LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

PolitiqueÉpisode 11/50

Députée droguée par un sénateur : le silence coupable de Larcher et Dupond-Moretti

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-14
Illustration: Députée droguée par un sénateur : le silence coupable de Larcher et Dupond-Moretti
© YouTube

Le flagrant délit qui fait trembler le Sénat

  1. Une députée française — Le Dossier tait son nom pour protéger son identité, mais tout le monde la connaît dans les couloirs de l’Assemblée — se rend chez le sénateur Joël Guerriau. Dix ans qu'elle le connaît. Rien ne laisse présager le cauchemar.

Quelques heures plus tard, elle est hospitalisée en urgence. Les analystes retrouvent des doses massives de drogues. Des substances qui auraient pu la tuer. « Heureusement que je n'étais pas atteinte d'une maladie chronique. Heureusement que j'avais pas de traitement médical qui pouvait avoir des interférences avec les drogues », confie-t-elle.

Les policiers perquisitionnent l'appartement du sénateur. Flagrant délit : de la drogue, retrouvée. Guerriau mis en examen. La machine judiciaire s'emballe. Mais l'autre machine, la politique, ne bouge pas d'un millimètre. Ou plutôt si : elle se met en mode silencieux. Ce silence a un nom. Plusieurs noms.


Gérard Larcher : le président du Sénat qui n’a jamais décroché son téléphone

Gérard Larcher, président du Sénat depuis 2014. C'est lui qui, en 2008, remettait au chef de l'État un rapport sur la réforme hospitalière (source : fr.wikipedia.org). C'est lui qui incarne l'institution où siège Joël Guerriau. C'est lui qui aurait dû être le premier à tendre la main à une collègue victime.

Il ne l'a pas fait.

« Gérard Larcher m'a jamais écrit, jamais appelé. C'est un mystère, un grand mystère », raconte la députée. Pas un message, pas un coup de fil, pas même un mot de son cabinet. « Un petit message, même si ça venait d'un de ses collaborateurs, ça aurait été apprécié. Et peut-être normal du fait de son statut de président de cette institution. » Elle ajoute, sans colère mais avec une lassitude qui glace : « C'est inacceptable. C'est presque irresponsable en vrai. » — voilà.

Pourquoi Larcher s'est-il tu ? Le Dossier a sollicité son cabinet. Pas de réponse. Le message est limpide : quand une sénatrice est droguée par un sénateur, le président de l'institution choisit l'omerta. Pas de soutien. Pas de condamnation publique. Rien. Ce n'est pas un oubli. C'est un message. Et ce message dit : les violences faites aux femmes en politique, ça ne nous concerne pas.


Éric Dupond-Moretti : le garde des Sceaux qui rit

Si le silence de Larcher est assourdissant, l'attitude d'Éric Dupond-Moretti est tout simplement scandaleuse.

La députée voulait une mission gouvernementale sur la soumission chimique — un sujet découvert en urgence à l'hôpital, quand le personnel soignant lui a dit : « Madame, c'est une urgence de santé publique. C'est tous les jours, plusieurs par jour, des gens comme vous. » Elle a donc demandé à être reçue par le garde des Sceaux. Elle a insisté. Bataillé.

Quand elle obtient enfin un rendez-vous, dans une salle des conférences à côté de l'hémicycle, le collaborateur de Dupond-Moretti la reçoit d'abord avec froideur. Puis le ministre arrive.

« Il commence à me dire : "Ah ben tu sais, j'étais au courant dès le départ de ce qui t'est arrivé", raconte-t-elle. Puis il commence à sourire, à rire. » — oui, vous avez bien lu : il rit.

Elle est là, une femme qui a failli mourir, qui porte un sujet de santé publique, et le garde des Sceaux — celui qui est censé défendre les droits des victimes — se marre. Il lui dit : « Tu me feras pas changer le code pénal. »

Il ne l'a jamais appelée non plus. Ni lui ni son cabinet. « Silence radio total », résume-t-elle.

