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Faits diversÉpisode 10/66

Nice : la trottinette de la mort – deux innocents fauchés par la guerre des narcos

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-19
Illustration: Nice : la trottinette de la mort – deux innocents fauchés par la guerre des narcos
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Lundi 11 mai, 15h20. Un individu arrive en trottinette électrique place des Amarillis, à l'entrée ouest de Nice. Il s'arrête devant l'alimentation Le Palais Sucré. Sort une arme de type pistolet mitrailleur — un 7.62. Tire en rafale. Les enquêteurs retrouveront 19 douilles et 18 étuis percutés au sol. Seuls trois impacts de balle n'ont pas atteint les corps : ils ont frappé la devanture. Deux ogives seront saisies à l'intérieur du commerce. L'attaque dure quelques secondes. Le tueur remonte sur sa trottinette, rejoint l'avenue de la Méditerranée, puis monte côté passager d'une Renault Captur. Le véhicule démarre, direction l'autoroute A8. À 16h20, les pompiers retrouvent la voiture totalement calcinée à Roquefort-les-Pins, une commune de l'arrière-pays, entre Valbonne et La Colle-sur-Loup. Dans le coffre : la trottinette.

Un massacre en plein jour. Le procureur de la République de Marseille, Nicolas Besson, le dit : « Cet homme arrivant en trottinette est particulièrement calme. Il s'est posé, il a sorti son arme, il a visé. Ce n'est pas le rafalage en voiture qu'on voit parfois. » Les victimes ? Deux hommes de 57 et 38 ans. L'enquête confirme qu'ils étaient « totalement inconnus en matière d'infraction à la législation sur les stupéfiants ». Des innocents, donc. Six autres hommes, âgés de 23 à 52 ans, ont été blessés plus ou moins sérieusement. Cinq sont hors de danger. Une sixième reste dans un état sérieux, avec un risque de séquelles graves aux jambes. « 11 victimes innocentes, et une immense souffrance », résume Damien Martinelli, procureur de la République de Nice.

48 heures pour remonter la piste

Le parquet de Nice ouvre une enquête de flagrance pour assassinat en bande organisée dès les faits. Le Service interdépartemental de police judiciaire de Nice (SIPJ 06) est saisi. Le lendemain, la Juridiction interrégionale spécialisée (GIR) de Marseille prend le relais. Pourquoi Marseille ? Parce que la Renault Captur de fuite avait été volée dans le 15e arrondissement de Marseille la nuit précédant la fusillade, dans la nuit du 10 au 11 mai. Et ce n'est pas tout.

Les enquêteurs du SIPJ 06, appuyés par la BRI de Marseille, mettent en œuvre des techniques spéciales : téléphonie, géolocalisation, vidéosurveillance. Nice dispose d'un système « extrêmement performant », selon le chef de la PJ de Nice, Antonetti. Résultat : le 12 mai, ils identifient deux appartements conspiratifs à Nice — l'un dans le quartier des Musiciens, l'autre à Nice-Est. Surtout, ils découvrent qu'une deuxième Renault Captur a été volée à Marseille le 12 mai, puis convoyée à Nice. Dans le coffre : trois bidons d'essence, un masque, une postiche, un emballage de perruque. « Nous avons très vraisemblablement évité un nouveau drame », déclare le procureur Besson. L'opération d'interpellation est décidée dans la soirée du 13 mai, autorisée de nuit. Les policiers passent à l'action le 14 mai à Nice et à Marseille.

Quatre personnes sont interpellées : deux hommes de 19 et 30 ans, deux femmes de 26 et 50 ans. Après défèrement, trois sont mises en examen et placées en détention provisoire : les deux hommes et la femme de 26 ans. La quatrième — la femme de 50 ans — n'est pas mise en cause. Les charges : meurtre en bande organisée, tentatives de meurtre en bande organisée, association de malfaiteurs, vols et destructions en bande organisée.

