Dunkerque : Vergrit dénonce le quadruple échec de la stratégie migratoire – coûts, impuissance, asile britannique

Le million disparu : le coût réel de la crise pour les collectivités
Les chiffres de Vergrit sont précis. Il les a transmis à la commission. Transport public, déchets, douches, toilettes, franchises remboursées pour les véhicules dégradés — tout est comptabilisé. « Le coût net pour les collectivités, c’est un million d’euros par an », a-t-il déclaré. Détail : 350 000 euros pour les bus, toilettes, douches. Et 700 000 euros pour les opérateurs vidéo — ces caméras de surveillance censées dissuader les départs — qui ne sont pas remboursés par l’État ou le Royaume-Uni.
Un million. C’est peu à l’échelle de l’État. Mais c’est énorme pour une collectivité qui perd déjà 14 millions d’euros dans la loi de finances 2026 pour la communauté urbaine, et 4 millions pour la ville de Dunkerque. « On ajoute des bus supplémentaires pour transporter les écoliers et les étudiants, parce que les migrants remplissent les lignes. Ces bus supplémentaires, on ne s’est pas fait rembourser. » Les chauffeurs de bus signalent des tensions, non pas à cause du comportement des migrants, mais à cause de l’affluence. « Quand c’est les enfants qui peuvent pas monter dans le bus, vous avez les parents derrière qui… et là, ça génère beaucoup de tension. »
Vergrit a aussi évoqué l’injonction du tribunal administratif : fournir des douches sur les campements. Coût estimé : 3,5 millions d’euros par an. « C’est une charge supplémentaire que l’État ne compense pas. » Et les déchets ? « Quand il pleut, c’est de la boue. Vous avez le sentiment d’être plus dans un dépotoir que sur un campement. » Les élus locaux décrivent un « bidonville » pire que les bidonvilles.
Où est l’argent ? L’État britannique verse des fonds Sandhurst. Mais ils arrivent par appels à projets, avec des délais très courts. « Les temps de réponse sont très courts. Comment vous organisez pour répondre ? », a demandé la rapporteure. Vergrit n’a pas répondu directement, mais son ton en disait long : « Je ne suis pas associé au cadrage national et aux relations avec le Royaume-Uni. » Les fonds ne couvrent ni les bus supplémentaires, ni les franchises, ni les opérateurs vidéo. Bilan : un million net à la charge des contribuables dunkerquois. (Oui, vous avez bien lu.) À suivre.
71 % d’asile au Royaume-Uni : la dissuasion impossible
Le chiffre a fait l’effet d’une bombe dans la salle. « 71 % des personnes qui traversent la Manche obtiennent l’asile au Royaume-Uni », a affirmé Vergrit. Source ? « La Voix du Nord a publié ce chiffre il y a un peu plus d’un an. C’est un chiffre qui n’a jamais été démenti par les Britanniques. » Il précise même : « C’est un chiffre que les Britanniques eux-mêmes nous ont donné. »
71 % de chances d’obtenir l’asile. Contre moins de 30 % en France, selon des estimations non officielles mais connues de tous. Vergrit ne croit pas à la théorie de l’appel d’air. Mais il pose la question clé : « Tant que le Royaume-Uni accorde l’asile à 71 % de ceux qui arrivent, pourquoi les migrants risqueraient-ils leur vie en France ? » La politique de dissuasion est absurde. « Vous videz l’eau qui se remplit », disait-il à propos des policiers. Les migrants savent que leur pari est gagnant. Ils préfèrent survivre dans la boue de Loon Plage pendant quelques semaines que de déposer une demande d’asile en France. « 99,9 % veulent uniquement le Royaume-Uni », a-t-il lâché.
Un député l’a interrogé : « Est-ce que ce chiffre de 71 % ne baisserait pas si l’instruction du droit d’asile était faite sur le continent ? » Vergrit a répondu franchement : « Je n’y crois pas. Les pays européens ont les mêmes valeurs, les mêmes conventions. S’ils se mettaient d’accord sur un asile européen, ils régleraient une grande partie du problème. » Il a même appelé à une réflexion plus large : « Pourquoi ne pas instruire le droit d’asile britannique depuis le continent ? Un accord multilatéral. » Il est prêt à signer tout de suite : « Si on règle 71 % du problème et pas 29 %, ça me va. Ça nourrira moins les mafias, ça mettra moins de personnes dans des situations indignes. »
Le déséquilibre territorial : Calais vs Dunkerque
Vergrit est prudent. Il ne veut pas opposer les territoires. « Je ne cherche pas à opposer Calais à Dunkerque », a-t-il répété. Mais les faits sont têtus. Les moyens alloués par l’État sont disproportionnés. « Je trouve qu’il faudrait un meilleur équilibre », a-t-il admis devant la commission. Puis il a ajouté, presque en aparté : « Le préfet essaie de faire au mieux avec les moyens qu’il a. » Mais le constat est là : Calais a bénéficié d’une mobilisation massive après la « jungle » de 2016 (jusqu’à 6000 migrants). Dunkerque, qui voit monter la pression, reçoit moins de forces.
