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Saint-Tropez : l’envers du décor, entre pêcheurs, milliardaires et violences du luxe

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-21
Illustration: Saint-Tropez : l’envers du décor, entre pêcheurs, milliardaires et violences du luxe
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Accroche

Sur le port, les moteurs des bateaux de plaisance ronronnent. Christophe Jouant, pêcheur de sixième génération, largue les amarres à 3h30 du matin. Autour de lui, des fêtards ivres grimpent sur les embarcations. La nuit tombe sur Saint-Tropez — et la fête n’en finit pas. Mais pour lui, la journée commence. Il doit poser ses filets avant que les yachts ne sortent en masse, vers midi. « Il y a beaucoup de yachottes », dit-il. Une litote.

Les projecteurs s’éteignent. Les boîtes de nuit se vident. Christophe file vers la pointe, direction le rouget. Il navigue seul, entre des navires de plusieurs millions d’euros. « On a pris l’habitude », souffle-t-il. Pourtant, rien n’est habituel dans ce décor. Le mètre carré immobilier atteint le prix de Paris. Les plaisanciers jettent l’ancre sur ses filets. Une fois, l’un d’eux a refusé de bouger : remettre les moteurs en route lui prenait trop de temps. Voilà.

Les faits

Selon le reportage, Christophe Jouant n’est pas le seul à subir. Jean-Claude Molo, retraité, a fondé l’association Altelico — 4000 membres aujourd’hui — pour lutter contre les survols d’hélicoptères. Armé d’un téléobjectif et d’un sonomètre à 5000 €, il enregistre chaque passage. Selon lui, le premier survol était à 7h10, le dernier à 23h, soit 3h après la limite autorisée. En moyenne, 32 hélicoptères par jour, avec des pointes à 69 décibels. Le seuil de nuisance fixé par les autorités sanitaires ? 50 décibels.

Jean-Claude a déposé des dizaines de plaintes. L’amende pour survol illégal est de 38 €. « Ils ont qu’à faire la même chose en prenant la voiture », lance-t-il.

Les gendarmes, eux, sont débordés. Nicolas, l’un des 25 militaires en poste, raconte : l’été, la brigade doit gérer l’afflux de 100 000 personnes. Ce jour-là, on l’appelle pour un homme de 68 ans, schizophrène, qui aurait menacé sa compagne avec un couteau. L’homme est en pleine crise. On le maîtrise. Le médecin prescrit une hospitalisation d’office.

Le même jour, une propriétaire signale le vol d’un coffre-fort. Dans le coffre : un portefeuille, des cartes de crédit, un saphir, des diamants, une bague, un pendentif. Selon Nicolas, les voleurs semblaient connaître les lieux. Aucune trace de fouille.

Le même été, une touriste coréenne s’est fait voler une bague à 1 million d’euros et un collier à 60 000 €, en plein jour.

Le contexte

Saint-Tropez n’a pas toujours été ce parc d’attractions. Brigitte Bardot s’allonge sur la plage de Pampelonne dans les années 1950, et le mythe est né. Peintres, écrivains, stars de cinéma — l’endroit devient une légende. Henry Jean Servat, auteur de plusieurs ouvrages sur la cité, le résume : « Ce que Bardot a propagé, c’était un univers de vacances, d’insouciance, de beauté, de grâce. Mais après, il y a eu tous les débordements qu’on peut imaginer. »

Aujourd’hui, les plages sont payantes. 25 € le matelas. Selon la source, les plagistes installent leurs matelas jusqu’au bord de l’eau, en violation de la loi littorale. Nicole Tronche se bat depuis dix ans pour le libre accès à la plage de Pampelonne. Le Conseil d’État doit statuer.

Les pêcheurs, eux, disparaissent. Christophe Jouant est l’un des derniers. Son père, Jean-Paul, retraité, vient encore l’aider. « Si les autorités prennent pas garde, on va voir des disparitions », prévient Jean-Paul. « Et après, il n’y aura que du poisson d’Alaska. » La mer est embouteillée. Les pêcheurs doivent slalomer entre les yachts. Christophe est aussi guide touristique ; il génère trois millions d’euros de chiffre d’affaires.

À la pétanque, sur la place d’Allic, des cours sont donnés à 350 € les deux heures.

René, lui, est SDF depuis dix ans. Il fait la manche deux fois par semaine. Selon lui, cela lui donne l’équivalent d’un petit salaire. Il vit à l’ombre des grandes fortunes. Personne ne le chasse.

Le traitement judiciaire

Selon la source, l’association Altelico a déposé des plaintes devant les tribunaux pour survols illégaux. Les hélicoptères violent régulièrement la hauteur réglementaire — 2300 pieds minimum. Jean-Claude Molo les photographie. Mais l’amende de 38 € ne dissuade personne.

Pour la plage de Pampelonne, une décision de justice ordonne un réaménagement. Nicole Tronche attend le verdict du Conseil d’État.

L’homme schizophrène a été interné d’office sur prescription médicale. Sa compagne avait donné l’alerte.

Le cambriolage du coffre-fort est en cours d’enquête. Selon Nicolas, c’est un cambriolage bluffant, sans trace de fouille.

Quant aux violences sur la touriste coréenne, une plainte a été déposée. L’affaire illustre la vulnérabilité des ultra-riches face à une délinquance opportuniste — ou organisée.

Ce que ça dit de la France

Saint-Tropez n’est pas un cas isolé. C’est un concentré de tensions qui traversent le pays. D’un côté, une économie du luxe drainant des milliards (le stationnement rapporte à lui seul 4,5 millions d’euros par an à la mairie). De l’autre, des habitants qui voient leur cadre de vie confisqué — hélicoptères, plages privatisées, prix hors de portée.

Le rapport à la justice y est asymétrique. Une amende de 38 € pour un hélicoptère en infraction, quand un touriste se fait dérober une bague à 1 million. Des plaintes déposées pendant dix ans sans résultat tangible. Une décision de justice non appliquée pour la plage.

Les inégalités territoriales explosent aussi. Christophe Jouant gagne sa vie au milieu de yachts qui valent plus que son patrimoine complet. René dort sur un banc à côté de palaces.

Enfin, la violence — celle du schizophrène interné, celle des cambriolages, celle des fêtards agressifs — est une violence de l’excès. Trop de monde, trop d’argent, trop de bruit. Le maire, Jean-Pierre Tuverry, doit concilier intérêts économiques et qualité de vie.

Saint-Tropez l’été, c’est une France paralysée par son propre succès. L’hiver, le village retrouve ses 5000 habitants. Les pêcheurs peuvent respirer. Christophe sourit : « J’ai le village à moi l’hiver. L’été, je le partage. »

À suivre. Le Conseil d’État doit se prononcer sur la plage de Pampelonne. L’association Altelico continue d’enregistrer les hélicoptères. Et Christophe remet ses filets à l’aube.

Sources : Reportages et investigations (YouTube), « Saint-Tropez : quand le tourisme de masse envahit un village de pêcheurs ». Les citations sont extraites du documentaire.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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