Le tireur présumé ? Un multirécidiviste de 30 ans

Le suspect principal a 30 ans. Son téléphone borne sur les lieux de la fusillade au moment des faits, sur le lieu de l'incendie du véhicule à Roquefort-les-Pins, et aux abords des repérages. Il nie en partie : il affirme avoir quitté la région parisienne pour Marseille, puis être venu à Nice pour « récupérer des véhicules et des sacs ». Son casier judiciaire, lui, ne nie rien. Sept condamnations pour vol, usage de stupéfiants, défaut de permis, refus d'obtempérer, escroquerie en bande organisée. Il est également mis en cause dans une procédure pour violences conjugales datée du 7 mai 2026 — quatre jours avant la fusillade. Et il était sous contrôle judiciaire dans le cadre d'une affaire de vol aggravé.

Un multirécidiviste sous contrôle judiciaire qui commet un assassinat en bande organisée. La question taraude. Les magistrats esquivent. Mais le fait est là : le système judiciaire n'a pas empêché ce passage à l'acte.

L'homme de 19 ans reconnaît avoir convoyé les deux Renault Captur de Marseille à Nice. Il affirme ne pas savoir à quoi elles devaient servir. Casier vierge, mais il est déjà sous contrôle judiciaire pour une affaire de trafic de stupéfiants à Marseille. La femme de 26 ans, logisticienne présumée, a loué l'appartement où le tireur a été hébergé. Elle explique avoir été contrainte d'héberger l'individu en raison de dettes liées à sa consommation de cocaïne. Déjà condamnée pour outrage et rébellion en 2022, interpellée quelques semaines avant les faits pour détention de produits stupéfiants.

Ces trois personnes « demeurent présumées innocentes », rappellent les procureurs. Mais les éléments matériels sont accablants : des cartouches de 7.62 retrouvées dans un appartement, une arme longue du même calibre avec un chargeur vide, des perruques, un masque, et les analyses téléphoniques qui placent le tireur sur les lieux.

D'où vient la violence ? Une exportation des guerres marseillaises

Le mobile : un conflit entre réseaux de narcotrafiquants. Les procureurs Besson et Martinelli le confirment : « Nice subit de plein fouet les problématiques du narcotrafic avec une dérive qu'on pourrait qualifier d'exportation de Marseillais. » Les autorités évoquent des influences de la DZ Mafia et de l'équipe criminelle des Olivier — des réseaux marseillais projetés à Nice pour prendre le contrôle de points de deal.

C'est là que ça devient intéressant. La fusillade du 11 mai n'est pas un fait isolé. Elle s'inscrit dans une escalade de violences qui secoue le quartier des Moulins depuis juillet 2024 : un incendie criminel qui a fait plusieurs morts, suivi d'une fusillade le 3 octobre 2025 — deux morts supplémentaires. Puis, les 8 et 9 mai 2026, une attaque au boulevard Paul Montel (armes et explosifs) et des tirs sur un guetteur de 15 ans à Nice-Est, avec explosion d'un pétard géant — de type « Gigante Maroun », proche d'un pain de dynamite. Le procureur Besson : « Ces faits sont rapprochés d'une guerre territoriale. »

Les enquêteurs travaillent sur l'hypothèse d'alliances entre équipes niçoises et marseillaises. Les réseaux sociaux servent de recrutement pour des « jeunes désœuvrés » venus de toute la France. Le procureur de Nice précise : « Il y a également, sur Nice-Est, des influences de la région parisienne. » La situation est mouvante, complexe. Mais une chose est sûre : la violence s'intensifie, et les habitants paient le prix fort.

315 % de condamnations de mineurs en quatre ans

Les chiffres donnés par Damien Martinelli sont effarants. Entre 2020 et 2024, les condamnations de mineurs pour trafic de stupéfiants à Nice ont augmenté de 315 %. La part des mineurs dans l'ensemble des condamnations pour trafic est passée de 9 % à 29 % en dix ans. « Les mineurs sont de plus en plus impliqués, notamment des mineurs étrangers isolés », explique le procureur. Sur le seul quartier des Moulins, en 2025, plus de 600 gardes à vue ont été réalisées, dont près de la moitié concernant des mineurs. 300 défèrements, une centaine d'incarcérations. Et

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