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EnvironnementÉpisode 3/2

Crise énergétique mondiale : les attaques au Qatar vont coûter cher à l'Europe

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-22
Illustration: Crise énergétique mondiale : les attaques au Qatar vont coûter cher à l'Europe
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Ras Lafane : le cœur du système gazier mondial attaqué

Mercredi soir. Israël frappe Southpars. Jeudi matin. L'Iran riposte sur Ras Lafane. Deux attaques. Un seul objectif : paralyser la production de gaz. "C'est vraiment extrêmement important", explique Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Center on Global Energy Policy. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Ras Lafane concentre près de 20% de la capacité d'exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar. Deux unités de production sont désormais hors service. Pour 3 à 5 ans.

Le Qatar est le deuxième exportateur mondial de GNL. Derrière les États-Unis. En 2025, près de 20% du GNL mondial provenait du Qatar. L'attaque sur Ras Lafane n'est pas un incident. C'est un coup porté à l'économie mondiale. Les conséquences ? Directes. Brutales. Durables.

Une économie mondiale suspendue au détroit d'Ormuz

Le détroit d'Ormuz. Une étendue d'eau de 40 km de large. Mais surtout, une artère vitale pour l'économie mondiale. 20% de la consommation mondiale de pétrole et de gaz transite par ce détroit. "Attaquer Southpars, c'est attaquer le cœur de l'économie iranienne", précise Anne-Sophie Corbeau. 70% du gaz iranien provient de ce champ. Et l'économie iranienne dépend à 70% du gaz. Les frappes israéliennes étaient donc une provocation directe. L'Iran n'avait pas le choix. Il devait riposter.

Mais pourquoi Ras Lafane ? La réponse est simple. Ce site concentre à la fois des unités de production existantes et des infrastructures en construction. Une cible stratégique. Une attaque sur Ras Lafane, c'est une attaque sur l'avenir du gaz qatari. Et donc, sur l'avenir de l'économie mondiale.

L'Asie en première ligne, l'Europe en embuscade

90% du gaz qatari est exporté vers l'Asie. Chine, Inde, Japon, Corée, Taïwan, Pakistan, Bangladesh. Tous dépendent du gaz qatari. "Pratiquement 90% du GNL va vers l'Asie", confirme Anne-Sophie Corbeau. Mais l'Europe n'est pas épargnée. L'année dernière, 12 milliards de mètres cubes de gaz qatari ont été importés par l'Europe. Un chiffre qui semble faible comparé aux 340 milliards de mètres cubes consommés par l'Europe. Pourtant, les conséquences seront lourdes.

Les prix du gaz en Europe sont des prix spot. Ils reflètent l'offre et la demande. Avec une pénurie mondiale de GNL, les prix vont forcément augmenter. "Il va y avoir une compétition entre les pays asiatiques et l'Europe", prévient Anne-Sophie Corbeau. Les Asiatiques sont prêts à payer plus pour sécuriser leurs approvisionnements. L'Europe devra donc surenchérir. La facture sera salée.

Un été 2026 sous tension

L'hiver 2025-2026 a été froid. Les stocks de gaz européens sont bas. "Il va falloir remplir ces stocks", explique Anne-Sophie Corbeau. Et c'est là que ça devient intéressant. Le problème ne se posera pas cet hiver, mais cet été. Les Européens devront faire face à une double pression : reconstituer leurs stocks et maintenir leurs approvisionnements. Dans un contexte de pénurie mondiale de GNL.

Les États-Unis pourraient venir en aide à l'Europe. Mais attention, ce n'est pas par bonté d'âme. "C'est tout simplement parce que les prix en Europe étaient très intéressants", précise Anne-Sophie Corbeau. La distance entre les États-Unis et l'Europe joue également un rôle clé. Plus courte que vers l'Asie, elle permet des livraisons rapides et moins coûteuses. Mais même avec l'aide américaine, l'Europe devra faire face à une hausse des prix.

Les énergies renouvelables : une solution partielle

Les énergies renouvelables pourraient-elles compenser la pénurie de gaz ? Le think tank Amber apporte une réponse nuancée. En 2025, un nombre record de capacités solaires et éoliennes ont été installées dans le monde. Ces nouvelles installations pourraient représenter l'équivalent d'un septième de la production mondiale de gaz. Soit le double du volume d'exportation de GNL du Qatar.

Mais attention. Ce calcul repose sur une hypothèse : la demande électrique n'augmente pas. "C'est un calcul qui est un petit peu difficile à faire", nuance Anne-Sophie Corbeau. Les énergies renouvelables sont une solution. Mais pas une panacée. Le risque de "dunkelflaute" — des périodes sans vent — reste présent. Et les centrales nucléaires devront fonctionner à plein régime.

En France, la situation est relativement bonne. Mais dans l'Est de l'Europe, les niveaux d'hydroélectricité pourraient poser problème. Les centrales nucléaires françaises, elles, devront éviter les problèmes de maintenance et de corrosion qui avaient paralysé le parc en 2022.

Les promesses israéliennes et les demandes européennes

Le Premier ministre israélien promet d'arrêter ses attaques contre les infrastructures énergétiques. Les Européens demandent un moratoire. Mais les mots ne suffisent pas. Les infrastructures détruites ne seront pas réparées demain. Et les conséquences économiques se feront sentir pendant des années.

Les prix du gaz vont augmenter. Les Européens devront payer plus. Et les tensions géopolitiques dans le golfe Persique ne vont pas disparaître. La suite est édifiante. Une crise énergétique mondiale est en marche. Et l'Europe est en première ligne.

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Épisode 3 · 2026-03-22

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