par la baisse des dotations de l’État, ont réduit la voilure. Résultat : on suit moins les mères, on repère moins les risques, on laisse des familles sans filet.

Le rapport IGAS insiste : la prévention est le parent pauvre du système. « On entend beaucoup parler de la fermeture des maternités, mais très peu de la crise de la prévention », remarque Cortz. « Or, c’est elle qui permet d’éviter les décès évitables. »

L’âge des mères, les grossesses multiples, la précarité

Le rapport ne nie pas les facteurs individuels. L’âge moyen des mères est passé de 29 ans en 2010 à près de 31 ans en 2019. Les grossesses multiples (jumeaux, triplés) augmentent, souvent liées à l’assistance médicale à la procréation. Les pathologies maternelles préexistantes (obésité, diabète, hypertension) sont plus fréquentes. « Entre 22 % et 25 % des femmes ultramarines étaient en situation d’obésité avant leur grossesse, contre 14 % dans l’Hexagone » (Zinfos 974).

Mais ces éléments ne justifient pas l’inaction publique. D’autres pays — Suède, Estonie, Portugal — ont des âges maternels comparables et des taux de mortalité infantile bien plus bas : respectivement 2,5 et 3,3 pour 1000.

« Le problème, ce n’est pas la faute des femmes », insiste Cortz. « C’est l’absence de politique publique pour les accompagner. »

Un registre national des naissances promis, jamais livré

Parmi les recommandations de l’IGAS, l’une est récurrente depuis des années : créer un registre national des naissances. Une base de données unique qui recouperait toutes les informations existantes (SNDS, PMI, maternités, causes de décès) pour comprendre où, quand et pourquoi meurent les enfants.

Les meilleurs pays européens l’ont fait. La Suède. L’Estonie. Résultat : ils savent ajuster leurs politiques en temps réel. La France, non.

En fin d’année dernière, la ministre de la Santé — une qui s’est succédé à elle-même — a annoncé la mise en place de ce registre. Bonne nouvelle ? On l’attend toujours.

Pourquoi ce retard ? « Des questions budgétaires, et aussi des questions de philosophie sur les données », dit Cortz. Mais surtout, un manque de volonté politique. Quand on ne veut pas voir le problème, on ne se dote pas des outils pour le mesurer.

Le moratoire bloqué au Sénat

Il y a un an, l’Assemblée nationale a voté un moratoire sur la fermeture des petites maternités. Une proposition de loi du député Liot André Colombie, adoptée par presque tous les groupes — sauf la Macronie et le RN, qui se sont abstenus ou ont voté contre.

Le texte est bloqué au Sénat. Pourquoi ?

« André Colombie a du mal à trouver des relais », explique Cortz. « Et surtout, il a fait face à une offensive des lobbys médicaux, en particulier des gynécologues obstétriciens, qui font campagne pour fermer les petites maternités. » Ces lobbys — bien organisés, bien financés — pèsent sur les sénateurs. Et le gouvernement, qui contrôle l’ordre du jour des deux chambres, a choisi de ne pas inscrire le texte. Pas de vote, pas de moratoire. Le statu quo continue.

« Le gouvernement préfère laisser fermer les petites maternités plutôt que de revoir sa politique », résume Cortz.

Le plan prénatalité : une promesse de plus

En juin 2026, le gouvernement devait présenter un plan de prénatalité. Des mesures concrètes pour inverser la tendance. « On l’attend toujours », dit Cortz. « Tout ce qu’on a eu, c’est un communiqué disant que le ministère avait réuni des professionnels et les avait entendus. » Des effets d’annonce, pas d’argent, pas de décrets.

Pendant ce temps, 2700 bébés meurent chaque année. 529 pourraient être sauvés si la France atteignait simplement la moyenne européenne.

Le rapport IGAS, lui, dort dans les tiroirs. Mais Le Canard Enchaîné l’a sorti. Le débat public, lui, reste engourdi.

Et maintenant ?

Le gouvernement doit publier le rapport IGAS. Officiellement, intégralement. Les citoyens ont le droit de savoir pourquoi leur pays — 7e puissance mondiale — laisse mourir ses nouveau-nés à un rythme de pays balte.

Ensuite, il faut un véritable plan de prénatalité : pas de la communication, mais des moyens. Rouvrir des lits, recruter des sages-femmes, redonner vie à la PMI. Et surtout, stopper les fermetures de maternités sans planification territoriale.

Le moratoire doit passer au Sénat. Le gouvernement peut l’inscrire à l’ordre du jour demain. Il ne le fait pas. Pourquoi ? Parce que cela contredit sa doctrine : concentrer les moyens sur les grandes structures, quitte à créer des déserts obstétricaux. Parce que les lobbys de l’Académie de médecine pèsent plus lourd que la vie des bébés. Parce que le silence, parfois, est plus confortable que l’action.

Reste une question : combien de bébés supplémentaires devront mourir avant que la République ne daigne ouvrir ce rapport ?

📰Source :youtube.com

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