LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

JusticeÉpisode 88/60

Violences sexuelles sur mineurs : « On n’a rien résolu du tout », le cri des magistrats

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-16
Illustration: Violences sexuelles sur mineurs : « On n’a rien résolu du tout », le cri des magistrats
© Illustration Le Dossier (IA)

Un constat qui sonne l’alarme

« On n’a rien résolu du tout. » Sec, net. C’est le premier syndicat de magistrats en France qui le dit. Interrogée par France Info, l’USM dénonce l’absence de progrès dans le traitement des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs. Le réexamen des dossiers, promis après plusieurs scandales retentissants, n’a rien changé. Rien. Les magistrats, ceux qui sont en première ligne, parlent d’échec.

Ce cri intervient le même jour où le Conseil économique, social et environnemental (CESE) se prononce pour une « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles. Selon Le Monde Justice, le CESE y est favorable. Mais il réclame davantage de prévention. Deux sources, deux temporalités. Un même constat : le système judiciaire n’est pas à la hauteur.

Les faits : un système à bout

Que s’est-il passé exactement ? Rien de neuf, en apparence. L’USM pointe des dysfonctionnements structurels. D’après France Info, le syndicat dénonce le manque de priorisation des dossiers de violences sexuelles sur mineurs, des délais d’enquête anormalement longs et un suivi perfectible. Des problèmes déjà identifiés par le passé. Mais qui persistent.

Les chiffres, eux, parlent. En 2025, 132 300 personnes ont porté plainte pour des faits de violences sexuelles en France, selon une étude relayée par L’Est Républicain. Dans 58 % des cas, la victime était mineure. Soit plus de 76 000 enfants. Un chiffre en hausse constante. En 2026, le ministère annonce que 675 individus ont été incarcérés pour des crimes et délits de nature sexuelle sur mineurs. Une hausse de 173 % par rapport à l’année précédente (franceinfo). Mais ces incarcérations ne sont que la partie émergée.

L’USM le rappelle : des milliers de plaintes sont classées sans suite. Faute de moyens, de temps, de personnel. Le système judiciaire est saturé. Les réformes promises après l’affaire Liana ou le scandale du périscolaire parisien n’ont pas eu l’effet escompté. « On n’a rien résolu du tout », insiste le syndicat.

Des promesses non tenues

Le contexte, c’est une prise de conscience tardive. Depuis plusieurs années, les affaires se succèdent : Joël Le Scouarnec, l’école Saint-Dominique, les animateurs périscolaires parisiens, le site Cocoland… Chaque fois, une promesse politique. Chaque fois, des mesures annoncées. Mais sur le terrain, les magistrats constatent l’inertie.

L’USM n’est pas un syndicat contestataire. C’est le plus représentatif de la profession. Son constat a donc un poids particulier. Ce n’est pas une réaction à chaud, mais une analyse posée, partagée par les professionnels du droit. Et pourtant. Le CESE, de son côté, appelle à une « loi intégrale ». Mais il insiste sur la prévention — un maillon faible du dispositif actuel. D’après Le Monde, le Conseil souhaite que la loi ne se limite pas à la répression, mais intègre des actions éducatives, des formations et un suivi des auteurs.

Deux approches qui se complètent. La magistrature dénonce l’absence de progrès dans le traitement judiciaire. Le CESE veut aller plus loin en amont. Mais tous deux pointent un même échec : les réformes peinent à s’appliquer. Voilà.

Le traitement judiciaire : une machine enrayée

Concrètement, que se passe-t-il lorsqu’un enfant porte plainte ? D’après les magistrats de l’USM, c’est un parcours du combattant. Les plaintes sont souvent classées sans suite — faute de preuves suffisantes, ou faute de temps pour enquêter. Les auditions sont repoussées. Les expertises tardent. Les accusés, eux, restent en liberté.

France Info ne donne pas de cas précis, mais le syndicat évoque un « réexamen des plaintes » qui n’a pas changé grand-chose. Les procédures sont lentes. Les juges d’instruction, submergés, priorisent les affaires les plus graves. Mais qui décide de la gravité ? Un enfant violé par un parent est-il jugé plus urgent qu’un autre ? Les critères manquent de transparence.

Le CESE, lui, insiste sur la prévention. Mais sans moyens, les mesures restent lettre morte. La « loi intégrale » qu’il appelle de ses vœux pourrait-elle tout changer ? Rien n’est moins sûr. Car les lois existent déjà. La loi du 21 avril 2021 sur la protection des mineurs victimes d’infractions sexuelles a renforcé les peines et allongé les délais de prescription. Mais son application est un échec, selon l’USM.

Ce que ça dit de la France

Ce n’est pas un fait divers. C’est le symptôme d’une maladie structurelle. La France a promis, après chaque scandale, de mieux protéger ses enfants. Des commissions ont été créées. Des rapports ont été écrits. Des budgets ont été annoncés. Mais les magistrats, ceux qui sont en première ligne, disent que rien n’a changé.

Pourquoi ? Parce que les réformes butent sur un mur : le manque de moyens humains et financiers. Les tribunaux sont engorgés. Les postes de magistrats et de greffiers ne sont pas pourvus. Les enquêtes sont bâclées. Les victimes, elles, attendent. Parfois des années.

Le CESE le dit : il faut plus de prévention. Mais prévenir suppose d’investir dans l’éducation, la formation des soignants, des enseignants, des animateurs. Cela suppose aussi de changer les mentalités. Un chantier colossal.

L’USM, elle, ne demande pas de nouvelles lois. Elle demande que les lois existantes soient appliquées. Que les plaintes soient traitées avec sérieux. Que les dossiers des mineurs soient prioritaires. « On n’a rien résolu du tout », répète-t-elle.

Retenez ce détail : le cri des magistrats n’est pas un cri de colère. C’est un cri de lassitude. Celui de professionnels qui voient chaque jour les mêmes failles, les mêmes souffrances, les mêmes échecs.

L’enquête continue. Mais le temps, lui, est compté pour les enfants qui attendent justice.


Sources :

  • France Info — « Réexamen des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs : "On n'a rien résolu du tout", fustige l'Union syndicale de la magistrature »
  • Le Monde Justice — « Le CESE est favorable à une "loi intégrale" contre les violences sexistes et sexuelles mais souhaite plus de mesures de prévention »
  • L’Est Républicain — données sur les plaintes en 2025
  • France Info — données sur les incarcérations en 2026

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 88 · 2026-07-16

Violences sexuelles sur mineurs : « On n’a rien résolu du tout », le cri des magistrats

Sur le même sujet