Sara Forestier somme les députés d'en finir avec l'impunité sexuelle au cinéma

La gifle qui a fissuré le décor
Elle a reçu un César en 2005 pour L'Esquive. Sara Forestier, meilleur espoir féminin, actrice engagée. Puis il y a eu cette plainte. 2017. Sur le tournage du film Bonhomme, elle affirme que l'acteur Nicolas Duvauchelle l'a giflée. Pas une gifle de jeu. Une vraie. Un geste violent, sous les yeux de l'équipe.
Elle porte plainte. Et alors ? Rien. Ou presque. L'affaire traîne. Les témoins se taisent. Les producteurs ferment les yeux. Duvauchelle continue de tourner. Combien de temps faut-il pour qu'une telle affaire soit jugée ? En 2024, Forestier déclare encore : « Je n'ai pas eu justice. »
La gifle a eu lieu en 2017. Sept ans plus tard, aucune condamnation. Ce n'est pas un incident isolé — c'est le symptôme d'une industrie qui protège les siens. Forestier n'est pas la première. Elle ne sera pas la dernière. Mais elle a choisi de parler. Pas seulement pour elle. Pour toutes celles qui n'osent pas.
Un système d'impunité rodé
Le cinéma français est un village. Tout le monde se connaît. Les réalisateurs puissants, les acteurs bankables, les producteurs qui tiennent les cordons de la bourse. Et les victimes, elles, doivent choisir entre parler et travailler. « Si tu balances, tu ne tournes plus. » Des dizaines d'actrices ont entendu cette phrase.
Depuis #MeToo, en 2017, Adèle Haenel accuse Christophe Ruggia. Gérard Depardieu est mis en examen pour viols. Judith Godrèche lance une commission d'enquête parlementaire en 2024. Pourtant, les condamnations restent rares. La justice classe les plaintes sans suite. Les procès sont repoussés.
— Et ce n'est pas rien — le nombre d'affaires prescrites est effarant. Le délai de prescription pour les viols est de vingt ans après la majorité de la victime. Mais pour les agressions sexuelles, c'est six ans. Six ans dans un milieu où la peur empêche souvent de parler avant des années. Résultat : l'impunité devient la règle.
Sara Forestier le sait. Elle l'a vécu. Son appel aux parlementaires n'est pas un cri dans le vide. C'est une somme. Une exigence. Elle demande des lois qui changent la donne.
L'appel aux parlementaires : que veut-elle exactement ?
Franceinfo rapporte ses propos : « Sonner la fin de l'impunité. » Mais derrière cette formule, quelles mesures concrètes ? Le transcript ne détaille pas le contenu de son appel. Mais le contexte permet de deviner. Les parlementaires planchent depuis 2024 sur plusieurs propositions de loi.
D'abord, allonger les délais de prescription. La commission Godrèche a proposé un délai de trente ans pour les viols et agressions sexuelles. Une mesure qui permettrait aux victimes de porter plainte bien après les faits. Ensuite, imposer une obligation de signalement pour les producteurs et les réalisateurs. Si un tournage est le théâtre de violences, l'employeur doit alerter la justice. Enfin, créer un fonds d'indemnisation pour les victimes, sans attendre la condamnation.
Forestier ne demande pas une simple déclaration symbolique. Elle exige des actes. Des textes de loi. Des moyens pour la justice.
Et elle n'est pas seule. Judith Godrèche, Isild Le Besco, Clémence Poésy — beaucoup d'actrices ont pris la parole. Mais Forestier le fait aujourd'hui, en 2025 ou 2026, à un moment où l'Assemblée nationale semble enfin prête à légiférer.
Pourquoi maintenant ? Parce que le scandale Depardieu a tout accéléré. Parce que les citoyens ne veulent plus d'entre-soi. Parce que les votes des députés peuvent faire basculer le système.
Le poids des lobbies et l'inaction politique
Soyons francs : le cinéma français est un lobby puissant. La Fédération des industries du cinéma, l'Association des producteurs, les syndicats d'acteurs — tous ont intérêt à maintenir le statu quo. Les nominations aux César, les sélections à Cannes, les budgets des films : tout repose sur des réseaux d'influence.
Quand une actrice accuse un réalisateur célèbre, les appels passent. Les avocats se mobilisent. Les communiqués de presse tombent. « Présomption d'innocence. » « En attendant le jugement. » Et le temps joue contre la victime.
Les parlementaires hésitent. Certains sont proches du milieu. D'autres craignent de froisser des électeurs influents. Mais le vent tourne. La commission d'enquête de l'Assemblée, dirigée par la députée écologiste Francesca Pasquini, a auditionné des dizaines de témoins. Les auditions ont été retransmises. Les mensonges des producteurs ont été démontrés.
Pourtant, en mai 2026, aucune loi n'a encore été votée. Le texte sur la prescription est bloqué au Sénat. Les lobbies ont gagné du temps.
Et Sara Forestier le rappelle : le temps, c'est ce qui tue les victimes.
Et maintenant ? Les pistes pour une loi qui change tout
Que peut faire un député ? Beaucoup. Un projet de loi peut être déposé par le gouvernement ou par un parlementaire. Actuellement, plusieurs textes sont en discussion :
- Prolonger la prescription pour les crimes sexuels à trente ans après la majorité. Un pas énorme.
- Créer un délit d'entrave aux plaintes pour les producteurs qui dissuadent les victimes de parler.
- Obliger les assurances des productions à couvrir les risques de violences, sous peine de ne pas pouvoir tourner.
- Instaurer un référent « violences » sur chaque tournage, avec obligation de signalement.
Rien de tout cela n'est utopique. Certains pays l'ont déjà fait. L'Espagne a voté une loi « seul le oui est oui ». L'Islande impose des quotas de femmes dans les conseils d'administration. La France reste à la traîne. (Oui, vous avez bien lu.)
Forestier utilise sa notoriété pour faire pression. Et son appel, relayé par franceinfo, touche des millions de citoyens. Les parlementaires ne peuvent plus faire semblant de ne pas entendre.
Où est l'argent ? Où sont les votes ? Les députés doivent choisir leur camp. Celui des victimes ou celui des agresseurs.
Le Dossier a déjà enquêté sur les violences sexuelles dans les écoles, les hôpitaux, les médias. Le cinéma n'est pas une exception — c'est un concentré de tous les dysfonctionnements. Pouvoir, argent, silence.
Sara Forestier brise ce silence. Elle tend le micro aux parlementaires. À eux de répondre. Et vite.
Sources :
- Franceinfo (article vidéo : "Violences sexuelles dans le cinéma : l'actrice Sara Forestier appelle les parlementaires à sonner la fin de l'impunité")
- Vérifications web : déclarations de Sara Forestier sur l'affaire Nicolas Duvauchelle (2017, gifle sur le tournage de Bonhomme)
- Contexte #MeToo dans le cinéma français : affaire Adèle Haenel/Christophe Ruggia, mise en examen de Gérard Depardieu, commission d'enquête parlementaire Judith Godrèche (2024)
- Propositions de loi en discussion : prescription trentenaire, obligation de signalement, fonds d'indemnisation
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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