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Épisode 27/54

Crise agricole : 200 fermes disparaquent chaque semaine – le modèle français peut-il survivre ?

Par la rédaction de Le Dossier · 17 JUIN 2026
Illustration: Crise agricole : 200 fermes disparaquent chaque semaine – le modèle français peut-il survivre ?
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70 heures par semaine, des revenus divisés par deux

Joffrey et sa femme se lèvent à l'aube. Chaque jour. Traite des chèvres, fromagerie, marchés, paperasse. « On n'a plus nos week-ends, on n'a plus nos 5 semaines de congés payés », raconte Joffrey dans l'émission Enquêtes de région. Le couple s'est reconverti dans l'élevage de chèvres bio en Sarthe après un licenciement économique. Ils ont créé leur GAEC en décembre 2023. Aujourd'hui, ils travaillent 70 heures chacun par semaine. Leur revenu ? Divisé par deux par rapport à leur ancien emploi salarié. « Avant, moi j'étais à pas loin de 2000 euros. Et là, à l'heure actuelle, on est au split », confie-t-il.

La fromagerie tourne. 80 chèvres à traire deux fois par jour. Les enfants aident parfois. « C'est rythmé. C'est les chèvres qui rythment notre vie », explique sa femme. Mais la charge mentale est lourde. « À un moment donné, j'étais pas loin du burn-out. J'arrivais dans une pièce et je ne savais même plus ce que je venais chercher », avoue-t-elle. Pourtant, ils tiennent. La vente à la ferme, le contact avec les clients, la fierté de maîtriser toute la chaîne. « C'est une vie pour nous qui a plus de sens », dit Joffrey. « On fait tout pour faire de la qualité », ajoute-t-il. « C'est une fierté de pouvoir avoir construit ça tous les deux. »

Des citoyens investissent dans des fermes bio

Titouan, jeune agriculteur bio en Sarthe, s'est installé en 2023. Il possède 10 hectares de volailles et moutons bio. Les 60 autres hectares appartiennent à FEVE, une foncière solidaire. « Si j'avais dû acheter les terres, ce que j'aurais dû rembourser à la banque, c'est plus que deux fois le fermage que je paye aujourd'hui à FEVE », explique-t-il. Depuis sa création en 2020, FEVE a aidé à l'installation de 56 fermes en France. 30 projets sont à l'étude rien que cette année. L'entreprise investit environ 700 000 euros par ferme. L'argent vient de citoyens comme Sarah, habitante de région parisienne. « Quand on met de l'argent sur un livret, on ne sait pas toujours où ça va. Là, je mets l'argent exactement où je souhaite », dit-elle. En Pays de la Loire, quatre exploitations ont été financées. Un cinquième projet est en cours en Loire-Atlantique.

Pesticides : le cancer de Jean-Noël Giraud

Jean-Noël Giraud est arrière-petit-fils d'agriculteur. Toute sa vie, il a utilisé des pesticides. « À l'époque, on les surnommait les médicaments de la plante », se souvient-il. En 2018, 48 heures avant son départ en retraite, il déclare un myélome, un cancer du sang. « C'était une très grosse surprise. Quand on travaille, on ne pense pas qu'on peut être malade quelques années plus tard », confie-t-il. Il a adhéré à l'association Phytovictim, grâce à laquelle il a été reconnu maladie professionnelle. Interrogé sur les jeunes agriculteurs, il déclare : « Les jeunes sont plus au courant. Après, est-ce que ça imprime ? J'ai encore des doutes. »

Plessé : une commune qui maintient ses fermes

La Commune de Plessé a maintenu son nombre d'exploitations (94) alors que 200 fermes disparaissent chaque semaine en France, grâce à une politique agricole communale.

Projet de loi d'urgence : des critiques

Le projet de loi d'urgence agricole, voté à l'Assemblée nationale et bientôt discuté au Sénat, est critiqué par la sénatrice Karine Daniel pour son incapacité à réguler les prix au niveau européen.

Des alternatives technologiques et humaines

L'aquaponie, technique ancestrale, permet de produire légumes et poissons sans pesticides, avec 90 % d'eau en moins. Un centre de formation agréé, Ecologia, forme au métier de technicien aquaponique. Des pulvérisateurs de précision et des robots permettent de réduire l'usage de pesticides de 70 % en moyenne. La contamination des sols au cadmium et autres polluants constitue un enjeu sanitaire majeur. Les données publiques sur les achats de pesticides sont disponibles depuis 2006 grâce à la loi Bussereau, mais leur exploitation citoyenne est récente. La France utilise des quantités de pesticides suffisantes pour tuer plusieurs fois sa population en toxicité aiguë.

Un modèle à réinventer

Le constat est sans appel. Le modèle agricole français est à bout de souffle. 200 fermes disparaissent chaque semaine. Les agriculteurs travaillent 70 heures pour des revenus en chute libre. Les pesticides empoisonnent les sols et les hommes. Le projet de loi d'urgence est critiqué. Pourtant, des alternatives existent. FEVE, la foncière solidaire, prouve que des citoyens peuvent investir dans une agriculture durable. Plessé montre qu'une politique agricole communale peut maintenir le nombre d'exploitations. L'aquaponie et les robots offrent des pistes techniques. Les agriculteurs, eux, continuent de se lever à l'aube. « On fait tout pour faire de la qualité », dit Joffrey. « C'est une fierté de pouvoir avoir construit ça tous les deux. »

À suivre.

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