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PolitiqueÉpisode 10/45

Total : le chantage qui fait plier le gouvernement

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-06
Illustration: Total : le chantage qui fait plier le gouvernement
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Hier, à l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a promis de nouvelles aides. Ciblées. Mois par mois. Pour « ceux qui travaillent et la croissance ». Derrière la formule, une réalité brutale : le quoi qu'il en coûte est mort. L'État endetté n'a plus les moyens. Total, lui, engrange.

Le même jour, Patrick Pouyanné a posé son ultimatum dans les pages d'Ouest France. En cas de taxe sur les superprofits, le plafonnement des prix à la pompe saute. Fini l'essence à 1,99 € le litre, fini le gazole à 2,25 €. Les Français paieront le prix du marché — un marché que Total alimente.

Regardons les faits.

180 millions pour un cache-sexe

Le gouvernement a débloqué 180 millions d'euros pour les aides de mai. Destinataires : les « grands rouleurs », ces 3 millions de personnes qui parcourent plus de 30 kilomètres par jour pour aller travailler et gagnent moins de 16 000 euros par an. Une goutte d'eau.

En avril, 130 millions avaient déjà été annoncés : 70 millions d'aides ciblées pour les secteurs touchés (pêche, agriculture, BTP, transport routier) et 60 millions pour renforcer le chèque énergie (source : ici.fr). Le total ? 310 millions. À comparer avec les 6 milliards de dollars de bénéfices supplémentaires engrangés par Total en un an.

Mais le gouvernement répète en boucle : plus de boucliers tarifaires, plus de quoi qu'il en coûte. Le Premier ministre avance au cas par cas, mois par mois. Une logique de saupoudrage.

Pendant ce temps, la crise au Moyen-Orient fait flamber les matières premières et les engrais. L'impact s'élargit. Le pouvoir d'achat prend un nouveau coup. Et l'objectif de déficit public à 5 % en 2026 devient une chimère. Sébastien Lecornu le sait : plus la guerre dure, plus l'équation devient impossible.

Retenez ce détail : le gouvernement choisit d'aider les plus modestes avec des miettes, mais refuse de toucher aux superprofits de Total. Pourquoi ?

Le chantage de Patrick Pouyanné

« En cas de taxe, il ne pourra pas maintenir son plafonnement des prix dans ses stations-service françaises. » Ces mots sont de Patrick Pouyanné, président de TotalEnergies, dans une interview à Ouest France le 5 mai 2026. Il ajoute que Total est « le seul pétrolier au monde à avoir pris une telle décision de plafonnement ».

Traduction : nous plafonnons les prix, mais à une condition — pas de taxe supplémentaire.

L'affaire commence ici. Total a annoncé une hausse de ses bénéfices de 51 % sur un an. 6 milliards de dollars de profits supplémentaires, directement liés à la flambée des hydrocarbures provoquée par la guerre. Le groupe plafonne l'essence à 1,99 € et le gazole à 2,25 €, mais ces prix restent élevés pour des millions de Français. Et Pouyanné menace de les augmenter si l'État ose lui demander de contribuer.

C'est un chantage pur et simple. Il dit : « Nous vous protégeons, mais ne nous demandez rien en retour. »

Le gouvernement l'entend. Il plie.

Superprofits : 51 % de hausse, 0 % de solidarité

Les chiffres parlent. TotalEnergies a réalisé 6 milliards de dollars de bénéfices supplémentaires en un an. Une progression de 51 %. Cette manne ne vient pas d'un génie particulier — comme le souligne Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, interviewé sur BFM : « Quel est le génie particulier de Patrick Pouyanné qui a conduit à ce qu'il y ait un surprofit ? Il n'y a pas de génie particulier. Il y a simplement une crise dont il profite. »

Faure a raison. La guerre au Moyen-Orient a fait bondir les prix du pétrole et du gaz. Total, comme les autres majors, en récolte les fruits. Mais contrairement à ses concurrents, Total est français. Il opère en France. Il emploie des Français. Et il se drape dans le plafonnement des prix comme dans un étendard de patriotisme économique.

Pourtant, l'ardoise ne tient pas.

En 2022, une première taxe sur les superprofits avait été votée. Elle devait rapporter 3 milliards d'euros à l'État. Résultat : 600 millions. Un cinquième de l'estimation. Les entreprises avaient utilisé toutes les niches fiscales, tous les montages juridiques pour échapper à l'impôt. Le gouvernement s'en souvient.

Alors aujourd'hui, Sébastien Lecornu refuse d'envisager une nouvelle taxe. Il parle de « Total bashing ». Il rappelle que Total est déjà soumis à 2 milliards d'euros de prélèvements obligatoires. Mais 2 milliards, c'est moins que les 6 milliards de bénéfices supplémentaires. Et les Français, eux, continuent de payer le plein.

