TotalEnergies : 51% de bénéfices, 30% de consommation en moins – le double discours de l'État

300 millions d'euros envolés en dix jours
Commençons par le commencement. La consommation de carburant s'effondre. Selon les données présentées par la journaliste A. Casse sur le plateau de l'émission, les achats d'essence et de gazole ont chuté de 30% sur les dix premiers jours de mai. La raison ? Le prix à la pompe, qui reste obstinément au-dessus de deux euros le litre. Les Français s'adaptent. Ils renoncent aux déplacements, font du covoiturage, diffèrent leurs pleins. Un sondage Odoxa pour Le Figaro, cité par G. Sliman, révèle que 58% des Français ont déjà modifié leurs habitudes à cause de la hausse des prix. 42% d'entre eux disent renoncer à certains trajets.
Cette baisse de consommation a une conséquence immédiate : les recettes fiscales de l'État s'effondrent. Le ministre de l'Économie, Sébastien Lecornu, a annoncé que sur les dix premiers jours de mai, le manque à gagner atteint 300 millions d'euros. C. Michel-Aguirre, grand reporter au Nouvel Obs, précise le mécanisme : « La hausse des prix du carburant avait d'abord gonflé les recettes via la TVA. Mais la consommation a chuté. Cette fois, ce sont les taxes sur les volumes qui baissent. » Elle ajoute qu'en soustrayant la petite hausse de mars-avril, le manque à gagner net est de 105 millions d'euros. Et ce n'est que le début. Moins de carburant vendu, c'est moins de TVA, moins d'activité économique, plus de défaillances d'entreprises. Les défaillances ont augmenté de plus de 6% au premier trimestre 2025, avec 19 000 dossiers déposés. Des enseignes comme Minelli ou Bouchara sont en redressement judiciaire. Des milliers d'emplois menacés.
G. Macke, directrice déléguée de la rédaction de Challenges, résume : « On est arrivés au bout de la résilience. Croissance zéro cette année. L'inflation ne va faire qu'empirer. » La Banque de France table sur une croissance entre 0 et 0,9% — loin du 1% sur lequel le budget était construit. Le chômage repasse la barre des 8%. L'inflation atteint 2,2% en avril. Les prix alimentaires ont augmenté de 20% depuis 2022. Un tiers des dépenses des ménages moyens sont contraintes ; jusqu'à deux tiers pour les ménages modestes.
TotalEnergies : 51% de profits, zéro taxe
Pendant que les Français serrent la ceinture, TotalEnergies affiche des résultats records. Au deuxième trimestre 2025, le groupe pétrolier a augmenté ses bénéfices de 51%. Patrick Pouyanné, son PDG, sera auditionné le 17 juin par les députés. Le gouvernement est sous pression. Les oppositions réclament une taxe sur les superprofits. Fabien Roussel (PCF) tonne : « Bloquez les prix de l'essence, c'est faisable. Taxez l'industrie pétrolière qui se gave ! » Jean-Philippe Tanguy (RN) accuse l'exécutif de « se moquer des Français ».
Mais le gouvernement temporise. Roland Lescure, ministre de l'Industrie, répète que la stratégie reste la même : « focaliser sur ceux qui en ont le plus besoin ». Pas de nouveau « quoi qu'il en coûte ». La marge budgétaire est nulle. La dette a explosé. La Cour des comptes estime que les mesures de soutien de 2022 (ristournes à la pompe, gel des prix du gaz et de l'électricité) ont coûté 70 milliards d'euros. Cette fois, l'État ne peut plus.
Pourtant, TotalEnergies a déjà mis en place des ristournes en mars et avril. Elles sont terminées. Le groupe a plafonné les prix pour ses abonnés, créant des distorsions de concurrence. G. Macke souligne : « TotalEnergies réservait ce plafonnement à ses abonnés de l'offre électrique. Si on peut profiter d'une position sur un marché pour gagner des parts sur un autre, il y a un problème de concurrence. » P. Geoffron, professeur d'économie à Paris-Dauphine, ajoute : « Bloquer les prix, c'est le meilleur moyen de ne plus avoir d'essence. » Il préconise plutôt d'utiliser l'argent de Total pour financer le leasing social de véhicules électriques ou le réseau de recharge. Mais le gouvernement semble coincé. Sébastien Lecornu a évoqué la possibilité de taxer les marges, pas les prix. La porte-parole du gouvernement n'a pas fermé la porte. Mais rien de concret.
C. Michel-Aguirre est sceptique : « À chaque fois que le gouvernement a mis une taxe sur les superprofits, ça a rapporté beaucoup moins que prévu. » Elle décrit un « chantage qui ne dit pas son nom » entre Lecornu et Pouyanné. Ce dernier aurait menacé : « S'il y a une taxe, il n'y aura plus de plafonnement. » La France ne s'est d'ailleurs pas jointe à la demande de six pays européens de taxer les superprofits pétroliers.
