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PolitiqueÉpisode 58/66

Bolloré pris la main dans le sac : la HATVP enquête sur le lobbying de Lagardère contre l'audiovisuel public

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-14
Illustration: Bolloré pris la main dans le sac : la HATVP enquête sur le lobbying de Lagardère contre l'audiovisuel public
© Illustration Le Dossier (IA)

I. La HATVP tape à la porte — et ce n’est pas une vérification de routine

Quatre cent mille à cinq cent mille euros. C’est le budget que le groupe Lagardère a déclaré à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour ses activités de représentation d’intérêts en 2023 [source : infofr]. Un montant officiel.

Mais ce chiffre cache une autre réalité. Mediapart révèle que la HATVP a engagé des vérifications sur les opérations de lobbying exercées par le groupe Lagardère lors de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Pourquoi ? Parce que des journalistes du JDD et d’Europe 1 — deux médias contrôlés par Bolloré — ont envoyé des questions directement aux députés. Objectif : alimenter l’offensive contre les médias publics, orienter les travaux, peser sur les conclusions.

La HATVP ne vérifie pas une simple déclaration d’intérêts. Elle veut savoir si le groupe a dissimulé ses tentatives. C’est un cran au-dessus. Une enquête pour manquement à l’obligation de transparence. Pour dissimulation. Oui, pour dissimulation. Oui.

Oui, vous avez bien lu : une enquête pour dissimulation.

La loi encadre strictement le lobbying auprès des parlementaires. Tout représentant d’intérêts doit déclarer ses actions, ses rendez-vous, ses objectifs. Le groupe Lagardère ne l’a pas fait pour ses opérations visant la commission d’enquête — ou du moins, la HATVP veut en avoir le cœur net.

II. Charles Alloncle, le député ciottiste qui présidait la commission

Charles Alloncle, député proche d’Éric Ciotti, classé à l’extrême droite, présidait la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. C’est lui qui a mené les auditions, dont celle, très remarquée, de Vincent Bolloré le 24 mars 2026.

Bolloré, interrogé pendant plusieurs heures, avait alors nié toute tentative d’influencer les travaux. « Je ne fais pas de travail. « Je ne fais pas de lobbying », avait-il lancé, un sourire aux lèvres.

Les faits disent le contraire. Et pourtant.

Les vérifications de la HATVP portent précisément sur la période de la commission. Des journalistes du JDD et d’Europe 1 ont rédigé des questions, puis les ont transmises à des députés — vraisemblablement pour être posées en séance ou lors des auditions. Une méthode classique de lobbying : fournir les munitions à des élus complaisants, sans que l’origine soit tracée.

Qui a signé ces questions ? Quels députés les ont reçues ? Les ont-ils posées ? La HATVP veut le savoir.

Ce ne sont pas des suspicions. Mediapart a documenté les faits. Les noms des représentants qui ont contacté les députés sont connus. Les services de la HATVP les ont obtenus.

III. Un budget déclaré, mais des actions non déclarées — le piège de la transparence

400 000 à 500 000 euros de budget déclaré. Mais ce chiffre couvre-t-il les actions menées auprès des députés de la commission ? La HATVP va le vérifier.

La loi Sapin II l’exige : déclaration précise de chaque action de lobbying — date, objet, interlocuteur. Si les envois de questions n’ont pas été déclarés, c’est une infraction. La sanction peut aller jusqu’à 50 000 euros, voire une interdiction d’interdiction d’exercer une activité de représentation d’intérêts pendant trois ans.

Mais ce n’est pas la seule menace. On pourrait accuser le groupe Lagardère — et donc Vincent Bolloré — d’avoir entravé le travail d’une commission d’enquête parlementaire. Une obstruction qui, si elle était reconnue, aurait des conséquences politiques et judiciaires. L’Assemblée nationale pourrait elle-même saisir la justice.

Les faits sont établis : des représentants du JDD et d’Europe 1 ont envoyé des questions aux députés. L’objectif était clair : alimenter l’offensive contre les médias publics. La question juridique : cette action a-t-elle été déclarée ? Et si elle ne l’a pas été, pourquoi ?

IV. L’offensive contre l’audiovisuel public — un plan mûri de longue date

Cette affaire ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans une guerre frontale menée par Vincent Bolloré contre le service public audiovisuel. Depuis des années, ses médias — CNews, Europe 1, le JDD, Paris Match — mènent une campagne systématique contre France Télévisions, Radio France, l’INA, Arte.

Le milliardaire a même proposé, lors de son audition, de supprimer « 4 milliards d’euros » de budget à l’audiovisuel public. Zéro à dépenser, selon lui.

Cette offensive s’est déroulée dans la commission d’enquête présidée par Alloncle. Les auditions ont été marquées par des passes d’armes, des fuites, des accusations croisées. Et maintenant, cette enquête de la HATVP révèle que le groupe Bolloré ne s’est pas contenté de critiquer de l’extérieur. Il a tenté d’influencer de l’intérieur.

— Où est la transparence ?

Vincent Bolloré prône la transparence pour les médias publics. Mais pour ses propres activités, il joue la montre, le silence, la dissimulation.

Les vérifications de la HATVP montrent que l’affaire va au-delà d’un simple incident de lobbying. C’est une tentative organisée d’instrumentaliser une commission parlementaire pour servir les intérêts d’un groupe privé — et affaiblir le service public.

Que risque Bolloré ? Et que risque la démocratie ?

La HATVP n’a pas encore conclu. Ses vérifications sont en cours. Mais déjà, l’enquête est un camouflet pour le milliardaire, qui a toujours nié toute opération d’influence.

Il a déclaré devant les députés : « Je n’ai jamais demandé à quiconque de poser des questions. » Les éléments de Mediapart contredisent cette version.

Si la HATVP établit que Lagardère a dissimulé ses actions, les sanctions peuvent aller jusqu’à 50 000 euros. Mais le vrai danger estailleurs : la perte de crédibilité, l’atteinte à la réputation, et surtout la révélation d’un système de manipulation qui déshonore le débat public.

Au-delà de l’affaire Bolloré, c’est la question de l’indépendance du parlement qui est posée. Un groupe de presse peut-il envoyer des questions à des députés sans que cela soit transparent ? Les élus doivent-ils signaler ces sollicitations ? La loi est claire — mais son application est souvent laxiste.

La commission d’enquête sur l’audiovisuel public n’a peut-être pas livré tous ses secrets. Mais un secret vient de sauter : celui de l’influence occulte de Vincent Bolloré sur les travaux parlementaires.

L’enquête continue.


Sources

  • Mediapart – « Assauts contre l’audiovisuel public : la HATVP se penche sur le lobbying de Lagardère » (14 mai 2026)
  • Infofr – Budget de représentation d’intérêts déclaré par le groupe Lagardère à la HATVP pour 2023 : 400 000 – 500 000 euros
  • Commission d’enquête sur l’audiovisuel public – Audition de Vincent Bolloré, 24 mars 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique (Sapin II)

📰Source :youtube.com

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