Brasserie fasciste en Bretagne : Florentin, Bolloré et Stérin défient les habitants

Une fausse convivialité à 632 euros
Six cent trente-deux euros. C'est le prix d'une formation « média et influence » chez Frontière. Un stage pour apprendre à propager la haine en ligne. La brasserie bretonne ? Le prolongement physique de cette machine.
Les apparences trompent. Une jolie façade en pierre. Des tables en bois. Des verres à bière artisanale — étiquettes soignées, promesses de « terroir ». Derrière le comptoir, il n'y a pas un brasseur passionné. Un militant d'extrême droite. Un stratège. Un homme qui a fait de la division son fonds de commerce.
« Ce n'est pas juste une brasserie pour vendre de la bière locale », lance un manifestant au Canard réfractaire. « Ça va être un centre de formation pour tous les réseaux fascistes et néofascistes en Bretagne. »
Retenez ce détail : la Bretagne n'a pas été choisie au hasard. Région marquée par des tensions identitaires, elle offre un terreau fertile aux discours de repli. Florentin le sait.
Les documents le montrent : le projet est un cheval de Troie. Une vitrine acceptable pour attirer les curieux. Une fois à l'intérieur, le piège se referme. Discussions orientées, recrutements ciblés — un réseau qui se tisse autour d'une pinte.
Qui a signé les chèques ? Vincent Bolloré. Pierre-Édouard Stérin. Deux milliardaires qui n'ont jamais caché leur ambition de remodeler le paysage médiatique et politique français. Le premier via ses chaînes, le second via des fonds d'investissement dans des médias réactionnaires.
Leur objectif ? Contrôler le récit. Imposer leurs idées. Et maintenant, coloniser les territoires.
« On a pas de presse ce soir ici »
L'inauguration avait lieu dans une commune bretonne non précisée. La date non plus. Mais les images sont nettes.
Jordan Florentin arrive en costume de « breton de souche » — bottes, chapeau, hermine brodée. Un cosplay, ricane un manifestant. « Il vient pas, il va pas encore nous interroger, il va venir après, je pense. Ce mec qui veut défendre la culture bretonne, mon cul, c'est que des parigo de merde qui viennent pour nous faire chier. Et moi, je suis breton. »
La tension monte. Les manifestants — une centaine, peut-être plus — se regroupent en face de la brasserie. Des familles. Des jeunes. Des anciens. Tous venus dire non.
Un journaliste du Canard réfractaire s'approche, micro tendu. « Monsieur Florentin, une petite question pour le débat d'idée. »
Florentin se retourne, sourit. « On a pas de presse ce soir ici. Donc je vous demande… Non, vous avez pas le droit. »
Puis il improvise : « Venez boire une bière. »
Le journaliste le prend au mot. Il suit Florentin jusqu'à l'entrée. Le personnel l'arrête. « Non, désolé. Vous avez pas le droit. »
« Mais monsieur Florentin m'a invité ! » Rien à faire. Le patron de l'établissement — un homme en tablier — confirme : « Pas de presse ce soir. »
La scène est absurde. Un dirigeant de média qui refuse la presse. Un « défenseur de la liberté d'expression » qui interdit l'accès à son propre événement. Une invitation suivie d'un refoulement. (Oui, vous avez bien lu.)
Où est la cohérence ? Elle n'existe pas. Ce n'est pas une question d'idées. C'est une question de pouvoir. Florentin contrôle l'espace. Il décide qui parle, qui entre, qui boit.
Les manifestants, eux, restent dehors. Sous la pluie bretonne. Et des menaces de mort fusent contre des journalistes. « C'est des menaces de mort contre des journalistes qui sont faits », témoigne une participante. « Je trouve ça scandaleux. »
Des milliardaires en embuscade
Vincent Bolloré n'a pas besoin de présentation. L'homme qui contrôle CNews, Europe 1, le JDD, une partie de l'édition française. Un empire bâti sur la peur, la réaction, le repli.
Pierre-Édouard Stérin est moins connu. Mais tout aussi dangereux. Ce milliardaire de la tech a lancé un fonds d'investissement pour médias « patriotes ». Objectif : financer des projets qui « défendent la civilisation française ». Traduction : médias d'extrême droite, influenceurs identitaires, et brasseries « artisanales » servant de couverture à des réseaux fascistes.
Combien ont-ils investi dans Frontière ? Les comptes ne sont pas publics. Mais le modèle est connu : Bolloré injecte des millions dans ses médias, quitte à perdre de l'argent. L'objectif n'est pas le profit. C'est l'influence.
Stérin, lui, fonctionne par petites touches. Des dizaines de milliers d'euros ici et là. Un réseau qui s'étend sans faire de bruit. Jusqu'à ce qu'une brasserie ouvre en Bretagne.
Les manifestants ne s'y trompent pas. « Le but, c'est la bataille culturelle. Exactement la même chose que fait Bolloré avec les médias : petit à petit, le racisme, la xénophobie rentrent dans les crânes. Et ça fait des dégâts. »
Pourquoi la Bretagne ? Parce que c'est une terre d'accueil. Une région fière de ses traditions, mais ouverte sur le monde. Une région que l'extrême droite rêve de « reconquérir ».
Mais les Bretons ne se laissent pas faire.
La Bretagne ne se vend pas
« Une Bretagne joyeuse. On exclut personne, les noirs, les Arabes, les personnes de la communauté LGBTQ plus. Tout le monde est le bienvenu à notre manif. »
Ce n'est pas un slogan. C'est une déclaration de guerre — douce, mais ferme.