Le spectre des gilets jaunes
Les indicateurs sociaux virent au rouge. Selon le baromètre mensuel Odoxa-Challenges, 83% des Français se disent plus défiants sur l'avenir économique du pays. Un niveau record depuis la dissolution de 2024. G. Sliman, président d'Odoxa, précise : « 79% des Français craignent un mouvement social de type gilets jaunes. » Mais il nuance : l'étincelle des gilets jaunes, c'était l'idée que le gouvernement punissait les automobilistes. Aujourd'hui, les Français souffrent, mais ils ne peuvent pas reprocher à l'exécutif de les enfoncer délibérément. Le risque est plus faible, mais réel.
Les aides annoncées par Lecornu — remises pour les agriculteurs, pêcheurs, PME du bâtiment, prêts flash carburant, dispositif pour les grands rouleurs modestes — ne satisfont personne. « Les gens veulent que l'on fasse comme en Espagne, que le gouvernement baisse les taxes », explique Sliman. « Tant qu'il ne le fera pas, la colère sociale risque de s'accentuer. » Le gouvernement a débloqué 3 millions d'euros pour les prêts flash. Une goutte d'eau.
Pendant ce temps, le blocage du détroit d'Ormuz fait planer la menace d'une pénurie. Patrick Pouyanné a prévenu : si le blocus persiste, la France pourrait connaître un blocus énergétique. Le ministre de l'Industrie l'a recadré : « Trop tôt pour parler de pénurie. » Mais les réserves stratégiques ne sont pas infinies. G. Macke estime que la perspective d'une pénurie « n'est plus totalement exclue ». P. Geoffron anticipe des contraintes sur la mobilité cet été, et peut-être une baisse du tourisme — la France est la première destination mondiale.
Made in France : le pari de l'automatisation
Au milieu de ce marasme, une lueur. Le made in France tente de résister. Le Slip Français, marque tricolore, a changé de stratégie en 2024 : augmenter les volumes, diviser les prix par deux, vendre chez Carrefour. L'entreprise produit plus d'un million de vêtements par an dans des usines automatisées. Un t-shirt coûte entre 19 et 25 euros. Le PDG explique : « La seule réponse dans un monde incertain, c'est de produire proche, d'être indépendant des fluctuations mondiales. » Le blocage d'Ormuz ne les touche pas.
Mais le secteur textile français a perdu 20% de ses boutiques depuis 2010. La concurrence des géants chinois Shein et Temu est féroce. Une taxe sur les petits colis a été votée, mais le patron du Slip Français est lucide : « C'est mieux que rien, mais c'est à nous d'être compétitifs. » G. Macke rappelle que le made in France low cost est un pari risqué. Certains misent sur la qualité premium, d'autres sur la robotisation. La Brosserie française, par exemple, vend une brosse à dents à 99 centimes chez Leclerc.
L'intelligence artificielle ajoute une couche d'incertitude. Selon un baromètre Odoxa, l'usage professionnel de l'IA a doublé en un an, passant de 12% à 26% des salariés. 60% des cadres français craignent de perdre leur emploi à cause de l'IA. C. Michel-Aguirre alerte : « On a délocalisé nos emplois industriels, on a mis nos seniors dehors. Aujourd'hui, les professions intellectuelles sont menacées. » Les embauches de jeunes juristes, consultants, journalistes ralentissent. L'IA fait le travail de début de carrière. « Comment aurez-vous des intellos seniors si vous n'avez pas de juniors ? » demande-t-elle.
Nantes : cinq innocents tués, l'État impuissant
Le narcotrafic n'est pas une abstraction économique. C'est une guerre de rue. Le 14 juin 2025, un adolescent de 15 ans a été tué à Nantes. Selon le procureur de la République, ce drame serait lié au trafic de drogue. Cinq personnes innocentes, sans aucun lien avec le narcotrafic, ont perdu la vie dans des violences connexes. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a choisi l'émission C à vous pour réagir. Les détails restent flous. Mais le chiffre est là : 200 morts par an liés au narcotrafic en France, des kalachnikovs saisies par départements entiers, des adolescents recrutés sur Snapchat. Les saisies de cocaïne sont passées de 24 tonnes en 2023 à 54 tonnes en 2024, puis à 84 tonnes en 2025 — une hausse de 260% en deux ans (source : jss.fr). La France est devenue une plaque tournante.
Le gouvernement promet des mesures. Mais la situation politique est bloquée. Dissolution, absence de majorité, élections présidentielles en 2027. Le budget 2026 sera un casse-tête. Les projections confidentielles de Bercy révèlent un déficit public qui pourrait atteindre 6,2% du PIB en 2027 sans mesures correctrices (source : nlto.fr). L'État n'a plus de marge. Les Français le savent. 69% des plus de 65 ans (source : creditnews.fr) voient leur pouvoir d'achat fondre.
Les questions restent sans réponse. Pour l'instant. Qui paiera la facture ? TotalEnergies continuera-t-il à engranger des profits pendant que les Français renoncent à prendre leur voiture ? Le gouvernement trouvera-t-il une autre solution que les rustines ? Et à Nantes, combien d'innocents encore avant que l'État ne réagisse ?
Le Dossier suivra l'audition de Patrick Pouyanné le 17 juin. Et les prochains chiffres de la consommation de carburant.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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