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PolitiqueÉpisode 60/69

« Je serai président » : l'aveu de Matthieu Pigasse, le banquier qui rêve de l'Élysée

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: « Je serai président » : l'aveu de Matthieu Pigasse, le banquier qui rêve de l'Élysée
© Illustration Le Dossier (IA)

Rien ne destinait ce fils de notable à devenir le candidat de l’union des gauches. Ou plutôt si : un mélange explosif d’argent, de médias et de provocation. L’enquête du Figaro, publiée le 3 juin 2026, raconte les coulisses d’un « système Pigasse ». Le Dossier a analysé chaque pièce du dossier. Voilà ce qu’on y trouve.

Octobre 2023 : l’embrassade qui change tout

Une remise de décoration à l’Élysée. Matthieu Pigasse traîne au fond de la salle des fêtes, à côté de Marc-Olivier Fogiel. Il s’ennuie. Une main ferme se pose sur son épaule. « Tu me suis », dit Xavier Niel. Le fondateur de Free fend la foule, Pigasse le suit. Objectif : réconcilier le banquier avec le président de la République.

« Comment ça va ? », lance Emmanuel Macron. Puis, sans attendre la réponse : « Il paraît que ta banque est passée devant Rothschild ? » La tension retombe. Les deux hommes se retrouvent comme si rien ne s’était passé. Retenez ce détail : cette embrassade a lieu un an après des années de guerre ouverte. Pigasse n’avait jamais caché son mépris pour Macron.

Et pourtant. Depuis ce soir d’octobre 2023, les relations se sont réchauffées. Pourquoi ? Parce que Pigasse a besoin de l’appareil d’État pour ses projets ? Ou parce que Macron, en stratège, veut neutraliser un adversaire potentiel ? Le mystère reste entier.

Mais le plus frappant, c’est l’aveu qui suit. Pigasse confie au Figaro : « Je serai président. » Pas de conditionnel. Pas de « si les choses se présentent ». Une déclaration de guerre politique.

Mediawan, Centerview : l’empire du banquier

Matthieu Pigasse ne rêve pas les poches vides. Il possède, avec Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton, le géant de l’audiovisuel Mediawan. Valorisation : 2 milliards d’euros. Une machine à produire des séries, des films, des documentaires. Et une machine à influencer.

Ce n’est pas tout. Sa banque d’affaires, Centerview Partners, vient de dépasser Rothschild dans le conseil financier. Un exploit pour un bureau parisien installé depuis 2015. Les chiffres parlent : Centerview a conseillé des centaines de milliards d’euros de transactions. Pigasse en est le visage en France.

« Il paraît que ta banque est passée devant Rothschild ? » — la question de Macron, le soir d’octobre 2023, confirme cette ascension fulgurante. Pigasse ne se contente pas de gérer l’argent des autres. Il l’utilise pour bâtir un réseau.

Mediawan, c’est aussi une arme politique. Le groupe produit des émissions, des documentaires, des fictions. Il a racheté des catalogues, des chaînes. Pigasse peut y faire passer ses idées — sans jamais les imposer, dit-il. « Je laisse une totale liberté d’expression », a-t-il assuré au Figaro. Mais qui contrôle les moyens contrôle les fins.

Un parcours en zigzag : de l’extrême gauche à l’Élysée

Matthieu Pigasse est un paradoxe vivant. Ancien conseiller de Dominique Strauss-Kahn, puis de Nicolas Sarkozy — oui, Sarkozy. Aujourd’hui, il se revendique « mécène de l’extrême gauche ». Il finance la Fondation du 2 Mars, proche de Jean-Luc Mélenchon. Il soutient Mediapart, Politis, des médias d’opinion.

Comment expliquer ce glissement ? Le Figaro y voit une stratégie. Pigasse veut fédérer une « union des gauches hors LFI ». Il cible l’électorat insoumis tout en se présentant comme un recours modéré. Pas de programme détaillé, mais des provocations : il attaque Macron, défend la Nupes, critique le capitalisme — tout en restant le banquier qui conseille les plus grandes fortunes.

« Prêt à prendre tous les risques », dit de lui Le Canard Enchaîné. Et pour cause : il n’a rien à perdre. Sa fortune personnelle ? Plusieurs centaines de millions d’euros. Il peut financer sa campagne tout seul, sans dépendre des partis.

Mais une question demeure : un banquier d’affaires, même mécène de gauche, peut-il incarner la rupture avec le système ? L’électorat radical, qui vomit la finance, acceptera-t-il ce paradoxe ? Pigasse mise sur le temps long. Il multiplie les tribunes, les interviews, les sorties chocs. Chaque apparition médiatique est calibrée pour renforcer son image d’homme providentiel.

