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Crise agricole : Karine Ducet alerte sur une urgence vitale

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-10
Illustration: Crise agricole : Karine Ducet alerte sur une urgence vitale
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« Le pronostic vital est en jeu. » Le constat est net, signé Karine Ducet, présidente de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne. Inondations cet hiver, sécheresse cet été, coûts de production en hausse, rendements en baisse. Et aucune volonté politique pour enrayer la spirale. La loi d'urgence agricole, pourtant promise, est désormais soumise au Conseil constitutionnel — bloquée par des « courants idéologiques », selon elle. La rentrée de septembre s'annonce explosive.

L'été de tous les dangers

Karine Ducet ne mâche pas ses mots. « C'est l'été de tous les dangers », lance-t-elle. Et elle prévient : la rentrée sera « très difficile pour les agriculteurs ». Pourquoi ? Parce que les difficultés s'accumulent depuis des années — mais cet été, tout s'accélère.

Regardons les faits. Cet hiver, le Lot-et-Garonne a subi des inondations et une tempête. Cet été, c'est le stress thermique hydrique — la sécheresse — qui frappe. Les cultures souffrent. Les rendements chutent. Et les coûts de production flambent : le carburant, les fournitures, tout augmente. Mais les prix payés aux agriculteurs, eux, n'ont pas bougé.

« L'augmentation ne revient pas dans la poche de l'agriculteur », rappelle-t-elle. Un constat amer, mais vérifiable : les prix sur les marchés grimpent, mais la marge reste chez les intermédiaires. Pas chez ceux qui produisent.

Toutes les filières en souffrance

Le pruneau d'Agen, emblème du département, est « extrêmement critique ». L'effet « sèche-cheveux » — le stress thermique — a frappé les vergers. Mais ce n'est pas tout. Les céréaliers voient le remplissage des épis de maïs compromis. La tomate, production phare du Lot-et-Garonne, voit sa saison raccourcie.

Et les éleveurs ? « Il ne faut pas les oublier », insiste Ducet. Les prairies ont brûlé. Les stocks de fourrage sont entamés. Le risque de décapitalisation — vendre les bêtes faute de pouvoir les nourrir — est réel.

La suite est édifiante. Toutes les filières sont touchées. Aucune n'est épargnée. Et pourtant, les solutions existent.

L'État bloque l'anticipation

C'est là que le bât blesse. Karine Ducet dénonce un blocage systématique des projets d'anticipation. Depuis trente ans, les agriculteurs proposent des solutions : des lacs pour stocker l'eau, des systèmes d'irrigation. Résultat ? « C'est la croix et la bannière », dit-elle.

À chaque fois, l'administration et le politique opposent des refus. Des recours. Des études d'impact interminables. Des procédures qui s'éternisent. Pendant ce temps, le climat se dérègle. Les sécheresses s'intensifient. Et les agriculteurs paient la note.

« On aurait pu diminuer sacrément la note aujourd'hui si on avait eu ce sursaut », regrette-t-elle. Une phrase qui résume tout : l'État préfère les contraintes idéologiques à l'efficacité pragmatique.

La loi d'urgence agricole menacée

Le gouvernement a promis une loi d'urgence agricole. Elle est désormais soumise au Conseil constitutionnel. Et qui la conteste ? « Des courants idéologiques », selon Ducet. Des associations environnementales, des collectifs citoyens, des élus écologistes. Leur argument : ces projets d'irrigation sont une « maladaptation » au changement climatique.

Vraiment ? Regardons les données. En 2020, l'eau prélevée pour l'irrigation en France métropolitaine représentait environ 10 % des prélèvements totaux (source : statistiques.developpement-durable.gouv.fr). Dix pourcent. Pas quatre-vingts. Pas cinquante. Dix. Et on bloquerait des projets qui permettraient de sécuriser les récoltes ?

La France compte 17 486 procédures de défaillance d'entreprises au deuxième trimestre 2026 — une hausse de 5,4 % sur un an (source : reussir.fr). Le secteur agricole enregistre 444 procédures, soit +21 % sur un an (source : reussir.fr). Les très petites entreprises et les jeunes agriculteurs sont les plus touchés. Le nombre d'emplois menacés recule certes de 9,5 %, mais il concerne encore 58 830 salariés (source : reussir.fr).

Ce n'est pas une crise théorique. Ce sont des vies. Des familles. Des exploitations qui ferment.

Comparaison internationale : que font les autres ?

Pendant que la France bloque ses projets d'irrigation, l'Espagne investit massivement dans le dessalement et les retenues collinaires. L'Italie multiplie les bassins de stockage. Israël, pays semi-aride, recycle 86 % de ses eaux usées pour l'irrigation — contre moins de 1 % en France.

Résultat : l'Espagne irrigue 3,8 millions d'hectares. La France ? 1,7 million. Pourtant, la France dispose de ressources en eau bien supérieures. Le problème n'est pas l'eau. Le problème, c'est la volonté politique.

Et pendant ce temps, les agriculteurs français crèvent. Littéralement. Le taux de suicide dans la profession reste deux fois supérieur à la moyenne nationale. Chaque jour, un agriculteur met fin à ses jours. Ce n'est pas une métaphore. C'est un chiffre.

Le coût réel de l'inaction

Combien coûte l'inaction ? Difficile à chiffrer précisément. Mais les tendances sont claires. Moins de production = plus d'importations. Plus d'importations = plus de dépendance alimentaire. Plus de dépendance = plus de vulnérabilité en cas de conflit.

« En cas de conflit majeur, il faut que les Français sachent qu'ils vont crever de faim », alertait récemment un responsable agricole (source : cnews.fr). Ce n'est pas du catastrophisme. C'est une conséquence logique de trente ans de désindustrialisation agricole.

La France importe déjà 50 % de ses fruits et légumes hors saison. 70 % de son soja pour l'alimentation animale. 100 % de son huile de palme. Si les crises s'accumulent — guerre, blocus, sécheresse —, les rayons se vident. Et les prix explosent.

Et maintenant ?

La loi d'urgence agricole doit passer le filtre du Conseil constitutionnel. Si elle est censurée, ce sera un signal désastreux. Les agriculteurs comprendront que l'État les abandonne. La colère montera. Et la rentrée de septembre pourrait ressembler à un nouveau mouvement de contestation — plus dur, plus désespéré.

Karine Ducet lance un appel : « Il faut vraiment aider les agriculteurs à finir la fin de l'année et à se projeter. » Elle demande un cap politique clair. Pas des subventions d'urgence. Pas des promesses. Un cap.

Le gouvernement écoutera-t-il ? Rien n'est moins sûr. Entre les contraintes budgétaires, les pressions écologistes et les blocages administratifs, la marge est étroite. Mais l'alternative est simple : soit on anticipe, soit on subit.

Et subir, les agriculteurs en ont assez.

📰Source :youtube.com

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