LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

FinanceÉpisode 58/57

Football français : le mensonge des 140 millions d'euros qui plombe les clubs

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-06
Illustration: Football français : le mensonge des 140 millions d'euros qui plombe les clubs
© YouTube

Commençons par le commencement.

En avril 2025, un nouveau président prend les rênes de LFP Media. La filiale chargée des revenus du foot pro — détenue à 87 % par la LFP, 13 % par le fonds CVC — est en état d'urgence. DAZN, titulaire des droits domestiques, n'a pas versé les 140 millions d'euros d'échéances de la saison 2024‑2025. Pire : il a lancé une procédure judiciaire contre la Ligue, accusant cette dernière de ne pas lutter assez contre le piratage. Un fiasco annoncé.

Les 140 millions qui ont changé la donne

DAZN avait promis 350 millions pour huit matchs de Ligue 1, puis 400 millions les années suivantes. Contrat mirobolant, signé en 2024. Dès la première saison, le diffuseur britannique a fait défaut. « Il ne payait plus les dernières échéances de la saison 2024‑2025 », raconte le président de LFP Media. « 140 millions d'euros qu'il devait aux clubs. »

Même scénario en Belgique : DAZN a cessé de payer. Le groupe a même intenté une action en justice, se présentant comme victime du piratage — un argument que la Ligue juge irrecevable.

Les clubs français ont tremblé. Sans ces 140 millions, plusieurs auraient mis la clé sous la porte. LFP Media a dû négocier sous la menace. Résultat : un accord de médiation a permis le paiement des 140 millions dus, plus une indemnité de 87,5 millions pour la saison future. « C'était important parce que ça pouvait mettre vraiment les clubs en grande difficulté », admet le dirigeant.

La confiance était morte. Et les problèmes, loin d'être réglés.

Canal+ : la vieille rancune à 600 millions

L'affaire ne date pas d'hier. Depuis l'échec du contrat Mediapro (2020‑2021), Canal+ réclame à la LFP un peu plus de 600 millions d'euros. Le groupe de Vincent Bolloré estime avoir été maltraité dans le dossier Amazon — la Ligue avait accordé des droits à prix cassé. « Canal+ n'a pas souhaité retirer la procédure », explique le président. « C'est très difficile d'avoir un partenariat efficace tout en étant au tribunal sur ces sommes. »

En juin 2025, LFP Media a tenté de renouer. Des négociations ont été entamées pour vendre un ou plusieurs matchs en exclusivité à Canal+. Résultat : le groupe a rompu les discussions, jugeant qu'il n'y avait « pas de terrain d'entente financier ». Il préfère miser sur les Coupes d'Europe, dont il détient déjà les droits.

Depuis, Canal+ a été condamné à plusieurs reprises — la Cour d'appel a donné gain de cause à la Ligue en janvier 2026, pour la huitième fois sur ce dossier. Le groupe a annoncé un pourvoi en cassation. Le feuilleton continue.

BeIN Sports : le 9e match qui fâche

BeIN Sports payait 78,5 millions d'euros par an pour le fameux « 9e match » de Ligue 1, diffusé en exclusivité. Mais le diffuseur qatari contestait les contraintes imposées par la Ligue sur le choix de cette affiche. « BeIN considérait que le fait que la Ligue ait repris l'exploitation de ces matchs devait aboutir à une modification des contraintes », relate le président.

En août 2025, alors que LFP Media lançait Ligue 1 Plus pour les huit autres matchs, BeIN a procédé à un prélèvement de 25 % sur son contrat. LFP Media a saisi le tribunal des affaires économiques de Paris, qui a condamné BeIN à payer les sommes dues. Mais BeIN a fait appel.

Et surtout, BeIN a levé l'option de ne pas renouveler son contrat pour la saison suivante. « Le contrat du 9e match ne sera plus opéré par BeIN la saison prochaine », confirme le président. « En contrepartie, les 78,5 millions d'euros n'existeront évidemment plus. »

Double peine : la Ligue perd à la fois le diffuseur et les recettes.