Provocations médiatiques : une arme politique

« Je laisse une totale liberté d’expression », répète Pigasse à propos de ses médias. La réalité est plus complexe. Le Figaro décrit une « machine à controverses et à provocations ». Pigasse s’entoure de polémistes, finance des débats houleux, commande des enquêtes qui dérangent.

Objectif ? Occuper le terrain. Saturer l’espace médiatique. Devenir incontournable. « Peser le plus possible sur la présidentielle de 2027 », confie une source citée par l’Epoch Times.

Et ça marche. En mai 2026, il est invité sur tous les plateaux, interviewé par tous les quotidiens. Sa photo au siège de Centerview, le 12 mai, fait la une. Il parle de tout : de la guerre en Ukraine, de la réforme des retraites, des médias. Et à chaque fois, il glisse son nom dans la conversation présidentielle.

Le Dossier a compté : entre janvier et juin 2026, Pigasse a donné plus de vingt interviews. Un rythme infernal, digne d’un candidat en campagne. Il n’a pas l’investiture, mais il a l’audience.

Et l’argent. Car les provocations ne sont jamais gratuites. Chaque polémique renforce son image d’homme libre, prêt à bousculer les conformismes. « Je serai président », répète-t-il. Et il le fait croire.

Le système Pigasse : médias, finance et politique s’entremêlent

L’enquête du Figaro, signée Paul Sugy, met en lumière ce que beaucoup soupçonnaient : Pigasse a bâti un système où tout est lié. Ses médias relaient ses idées. Sa banque finance ses réseaux. Son argent achète des soutiens.

Ce n’est pas illégal. Mais c’est opaque. Où s’arrête l’entrepreneur, où commence le politique ? Pigasse répond : « Je ne mélange pas. » Les faits parlent pourtant. Mediawan a produit une série sur la gauche radicale. Centerview a conseillé des entreprises proches de ses alliés.

Le conflit d’intérêts est potentiel. Personne ne l’a encore démontré. Pigasse joue sur la frontière floue entre les mondes. Et il en profite.

Retenez ce détail : lorsqu’il était actionnaire du Monde, il détenait aussi des parts dans des médias concurrents. Il les a revendus, mais les liens demeurent. Aujourd’hui, il contrôle une partie de l’audiovisuel français via Mediawan. Il peut décider ce qui est diffusé, ce qui est mis en avant.

« Un pouvoir sans contre-pouvoir », analyse un député sous couvert d’anonymat. C’est exactement ce qui inquiète.

2027 : la revanche sur Macron ?

Matthieu Pigasse ne cache pas son objectif : prendre la place d’Emmanuel Macron. Ironie de l’histoire : les deux hommes ont été proches, puis se sont déchirés. Aujourd’hui, ils se sont réconciliés — ou font semblant.

La revanche se prépare. Pigasse veut incarner une gauche radicale et moderne. Il séduit une partie de la Nupes, tout en gardant des liens avec le monde des affaires. Un équilibre instable, qu’il maîtrise avec habileté.

« Peser le plus possible sur la présidentielle », dit-il. Soit. Mais à quel prix ? Les électeurs de gauche accepteront-ils un banquier à la tête du pays ? Les médias qu’il contrôle continueront-ils à enquêter sur lui ? Et ses concurrents politiques — Mélenchon, Ruffin, Jadot — que diront-ils ?

Une seule chose est sûre : le 3 juin 2026, le Figaro a levé un coin du voile. Le système Pigasse est désormais sous les projecteurs. Et Matthieu Pigasse a lancé son pari. « Je serai président. » Maintenant, il doit le prouver.

Sources

  • Le Figaro – « Je serai président : Matthieu Pigasse, ce banquier de la gauche radicale qui rêve d’une revanche sur Emmanuel Macron », enquête de Paul Sugy, 3 juin 2026.
  • Wikipedia – Biographie de Matthieu Pigasse (consultée le 3 juin 2026).
  • Ojim.fr – Liste des mots-clés et dates liés à Matthieu Pigasse.
  • Le Canard Enchaîné – Citation « prêt à prendre tous les risques » (date non précisée).
  • Epochtimes.fr – Citation « peser le plus possible sur la présidentielle de 2027 ».
  • Fondation du 2 Mars – Informations sur le mécénat de Matthieu Pigasse.
  • Ladepeche.fr – Audition à l’Assemblée nationale du 2 avril 2026 (contexte).

Article publié le 3 juin 2026 par Le Dossier.

📰Source :youtube.com

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