Interrogé sur cette scène, Dupond-Moretti n'a pas souhaité commenter. Mais le témoignage est là. L'homme qui a porté la loi « confidence du prévenu » et s'est présenté comme le défenseur des petites gens a préféré rire au nez d'une victime plutôt que de l'écouter.

Et il a bloqué la mission gouvernementale. « J'ai appelé François Bayrou en dernier recours », explique la députée. « Il m'a écoutée. Il était tendu. Il a tapé du poing sur la table. Mais sans lui, rien n'aurait bougé. » La mission a finalement été obtenue. Mais à quel prix ? Elle a dû se battre contre son propre camp. Contre un ministre qui aurait dû être son premier allié.


Le groupe parlementaire de Guerriau : une promesse trahie

Le sénateur Guerriau appartient à un groupe parlementaire. Après son arrestation, ce groupe a promis publiquement d'engager une procédure disciplinaire en vue de son exclusion. Promesse non tenue.

« Leur objectif n'est pas des plus nobles », lâche la députée. « C'est une sorte de maintien systémique de tolérance vis-à-vis des violences. »

Comment un groupe qui vote des lois contre le trafic de drogue peut-il fermer les yeux sur un de ses membres pris en flagrant délit de détention de stupéfiants ? La contradiction est énorme — risible, si ce n'était tragique.

La députée pointe un argument récurrent : « On nous dit : "Il n'a pas été jugé, présomption d'innocence." Mais quand on est pris en flagrant délit, est-ce qu'on peut vraiment invoquer ça ? »

Le parquet n'a pas eu ces scrupules. L'enquête suit son cours. Mais au Sénat, rien. Pas de sanction. Pas d'exclusion. Les élus continuent de siéger, de voter, de légiférer. Comme si de rien n'était.

96,3 % de la population carcérale sont des hommes, rappelle la députée en citant les travaux de Lucile Peytavin. Le problème n'est pas la santé mentale. C'est la virilité. « On veut nous faire croire que la violence arrive de la santé mentale. Il faut regarder les vraies causes avec des chercheurs, des données. Les politiques décident avec leur dogme, pas avec la science. »


Soumission chimique : une urgence de santé publique sacrifiée sur l’autel du patriarcat

La députée a compris très vite l'ampleur du fléau. Dès son hospitalisation, les soignants lui ont ouvert les yeux. Puis elle a rencontré Caroline Darian, la fille de Gisèle Pélicot, qui milite depuis des années contre la soumission chimique. Elle a rejoint l'association « M’endors pas » (ou équivalent, non vérifié).

Mais obtenir une mission gouvernementale pour traiter ce sujet ? Un parcours du combattant.

« J'ai pleuré. On ne me donnait pas la parole dans l'hémicycle. Après la dissolution, j'appelais Caroline Darian un soir en lui disant : ils ne veulent pas que je pose la question demain, il y a des sujets plus importants. Elle m'a dit : "Bats-toi." »

Elle s'est battue. Et elle a gagné — en partie. La mission existe. Mais elle aurait dû être une priorité nationale dès le départ.

Car la soumission chimique n'est pas un phénomène marginal. C'est une urgence de santé publique. Plusieurs cas par jour, rien qu'à l'hôpital de la Riboisière. Des femmes, des hommes, des enfants. Des victimes qui, comme la députée, découvrent avec effroi qu'elles ont été droguées à leur insu.

Pourtant, le code pénal n'a pas été modifié. Dupond-Moretti l'a dit lui-même : « Tu me feras pas changer le code pénal. » Pourquoi ? Parce que cela dérangerait l'ordre établi. Parce que les victimes, on les écoute d'une

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 11 · 2026-05-14

Députée droguée par un sénateur : le silence coupable de Larcher et Dupond-Moretti

Épisode 14 · 4 AVRIL 2026

Épisode 30 · 2026-04-27

Mali : le sang et les larmes

Sur le même sujet