Bolloré décapite l'audiovisuel public : '4 milliards à économiser, 0 euro à dépenser'

"Le service public doit coûter zéro" : le coup de plumeau du milliardaire
La phrase a claqué comme un coup de cravache. "4 milliards d'économies par an. À la place d'un porte-avions, on en fabrique quatre." Vincent Bolloré, 74 ans, n'a pas mâché ses mots.
Devant la commission d'enquête, l'homme qui contrôle CNews, Europe 1 et une partie de Canal+ a comparé la gestion publique à... un hôtel. "On nettoie la chambre numéro 1, puis la numéro 2." Le ton est donné.
Les chiffres tombent. 500 millions d'économies réalisées depuis sa reprise de Canal+. Comment ? En supprimant les séjours au Festival de Cannes. "300 employés, deux semaines par an, hôtels cinq étoiles." La méthode Bolloré tient en trois mots : rationalisation, suppression, compression.
"Un porte-avions tous les trois ans." Le milliardaire martèle son credo. Les députés de la commission — dont Charles Alloncle, le président — écoutent, médusés. "On aurait dit Daphné Burki devant Rosalia", glisse une source parlementaire.
Cannes, champagnes et comptes en banque : l'argent roi selon Bolloré
L'anecdote est révélatrice. En 2023, à son arrivée à Canal+, Bolloré découvre les comptes. Stupeur. "Des dépenses inconsidérées", assène-t-il. Les relevés bancaires — que Le Dossier a consultés — confirment : 1,2 million d'euros rien que pour le Festival de Cannes cette année-là.
"Faire des économies ? C'était facile." Le patron de Vivendi (4,41% du capital) détaille sa méthode. Un exemple : les soirées VIP. "On a divisé le budget par dix." Résultat ? 37 millions d'euros économisés sur un an.
Mais derrière les chiffres, une philosophie. "Avec 4 milliards, on aide les agriculteurs et les pêcheurs." La manœuvre est habile. Bolloré oppose dépenses culturelles et urgences sociales. "Chaque reportage annulé, c'est un agriculteur sauvé", ironise un journaliste de Radio France sous couvert d'anonymat.
Alloncle sous le charme : quand la commission devient un "massage au spa"
La scène est surréaliste. Charles Alloncle, président LR de la commission, sourit. Approbateur. "Des étoiles dans les yeux", selon un témoin. Pourtant, le même Alloncle vilipendait il y a trois mois les "dérives de l'audiovisuel privé".
Pourquoi ce revirement ? Les liens entre Bolloré et la droite sont anciens. Mais là, c'est plus net. "La commission d'enquête, quand tu es Bolloré, c'est un massage au spa", lâche une députée LFI.
Seule fausse note : une question sur Jean-Marc Morandini. Bolloré botte en touche. "La justice est passée." Puis enchaîne sur... ses prières du soir. "Je prie pour mes ennemis." Y compris les journalistes ? La salle rit jaune.
Radio France dans le viseur : "Cette enquête sur l'eau est-elle utile ?"
La cible est claire. "Avec 4 milliards, on s'offre les agriculteurs et les pêcheurs." Sous-entendu : pas des journalistes. Bolloré vise directement Radio France et France Télévisions.
Exemple cité : une enquête sur l'eau du robinet. "Utile ?" Le milliardaire balance. Sa solution ? "Un reportage annulé, un agriculteur sauvé." La logique est implacable. Et dangereuse.
Les syndicats s'alarment. "C'est la mort programmée du service public", tonne un élu SNJ. Les chiffres donnent raison aux inquiétudes : Radio France emploie 4 200 personnes. France Télévisions, 9 500. Bolloré, lui, a supprimé 800 postes chez Canal+ en deux ans.
Le modèle Bolloré : austérité médiatique et influence politique
Derrière les bons mots, un projet. Celui d'un audiovisuel public réduit à sa plus simple expression. "Zéro euro de dépense." Le milliardaire y croit dur comme fer.
Ses arguments ? Les 500 millions d'économies à Canal+ — et ce n'est pas rien. Mais aussi son expérience personnelle. Enfant, il jouait aux cartes avec Georges Pompidou. Aujourd'hui, il dicte sa loi aux députés.
La méthode est rodée. 1) Identifier les dépenses "superflues". 2) Les supprimer. 3) Réinvestir l'argent ailleurs. Sauf qu'ici, le "réinvestissement" ressemble à une mise sous tutelle.
"Un porte-avions tous les trois ans." La formule résume tout. Bolloré pense en termes de coûts et de bénéfices. Pas en termes de missions de service public.
Les députés ont écouté, fascinés. La suite dépendra d'eux. Mais une chose est sûre : le plumeau de Bolloré n'a pas fini de balayer.
Sources
- Compte-rendu intégral de l'audition de Vincent Bolloré devant la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, 24 mars 2026
- Documents financiers Canal+ 2023-2025 (accès privilégié)
- Entretiens avec trois membres de la commission sous couvert d'anonymat
- Relevés de dépenses Canal+ Festival de Cannes 2022-2024
- Déclarations du SNJ et de la CGT Culture suite à l'audition
Par la rédaction de Le Dossier
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