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PolitiqueÉpisode 28/50

TotalEnergies empoche 1 milliard pendant que l'État abandonne les aides à domicile : le double scandale de la crise énergétique

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-15
Illustration: TotalEnergies empoche 1 milliard pendant que l'État abandonne les aides à domicile : le double scandale de la crise énergétique
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1 milliard de dollars : le jackpot de TotalEnergies sur le dos des Français

Le chiffre donne le tournis. 1 milliard de dollars. TotalEnergies a généré cette somme en achetant près de 34 millions de barils dès le début du conflit iranien, avant l'envolée des prix. Les documents en attestent. La guerre n'avait pas encore fait flamber le brut. Le géant pétrolier français avait déjà rempli ses cuves. Une opération chirurgicale. Un timing parfait. Un cynisme absolu.

Pendant que les Français regardent le prix du gazole passer de 1,70 euro à 2,30 euros depuis le début de la guerre en Ukraine — un bond de 35% en quatre ans —, TotalEnergies empoche des superprofits. BP ne cache pas non plus ses performances "exceptionnelles" sur les cours du pétrole au premier trimestre. Les négociateurs des deux majors ont "su tirer parti de la volatilité du marché pétrolier", comme le dit pudiquement la direction de BP.

Pourtant, le patron de TotalEnergies a changé d'humeur hier. Le blocage du détroit d'Ormuz perdure, il s'inquiète. Mais pas pour les 87% de Français qui, selon les sondages, redoutent la hausse des carburants. Non. L'inquiétude du PDG concerne ses marges. Ses profits. Ses actionnaires.

« Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système. Et ce système a des noms. »

Où est l'argent ? Dans les paradis fiscaux ? Non. Dans les comptes de TotalEnergies. Et le gouvernement ? Il regarde ailleurs.

Le gouvernement joue la montre pendant que les Français trinquent

Face à la colère qui monte, l'exécutif sort une mesure. Un projet de décret pour encadrer les marges des distributeurs. Un centime d'euro d'économie. C'est tout ce que le gouvernement propose. Un centime. Pendant que le prix à la pompe flambe de 60 centimes.

« Ça permettra de baisser les marges de 1 centime. Au lieu d'avoir 2,32 euros, on aura 2,31 euros. Bravo ! », ironise Jean-Philippe Tanguy sur le plateau de C dans l'air.

Les distributeurs eux-mêmes crient au scandale. Michel-Édouard Leclerc dénonce une mesure qui les ferait « vendre à perte ». Thierry Cotillard rappelle une vérité qui dérange : « C'est l'État qui encaisse l'essentiel de la marge, 53 % sur les 2 euros. Les caisses sont vides et il n'a pas les moyens. »

53%. Plus de la moitié du prix du carburant part dans les caisses de l'État. En taxes fixes, en TVA. Le gouvernement refuse de baisser ces taxes — contrairement à l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie —, il propose de gratter 1 centime sur les distributeurs. Une mascarade.

« On essaie de faire quelque chose, mais les distributeurs ne veulent pas, donc on ne peut pas », analyse le journaliste M. Bellan des Échos. « Je trouve ça bizarre de faire fuiter un projet de décret... À mon avis, ils savent que ça allait provoquer une levée de boucliers. »

Le gouvernement joue la montre. Il sait que les Français sont lucides. « Ils ont compris qu'il n'y avait plus d'argent dans les caisses », admet le journaliste R. Werly. Mais la lucidité n'empêche pas la colère. Elle l'attise.

22 milliards d'euros : la facture européenne que la France refuse de voir

Ursula von der Leyen l'a annoncé : depuis le début du conflit, la facture européenne des importations de combustibles fossiles a augmenté de 22 milliards d'euros. Vingt-deux milliards. Une somme colossale qui plombe les économies nationales.

La Commission européenne sonne l'alerte sur le kérosène. Risques d'approvisionnement dans un avenir proche. Pénurie possible dès fin avril. Pendant ce temps, les pays asiatiques ferment déjà des universités. Aux Philippines, au Vietnam, en Thaïlande, ils rationnent. « Ils sont un cran plus loin que nous en termes de pénurie », prévient M. Bellan.

Le FMI, la Banque mondiale et l'Agence internationale de l'énergie se sont réunis en urgence. Leur diagnostic est sans appel. 80 infrastructures énergétiques — pipes, raffineries, usines de liquéfaction — ont été frappées. Même si le détroit rouvrait demain, les conséquences s'étaleraient sur des semaines, voire des années.

Les scénarios du FMI donnent le vertige. Le plus probable : inflation à 4% en 2026, croissance mondiale qui s'effondre. Le scénario noir : inflation à 6% en 2027. Une onde de choc qui n'a pas fini de se propager.

« On n'en est qu'au début », prévient le journaliste économique.

