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Colonialisme vert : African Parks et Banque mondiale expulsent 80 000 personnes au nom de l'écologie

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-03
Illustration: Colonialisme vert : African Parks et Banque mondiale expulsent 80 000 personnes au nom de l'écologie
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Il faut remonter à 1929

Cette année-là, selon la source, le roi Albert Ier de Belgique visite Yellowstone. Il est fasciné. Le modèle américain est importé en Afrique : enlever les populations autochtones pour créer un espace préservé, afin de préserver la biodiversité, les animaux, pour chasser et faire des photos. Les populations locales perdent l'accès aux terres, au gibier, aux plantes médicinales, tout cela sous couvert d'écologie et de protection des animaux. C'est ce que la source appelle le "colonialisme vert" : quand la conservation de la nature sert à dépouiller les populations et que les animaux finissent par avoir plus de valeur que les êtres humains.

Selon l'économiste et activiste Frédéric Mousseau, ce n'est pas seulement inhumain, c'est contre-productif. Toute cette biodiversité, tous ces animaux, tous ces espaces sauvages sont là parce qu'ils ont été préservés pendant des millénaires par les populations autochtones, qui ont un respect pour la biodiversité et pour la nature leur permettant de vivre en synergie avec elle et en la préservant. La création des parcs va à l'encontre de ces millénaires de préservation.

Qui gère ces territoires ?

De plus en plus, selon la source, ce ne sont pas les États, mais des ONG occidentales et des organisations internationales qui participent à vider des territoires entiers de leurs habitants. La plus puissante d'entre elles s'appelle African Parks. Lancée dans les années 2000 par un homme d'affaires néerlandais, Paul Fentener van Vlissingen, elle est financée par des milliardaires, par des États européens, et parrainée par des célébrités. Le prince Harry fait partie de son conseil d'administration. African Parks propose un deal simple aux gouvernements africains : "On finance tout, on gère le braconnage, on restaure la faune... mais en échange, on contrôle tout." Une privatisation de la nature que certains voient comme une forme de néocolonialisme.

Pour faire respecter les frontières de ces réserves naturelles, on emploie des méthodes militaires. C'est le modèle de la "réserve forteresse" : tout intrus, qu'il soit autochtone ou non, est immédiatement qualifié de braconnier et arrêté, même parfois torturé. African Parks a reconnu que de graves atteintes aux droits de l'homme, y compris des actes de torture, des viols et des passages à tabac, ont été commis par ses gardes forestiers contre les populations locales.

Selon la source, le Kenya, la Tanzanie ou le Sénégal s'opposent fermement à la gestion privée des parcs, qui viole selon eux la souveraineté des États. Même sans African Parks, la "conservation-forteresse", en mode expulsions et répression, domine tout le continent, avec le soutien financier direct d'acteurs comme la Banque mondiale.

Le cas de la Tanzanie

Selon la source, la Tanzanie a décidé de doubler la taille d'un parc, passant d'1 à 2 millions d'hectares, avec le financement de la Banque mondiale pour financer les infrastructures et payer les équipements et les véhicules des forces paramilitaires qui assurent la sécurité. Les populations sont toujours à l'intérieur : plus de 80 000 personnes y habitent. Aucun autre endroit ne leur a été proposé, aucune compensation. Des forces paramilitaires ont été armées et équipées pour les terroriser, les empêcher de cultiver et de faire paître leurs animaux.

Selon la source, les parcs ont généré à eux seuls près de 250 millions d'euros de recettes directes pour la Tanzanie, mais sur le terrain, les populations locales affirment ne voir quasiment jamais la couleur de cet argent.

Un traitement différencié

Selon la source, en Europe, l'UNESCO et les parcs nationaux protègent les bergers, les agriculteurs et les traditions locales. On considère que l'humain fait partie de l'écosystème. Mais dès qu'on passe dans le "Sud global", le logiciel change. Les activités pastorales, élevage, agriculture, deviennent soudainement "une menace mortelle pour les animaux". Les Masaïs (ou Maasai) aujourd'hui ne chassent pas, ce sont des éleveurs. En Tanzanie, on se promène, on a des zèbres avec des chèvres dans la nature et les Masaïs qui les gardent ensemble, sans menace pour les animaux. Alors que le gouvernement tanzanien offre des parties de chasse sur 80% des aires protégées aux Occidentaux, notamment des riches chasseurs des pays du Golfe qui viennent pour tuer un éléphant ou une girafe.

Selon les travaux de l'historien Guillaume Blanc, les administrateurs coloniaux se sont vite reconvertis en "experts internationaux" après les indépendances, à l'intérieur d'ONG comme le WWF. Selon lui, le discours scientifique a remplacé le discours colonial, mais la méthode reste la même : chasser les habitants des espaces naturels.

L'avocat massaï Joseph Oleshangay, originaire du Ngorongoro, explique que pour forcer les populations à partir, les autorités vont jusqu'à suspendre certains services publics comme la santé ou l'éducation dans les zones en question. Il souligne qu'expulser les Autochtones sert aussi un vieux réflexe colonial : mieux contrôler, recenser et taxer des nomades insaisissables. Selon l'historien Jonas Matheron, déjà en Algérie coloniale, au moment de la création des premiers parcs naturels, l'écologie servait de prétexte pour sédentariser de force.

Sources :

  • AJ+ Français
  • Travaux de l'historien Guillaume Blanc
  • Travaux de l'historien Jonas Matheron
  • Témoignage de l'économiste et activiste Frédéric Mousseau
  • Témoignage de l'avocat massaï Joseph Oleshangay

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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