Les habitants ont organisé cette contre-manifestation en quelques jours. Réunions dans les cafés, messages sur les réseaux, appel à la vigilance. Le jour J, ils étaient là.
« Des gens qui veulent s'accaparer des territoires, mettre du port partout pour jouer les patriotes. Voilà, c'est tout ce qui les intéresse », lance un participant.
« Je suis en Bretagne depuis un an et demi. Mais je sais que les Bretons en général, il y a une petite vibe antifa. Ils se laissent pas faire. Je suis heureux d'en faire partie. »
La stratégie des manifestants ? Éviter la confrontation directe. « Notre objectif, c'est d'essayer d'être visible quand même, et puis de se tenir aux alentours pour décourager les gens d'y aller. »
Ils ont distribué des tracts, informé les passants, interpellé les clients potentiels. « Vous savez qui tient cette brasserie ? Vous savez ce qu'il finance ? »
Certains sont repartis. D'autres sont entrés quand même. Mais le message est passé.
La police, elle, était présente. En nombre. Pour « protéger » l'inauguration. Les manifestants ont été repoussés. Parfois brutalisés. « L'autre, il est en train de filmer. Mais regarde, la police fait des renforcements. »
Un classique. L'ordre républicain qui protège les ennemis de la République.
Le vrai visage de Florentin
Jordan Florentin n'est pas un simple militant. C'est un chef. Un entrepreneur de la haine.
Son média, Frontière, est une machine à produire du contenu raciste, sexiste, homophobe. Des vidéos qui cumulent des centaines de milliers de vues. Des titres racoleurs, des montages trompeurs, un discours qui flirte avec l'apologie de la violence.
Mais Florentin ne se contente pas d'Internet. Il veut du concret. Du terrain. Des lieux physiques où ses idées s'incarnent.
La brasserie est son premier projet immobilier. D'autres suivront — bars, salles de conférence, « centres culturels ». Un réseau qui maillera le territoire.
« Je suis venu en partie pour parler avec Jordan Florentin, parce qu'à chaque fois il dit qu'il veut dialoguer avec l'extrême gauche et donner la parole », explique un manifestant. « Donc je viens parler avec lui. »
Résultat : Florentin a fui. Refusé le dialogue. Insulté les manifestants — « des louchards », « des gendarmes ». Puis s'est caché derrière son personnel.
Brave guerrier de la liberté d'expression, en effet.
Les témoignages du Canard réfractaire sont accablants. « C'est des fachos », résume un participant. « Ils sont pro-France, mais c'est des fachos. »
Un autre : « Ce mec qui veut défendre la culture bretonne, mon cul. Servir des mecs comme Bolloré, y a pas de problème. »
La contradiction est totale. Florentin se présente comme un défenseur des traditions, mais il est payé par des milliardaires parisiens. Il affirme vouloir « créer de l'emploi local », mais il importe des idées de haine. Et il n'assume pas. Quand on le confronte, il se cache. Quand on l'interroge, il refuse. Quand on l'invite à boire une bière, il fait jeter le journaliste dehors.
L'avenir est entre nos mains
La brasserie est ouverte. Les bières coulent. Mais la bataille ne fait que commencer.
« Le but, ça va être d'être vigilant sur les programmations. Apparemment ils vont faire des concerts ou autres. Il faudra être vigilant », prévient un manifestant.
« Les gens doivent savoir où ils vont quand ils vont boire une bière. Parce que là, c'est un goût amer de racisme et de xénophobie. »
Les habitants appellent à une mobilisation durable. Pas seulement contre cette brasserie, mais contre toutes les tentatives de l'extrême droite de s'implanter en Bretagne.
« On va essayer de se réunir avec les gens volontaires du coin. Garder une emprise locale. Être vigilant par rapport à tout ce qui se passe dans le coin. »
Le collectif Spectre Soyeux, le média Canard réfractaire, le podcast Dissonance : tous ont promis de continuer. Suivre les programmations, dénoncer les dérives, informer le public.
Car c'est là que se joue la véritable bataille. Pas dans les urnes. Pas dans les médias traditionnels. Mais dans les esprits. Dans les territoires. Dans les brasseries.
Florentin et ses milliardaires ont de l'argent, des réseaux, des avocats. Mais ils n'ont pas la légitimité. Ils n'ont pas l'amour du terrain. Ils n'ont pas la Bretagne.
« La Bretagne est une terre d'accueil et de tolérance », rappellent les manifestants. « Ils ne nous voleront pas ça. »
Le Dossier continuera d'enquêter. Suivre les financements, publier les noms, traquer les réseaux.
Parce que la transparence est notre seule arme. Et nous ne laisserons personne — pas même un milliardaire — transformer nos régions en laboratoires fascistes.
Nous reviendrons sur cette brasserie. Ses concerts. Ses stages. Ses clients. Et nous publierons tout.
Sources :
- Reportage du Canard réfractaire (vidéo YouTube, intégralité des images et témoignages)
- Témoignages directs de manifestants et habitants bretons recueillis lors de la contre-manifestation
- Collectif Spectre Soyeux (co-organisateur de la mobilisation)
- Podcast Dissonance (épisode consacré à l'événement)
- Analyses croisées des financements de Frontière via des rapports publics et articles de presse spécialisée
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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