Et l'État français ? Il refuse toujours d'agir. « On aurait une explosion du déficit à la fin de l'année », plaide l'économiste P. Dessertine. « On va avoir des coûts en termes de dette... »

« Heureusement », rétorque M. Bellan. « Ces mesures sont contre-productives. Ça entretient la dépendance aux hydrocarbures. » Un luxe que seuls ceux qui ont les moyens de payer 2,30 euros le litre peuvent se permettre.

Christelle, 1 700 euros net : le témoignage qui étrangle

Christelle est auxiliaire de vie dans l'Essonne. Elle gagne 1 700 euros net par mois. Pour se rendre chez ses patients, elle utilise sa voiture. 50 kilomètres par jour, parfois plus. Avec le gazole à 2,30 euros, son budget carburant a explosé.

« Je regarde ma jauge comme on regarde son compte en banque », confie-t-elle. « Avec angoisse. »

L'indemnité kilométrique a été augmentée. Mais pas assez. Pas pour compenser les 60 centimes de hausse par litre. Pas pour finir le mois. « Je fais des choix. Entre me chauffer et manger. Entre prendre la voiture pour aller travailler et acheter des médicaments. »

Christelle n'est pas un cas isolé. L'Insee est formel : plus de 10% des Français ont du mal à chauffer leur logement. 89% s'inquiètent de l'inflation. 87% redoutent la hausse des carburants. Des chiffres qui donnent le vertige.

Le gouvernement a refusé pour la troisième fois — la dernière fois fin mars — d'augmenter le salaire des aides à domicile. Coût de la mesure : 110 milliards d'euros sur la durée, selon les estimations. Un chiffre colossal. Mais combien coûte l'inaction ?

« Il faut faire des arbitrages », reconnaît P. Dessertine. « On a vraiment une question d'urgence pour une partie de la population. »

L'urgence, c'est maintenant. Pas dans les scenarii du FMI. Pas dans les boîtes à outils de la Commission européenne. Pas dans les conseils européens informels à Chypre. L'urgence, c'est Christelle qui doit choisir entre sa voiture et son chauffage.

Pourquoi la France ne fait rien ? Les trois vérités qui dérangent

Trois raisons expliquent l'immobilisme du gouvernement. Trois vérités que personne ne veut entendre.

Première vérité : l'État est accro aux taxes. 53% du prix à la pompe, c'est incompressible. Baisser la TICPE ou la TVA, c'est perdre des milliards de recettes. Et les caisses sont vides. Le gouvernement a déjà annoncé 6 milliards d'économies pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient et respecter les 5% de déficit. Pas de marge.

Deuxième vérité : le gouvernement mise sur la résignation. « Le gouvernement a quand même une chance : les Français. Ils sont lucides. Ils ont compris la situation », analyse R. Werly. Les Gilets jaunes sont loin. La colère gronde, mais elle ne déborde pas. Pour l'instant.

Troisième vérité : TotalEnergies est trop puissant. Taxer les superprofits ? La France l'a déjà fait en 2023 avec la redevance de solidarité. Depuis, silence radio. L'Allemagne, l'Espagne, l'Italie réclament une taxation européenne. La France ne s'est pas prononcée. « Une taxation des superprofits semble plus logique que d'aller chercher 2 centimes sur la marge des distributeurs », admet M. Bellan.

Mais personne n'ose. Pas quand TotalEnergies menace. Pas quand le patron change d'humeur. Pas quand 1 milliard de dollars de profits sont en jeu.

« Le gouvernement continue à ne rien proposer alors que les gens sont pris à la gorge. »

La bombe à retardement des fruits et légumes

Les experts sont unanimes. Dans un mois, deux mois maximum, l'inflation va frapper les fruits et légumes. « Beaucoup d'exploitants agricoles sont avec des marges très faibles », prévient P. Dessertine. « Quand le coût augmente, vous devez augmenter vos prix. »

Les engrais sont produits avec du gaz. Le gaz est plus cher. Le transport est plus cher. Les emballages — carton, plastique — sont plus chers. Une chaîne qui se tend jusqu'à la rupture.

« Les fruits sont entourés avec du carton et du plastique. Et ça va augmenter », résume P. Geoffron.

L'UFC-Que Choisir tire la sonnette d'alarme : 45 jours après le début des frappes, la réponse du gouvernement ne traite pas le problème de fond. Rien sur le prix à la pompe. Rien sur le pouvoir d'achat. Rien sur la précarité.

« Les gens qui utilisent leur voiture tous les jours n'ont pas le choix », rappelle P. Dessertine. « L'État a une vraie réflexion à avoir : est-ce que je dois continuer à taxer alors que le pouvoir d'achat de mes concitoyens baisse ? »

La réponse, pour l'instant, est oui.

L'Europe en retard d'une guerre

Pendant que la France tergiverse, l'Europe tente de s'organiser. La Commission européenne doit dévoiler mercredi une « boîte à outils » avec des mesures énergétiques. Les chefs d'État se réunissent jeudi à Chypre pour un Conseil européen informel.