Lecornu choisit son camp

Hier, à l'Assemblée nationale, les députés de gauche ont interpellé le ministre de l'Économie. Sa réponse ? « Il ne faut pas faire du Total bashing » et « Total est une entreprise française qui emploie des Français » (source : Le Monde). Il a aussi évoqué les 2 milliards d'euros d'impôts déjà payés.

Mais ce discours ignore une vérité gênante : Total peut payer plus. L'entreprise affiche des profits records. Le plafonnement des prix coûte à Total — selon ses propres calculs — quelques centaines de millions par an. Rien à côté des 6 milliards de profits supplémentaires. Pouyanné le sait. Il brandit la menace du retrait du plafonnement pour dissuader toute velléité de taxation.

Et Lecornu cède.

Le gouvernement préfère dépenser 180 millions d'euros d'argent public pour aider les grands rouleurs plutôt que de prendre 6 milliards à Total. C'est un choix politique. Un choix qui dit : les actionnaires de Total passent avant les citoyens.

Où est l'argent ? Dans les comptes de Total, à Paris La Défense, et dans les paradis fiscaux où le groupe optimise ses impôts.

La gauche pousse, le gouvernement recule

Olivier Faure ne lâche pas. Le Parti socialiste prépare une proposition de loi à l'Assemblée nationale pour taxer les superprofits. Il la défend bec et ongles. Sur BFM, il déclare : « Je dis que ça n'est pas normal. Il n'y a pas de génie particulier. Il y a simplement une crise dont il profite. Et donc, il n'est pas anormal que l'État dise à un moment à une entreprise française : "Écoutez, nous avons aujourd'hui une vraie difficulté pour les Français, vous devez contribuer." »

Mais le gouvernement n'écoute pas. Il temporise. Il promet des annonces la semaine prochaine. Peut-être des aides pour les taxis, les infirmières. Rien sur les superprofits.

Pourtant, l'opinion publique est claire. Un quart des Français (26 %) jugent les aides ciblées « bien ciblées » (source : sondage BFM). 48 % les trouvent « dans le bon sens mais insuffisantes ». La demande d'une taxation des superprofits est massive.

Le gouvernement est coincé. D'un côté, la pression populaire et la gauche. De l'autre, Total et son chantage. Et au milieu, des millions de Français qui paient le carburant plus cher que jamais.

2022-2026 : la même comédie

En 2022, l'État avait voté une taxe sur les superprofits. Promesse : 3 milliards. Réalité : 600 millions. Les entreprises avaient contourné le dispositif. Le gouvernement n'avait pas osé durcir les règles.

Aujourd'hui, en 2026, le même scénario se rejoue. Total menace. Le gouvernement recule. Les aides ciblées ne couvrent même pas le surcoût du carburant pour les ménages modestes.

Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système. Et ce système a des noms : Patrick Pouyanné, Sébastien Lecornu, et les actionnaires de TotalEnergies.

Qui paie ? Les Français.

Qui encaisse ? Total.

Combien de temps encore ?

Le Dossier continuera d'enquêter. Prochaine étape : les montages fiscaux qui permettent à Total de payer si peu d'impôts en France. Suivez l'affaire.

Sources

  • BFM TV – Interview d'Olivier Faure (premier secrétaire du Parti socialiste) sur les superprofits de Total, 5 mai 2026.
  • Ouest France – Interview de Patrick Pouyanné (PDG de TotalEnergies), 5 mai 2026 : menace de supprimer le plafonnement des prix en cas de taxe sur les superprofits.
  • Assemblée nationale – Questions au gouvernement, Sébastien Lecornu, 5 mai 2026 : annonce de nouvelles aides ciblées, rejet de la taxation des superprofits, mention de « Total bashing ».
  • ici.fr – Article sur les 130 millions d'euros d'aides annoncées en avril 2026 (70 millions aides ciblées + 60 millions chèque énergie).
  • bfmtv.com – Sondage sur l'opinion des Français concernant les aides ciblées.
  • aide-sociale.fr – Détails du dispositif « grands rouleurs travailleurs modestes » annoncé le 21 avril 2026, 180 millions d'euros pour mai.
  • Le Monde – Citation de Sébastien Lecornu : « Total est une entreprise française qui emploie des Français ».
  • Le Figaro – Mention du « plafonnement généreux des prix à la pompe » par Total.
  • Huffington Post – Citation « redistribuer d'une manière ou d'une autre » (contexte politique).

📰Source :youtube.com

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