Ligue 1 Plus : la plateforme de la dernière chance

Face à l'absence de repreneur, LFP Media a improvisé. En moins de deux mois — de juin à août 2025 — elle a créé Ligue 1 Plus, une plateforme OTT destinée à diffuser les huit matchs orphelins. « Une solution par défaut », admet le président. « Nous avons ouvert les abonnements le 11 août pour une diffusion le 15 août. »

Les résultats ? Mitigés. « Nous avons aujourd'hui un peu moins de 100 000 abonnés », annonce-t-il. L'abonnement démarre à 9,99 € pendant trois mois, puis passe à 14,99 € pour un engagement sur la saison. Le chiffre d'affaires brut de la première année atteint 150 millions d'euros — avant frais de chaîne.

Pour la saison prochaine, LFP Media espère 1,3 million d'abonnés et 100 millions d'euros supplémentaires. Pari audacieux. « Il faut compter sur nos propres forces », lance le dirigeant. « Le football a toujours servi d'accélérateur pour des abonnements à d'autres plateformes. » Mais sans Canal+, sans BeIN, et avec une base d'abonnés ridicule, le défi semble insurmontable.

Les droits internationaux, eux, montent en flèche — 66 % des droits des clubs qualifiés en Coupes d'Europe proviennent désormais de ces compétitions. Mais les clubs de Ligue 2 et les petits de Ligue 1 regardent le train passer.

L'accord FIFA avorté : une occasion manquée

En janvier 2026, LFP Media pensait tenir une bouée de sauvetage. Un accord avec la FIFA pour diffuser la Coupe du monde 2026 — 54 matchs en codiffusion avec M6, 50 autres en exclusivité sur Ligue 1 Plus. Le projet de contrat a été approuvé à l'unanimité par tous les clubs de Ligue 1 et Ligue 2.

Puis, silence. Onze jours plus tard, la FIFA a mis fin aux discussions, sans explication. « Je considérais qu'il y avait un engagement sur la chose et l'objet, que c'était une négociation de mauvaise foi », s'emporte le président. Il a voulu actionner la FIFA, mais ni la Ligue ni la Fédération française n'ont soutenu cette démarche. « J'ai pris mes responsabilités », dit-il. « Les intérêts du club n'étaient pas défendus. »

Sans la Coupe du monde, Ligue 1 Plus doit affronter un trou de plusieurs semaines entre la fin de saison (mai) et la suivante (août). Pas de compétition live majeure pour retenir les abonnés. Coup dur.

La guerre des modèles : qui paiera demain ?

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant, LFP Media mise sur une distribution non exclusive via les FAI (Free, Orange, Bouygues) et des partenaires comme Amazon ou Molotov. 70 % des abonnés sont en streaming, 30 % via les fournisseurs d'accès. Modèle fragile.

Canal+ refuse de distribuer Ligue 1 Plus dans son pack Sport — il veut le proposer en option, moins intéressant. « Nous n'avons pas abouti », résume le président. « Nous aurons toujours une distribution non exclusive. »

Pendant ce temps, les clubs continuent de perdre de l'argent. La DNCG a chiffré la perte d'exploitation à 1,4 milliard d'euros au 30 juin 2025. Les droits TV stagnent (797 M€), le sponsoring aussi (788 M€). Seuls les revenus des Coupes d'Europe progressent — mais ils ne profitent qu'à une poignée de clubs.

Le foot français est malade. Et ses dirigeants, pris dans un tourbillon de procédures, de contrats brisés et de promesses non tenues, n'ont toujours pas trouvé le remède.

Sources :

  • Discours du président de LFP Media (transcript, avril 2025)
  • RMC Sport – DNCG : 66% des droits proviennent des Coupes d'Europe (2025)
  • L'Équipe – LFP Media estime 100 M€ de recettes supplémentaires via le 9e match
  • Orange Sport – Droits TV : 797 M€, sponsoring 788 M€, perte d'exploitation 1,4 Md€
  • The Southern Gazette – Données financières clubs Ligue 1 (2025)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 58 · 2026-05-06

Football français : le mensonge des 140 millions d'euros qui plombe les clubs

Sur le même sujet