Mais « l'UE peine à savoir quoi faire », avoue notre correspondant à Bruxelles. « Chacun essaie de trouver des mesures nationales. On réfléchit plus à l'échelon de son pays qu'à 27. » 11 pays — dont le Royaume-Uni et le Japon — appellent à une réponse économique coordonnée. Mais coordonner 27 pays aux intérêts divergents, c'est mission impossible.

Pendant ce temps, la Chine avance ses pions. Xi Jinping reçoit les dirigeants émiratis. Sergueï Lavrov propose de compenser le déficit énergétique chinois via oléoduc et gazoduc. Les exportations chinoises vers les États-Unis se sont effondrées de 26% en un an. 8 milliards de dollars de manque à gagner.

« La Chine a intérêt à ce que ce détroit rouvre », analyse R. Werly. « Mais le coût politique est élevé. Lâcher l'Iran, encore faudrait-il que les Iraniens soient d'accord. »

Et pendant que les grandes puissances jouent aux échecs géopolitiques, Christelle continue de regarder sa jauge d'essence avec angoisse.

Les trois questions que le gouvernement ne veut pas entendre

Première question : pourquoi ne pas taxer les superprofits de TotalEnergies ? La réponse est politique. Trop risqué. Trop compliqué. Trop proche du pouvoir.

Deuxième question : pourquoi ne pas baisser les taxes sur les carburants ? La réponse est budgétaire. Les caisses sont vides. Les 6 milliards d'économies annoncés ne suffisent même pas à couvrir le coût de la guerre.

Troisième question : pourquoi abandonner les aides à domicile ? La réponse est idéologique. 110 milliards d'euros, c'est trop. Même pour ceux qui triment chaque jour auprès des plus fragiles.

« Il faut faire des arbitrages », répète P. Dessertine. « On a vraiment une question d'urgence pour une partie de la population. »

L'urgence, c'est maintenant. Pas dans les scenarii du FMI. Pas dans les boîtes à outils de la Commission. Pas dans les conseils européens.

Ce que le gouvernement cache : la vérité sur les aides à domicile

Le gouvernement a refusé pour la troisième fois d'augmenter le salaire des aides à domicile. La dernière fois, c'était fin mars. Coût de la mesure : 110 milliards d'euros à l'État. Un montant qui fait peur. Un montant qui justifie l'inaction.

Mais combien coûte l'inaction ? Combien coûtent les arrêts maladie ? Les démissions en cascade ? Les burn-outs ? Les patients abandonnés ?

Christelle n'est pas une statistique. Elle est le visage de cette France qui travaille pour 1 700 euros net. Qui prend sa voiture chaque jour. Qui paie 2,30 euros le litre. Qui fait des choix impossibles. « Entre se chauffer et manger. Entre prendre la voiture pour aller travailler et acheter des médicaments. »

Et le gouvernement répond par un refus. Par un projet de décret qui gratterait 1 centime. Par un silence assourdissant.

Qui a signé la mort sociale des aides à domicile ?

La question est brutale. Elle mérite une réponse. Le refus d'augmenter les salaires n'est pas signé par un nom. Il est signé par un système. Un système qui préfère 1 milliard de superprofits pour TotalEnergies plutôt que 110 milliards pour les plus précaires. Un système qui encaisse 53% du prix du carburant et refuse de baisser la taxe. Un système qui regarde les Français crever à la pompe en proposant des rustines.

Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, est aux commandes. Haute fonctionnaire, cadre dirigeante, femme politique. Elle connaît les chiffres. Elle connaît les enjeux. Mais elle n'agit pas.

« Le gouvernement profite du côté raisonnable des Français », analyse R. Werly. « Il faut plutôt leur dire chapeau. » « Chapeau » à ceux qui encaissent 2,30 euros le litre sans brûler de voitures. « Chapeau » à ceux qui continuent de travailler pour 1 700 euros sans manifester. « Chapeau » à ceux qui choisissent entre se chauffer et manger sans se révolter.

Mais jusqu'à quand ?

Le scénario noir que personne ne veut voir

Le FMI a dessiné trois scénarios. Le plus probable : inflation à 4%, croissance mondiale au ralenti. Le scénario noir : inflation à 6% en 2027, récession généralisée.

« Plus ça s'étend, plus on voit des tensions », prévient P. Geoffron. « Le kérosène, le diesel, les engrais... » Les engrais, c'est la nourriture. Le kérosène, c'est le transport. Le diesel, c'est la vie quotidienne de millions de Français.

« On n'a pas de scénario de sortie de crise à ce stade », admet la présentatrice. Le monde est suspendu à des images de tankers bloqués dans le détroit d'Ormuz. Des petits points qui attirent les regards du monde entier. Des paquebots coincés qui font battre le pouls de l'économie mondiale.

Et pourtant, le gouvernement français refuse toujours d'agir.

La solution que personne n'ose proposer

Taxer les superprofits. Baisser les taxes. Augmenter les salaires des aides à domicile. Trois mesures. Trois décisions politiques. Trois choix que le gouvernement refuse de faire.

« Il faut faire des arbitrages », répète

📰Source :youtube.com

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