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FinanceÉpisode 24/42

TotalEnergies : 5,8 milliards de profits pendant que la France étouffe à la pompe

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-02
Illustration: TotalEnergies : 5,8 milliards de profits pendant que la France étouffe à la pompe
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Le jackpot de la crise

Les chiffres donnent le vertige. 5,8 milliards de dollars en trois mois — soit 64 millions par jour. Pendant que les ménages français rognent sur leurs dépenses, TotalEnergies engrange des profits historiques. Et pourtant.

"Quand certains se privent, d'autres prospèrent tranquillement", résume un expert. Le groupe se défend : "Nous avons payé 19 milliards d'euros de taxes et d'impôts dans le monde l'an dernier." Un argument qui ne convainc pas Philippe Dessertine, directeur de l'Institut de haute finance : "Le profit de Total se fait dans le monde et peu en France."

Voilà où ça se complique. Selon Greenpeace Allemagne, les compagnies pétrolières actives dans l'UE génèrent 81,4 millions d'euros de surprofits quotidiens depuis le début du conflit en Iran. Un pactole qui alimente la colère sociale.

L'arnaque du trading

Comment Total réalise-t-il ces profits mirobolants ? Pas seulement en pompant du pétrole. "Total est producteur et trader. Ils gagnent beaucoup sur le commerce", explique Philippe Dessertine.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le bilan du groupe a explosé — sans augmentation de la production. "Ce sont leurs opérations financières qui font gonfler les comptes", poursuit l'économiste. Une stratégie risquée : "Total a gagné par la finance. Si une crise de liquidités survient, ce château de cartes pourrait s'effondrer."

Guillaume Macke, professeur à la Paris School of Business, tempère : "Nul ne dit qu'il y aura une crise financière demain. Mais ce sont quand même des profits records." Des profits qui reposent sur une réalité simple : le coût de l'extraction n'a pas augmenté. Seuls les prix à la pompe flambent.

La bombe à retardement sociale

Les conséquences sont déjà visibles. Le gazole marin — essentiel pour les pêcheurs — a bondi de 70%. "Avant le conflit, le plein coûtait 11 000-12 000 euros. Aujourd'hui, c'est le double", témoigne Ludovic, propriétaire de cinq bateaux.

Sophie Villers, de Challenges, alerte : "Si l'Etat ne peut pas compenser, les entreprises vont faire face à des salariés qui réclament des hausses de salaires. C'est la spirale inflationniste qu'on veut éviter."

Les secteurs impactés ? Tous. "40% du coût du poisson dépend du gazole marin", précise Guillaume Macke. Même constat dans l'agriculture : "Les engrais azotés — dérivés du pétrole — ont vu leur prix s'envoler." Plastique, médicaments, textile... La liste est sans fin.

La taxation, mirage politique

Face à ce scandale, six pays européens ont sollicité la Commission pour taxer les superprofits. En 2022, une telle taxe avait rapporté 28 milliards. Mais Philippe Dessertine reste sceptique : "Tout seul, la France ne pourra pas récupérer grand-chose. Il faut une décision européenne."

Thomas Porcher, économiste, enfonce le clou : "Une taxe sur les superprofits ne rapporterait pas grand-chose. La fiscalité actuelle permet aux grands groupes de rapatrier leurs pertes." Un système taillé sur mesure.

Pendant ce temps, TotalEnergies distribue quelques ristournes — "un geste commercial habile", selon Guillaume Macke. Une goutte d'eau face au tsunami inflationniste.

Nationalisation : le débat tabou

La CGT brandit une solution radicale : la nationalisation. "Si Total était public, l'État pourrait piloter les prix", avance Thomas Porcher. Un scénario rejeté par Philippe Dessertine : "L'État, par définition, c'est mal géré. Elf fut une catastrophe."

Pourtant, le modèle existe. "La majorité des pays européens ont des entreprises énergétiques nationales", rappelle Porcher. Emmanuel Macron lui-même a racheté 100% d'EDF. Preuve que la solution n'est pas si farfelue.

L'impasse française

Le constat est accablant. La France importe 50% de son gazole — après avoir fermé ses raffineries. "Avant, on l'importait de Russie. Maintenant, du Moyen-Orient", explique Porcher. Une dépendance mortifère.

Sophie Villers résume : "Nous subissons chaque crise pétrolière de plein fouet. Peut-être est-ce le moment de dire : ça suffit." Pendant ce temps, D.Trump menace de taxer les voitures européennes. Et TotalEnergies empoche 64 millions par jour.

La boucle est bouclée. Les profits privés. Les pertes publiques. Un système qui ne profite qu'aux actionnaires. Jusqu'à quand ?

Sources

  • Transcript de l'émission "Crise énergétique : qui profite de la guerre ?"
  • Greenpeace France
  • Institut de haute finance
  • Paris School of Business
  • Challenges

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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