Vergrit demande une brigade de police dédiée à la problématique migratoire. « Pour libérer nos policiers nationaux de cette tâche, pour qu’ils puissent s’occuper de la délinquance ordinaire. » Actuellement, deux tiers des effectifs du commissariat de Dunkerque sont mobilisés sur la crise migratoire. « J’ai besoin de policiers nationaux pour la délinquance ordinaire. » Une brigade dédiée, c’est sa demande principale. Il croit savoir que le dossier avance, « ça devrait se décanter. »
Mais au-delà des effectifs, le maire pointe un déséquilibre dans la prise en charge entre le département du Nord et celui du Pas-de-Calais. Le Nord — où se trouve Dunkerque — reçoit moins de fonds, moins d’agents, moins d’écoute. « Je le dis au préfet de région, mais je ne vais pas l’étaler sur la place publique. » Pourquoi ? Parce que le sentiment d’impuissance est le même. Personne n’a la main sur le phénomène. « C’est très rare que nous puissions avoir voix au chapitre », a-t-il avoué.
Les policiers et l’absurdité du « jeu au Shadok »
Les policiers parlent. Vergrit les écoute. « J’ai des échanges réguliers avec les représentants des forces de l’ordre. » Et ce qu’ils lui confient est glaçant. « Ils ont le sentiment de jouer un peu au Shadok. Vous videz l’eau qui se remplit. » Chaque jour, ils empêchent des départs de small boats. Chaque jour, les migrants reviennent, parfois le lendemain. « Ils expriment parfois leur mal-être. » Le travail policier perd son sens. « C’est une impression d’absence de sens. »
Vergrit a détaillé les conséquences immédiates : « Il n’y a pas de hausse de la délinquance imputable aux migrants », a-t-il précisé. Ils ne sont pas là pour voler ou agresser. « Ils sont uniquement préoccupés par leur traversée. » Mais leur présence massive génère des tensions. Les tirs de Kalachnikov la nuit, les incendies de véhicules, les bus saturés. « C’est une forme de guérilla nocturne dans les rues de Dunkerque, de Gravelines, de Grand-Fort-Philippe. » Les habitants vivent avec cette pression constante. Ils ne sont pas hostiles aux migrants, mais ils sont las. « Lassitude, pas haine », résume Vergrit.
Les forces de l’ordre confirment : pas d’augmentation de la délinquance ordinaire. Mais la police nationale est absorbée par la surveillance des campements et des départs. Résultat : moins de patrouilles pour les cambriolages, les vols, les violences urbaines. Les habitants se sentent abandonnés. Voilà. À suivre.
Le plan grand froid : des familles dans les gymnases, des enfants à l’école
L’hiver dernier, 2500 migrants ont été hébergés dans les gymnases de la ville. « En période scolaire, il faut évacuer le matin pour que les enfants puissent aller en classe », explique Vergrit. Un véritable casse-tête logistique. La Croix-Rouge arme les gymnases. Mais les familles — femmes, enfants, pères — sont prioritaires. Les célibataires restent dans le froid. « Les conditions de vie sont assez dramatiques », lâche le maire.
Sur le campement de Mardyck, c’est le chaos. « C’est sale. C’est même pas que sale : quand il pleut, c’est de la boue. Vous avez le sentiment d’être plus dans un dépotoir que sur un campement. » Les migrants ne se projettent pas au-delà de la journée. « Demain, je suis parti », se disent-ils. Résultat : ils accumulent des détritus, des poubelles partout. Les services de nettoyage de la communauté urbaine sont dépassés. « On ajoute des bus, on nettoie, on vide les poubelles, mais le flux est permanent. »
Vergrit a évoqué un drame récent : il y a quinze jours, un migrant a été tué par arme blanche lors d’un règlement de comptes entre passeurs. « Jambisation », comme ils appellent ça. Les mafias prospèrent sur cette misère. Le maire ne cache pas son impuissance : « Ce sont des migrants qui se tuent entre eux, des passeurs qui règlent leurs comptes. On n’a pas les moyens d’y faire face. »
Propositions : instruction d’asile sur le continent, brigade dédiée, asile européen
Vergrit ne se contente pas de constater. Il propose. Quatre pistes concrètes.
Instruire le droit d’asile britannique depuis le continent. « Un accord multilatéral entre la France, le Royaume-Uni et l’Union européenne. » Les migrants déposeraient leur demande à Calais ou à Dunkerque, et seraient traités avant le départ. Ceux qui obtiennent l’asile partent légalement. Les autres sont reconduits. « Ça réglerait 71 % du problème », insiste-t-il.
Une brigade de police dédiée à la problématique migratoire. « Pour libérer nos policiers nationaux et leur redonner du sens. » Il croit savoir que le dossier avance.
Un asile européen commun. « Pourquoi ne pas se mettre d’accord sur des critères communs pour l’asile en Europe ? Ça permettrait de clarifier qui a droit à la protection et qui est en immigration illégale. » Un message politique fort, selon lui. « Ça aurait dû venir avant le marché unique. On est sur les valeurs. »
Une meilleure répartition des fonds entre le Nord et le Pas-de-Calais. Il ne demande pas la charité, mais l’équité. « Sinon, les mafies continueront de prospérer, et les conditions de vie resteront indignes. »
Le président de la commission a conclu en remerciant le maire pour son « témoignage très intéressant » et ses « propositions ». Mais la question reste : qui entendra ce cri ? Le gouvernement prépare la renégociation des fonds Sandhurst pour 2026-2029. L’État demande le déboisement de 212 hectares sur le port de Dunkerque — des bois où les migrants se cachent. Les collectivités perdent des millions. Les policiers perdent le sens. Les migrants perdent la vie.
La Côte d’Opale est devenue le réceptacle d’une politique migratoire absurde. Vergrit l’a dit, sans détour : « Le principal sentiment des habitants, c’est l’impuissance. » Un sentiment partagé par les maires, les policiers, les élus. Et peut-être même par ceux qui, à Paris, continuent d’appliquer la même stratégie.
À suivre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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