LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

JusticeÉpisode 52/47

Le Squarnec : le documentaire qui force le silence à parler

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-24
Illustration: Le Squarnec : le documentaire qui force le silence à parler
© YouTube

Le documentaire qui dérange

Un mail. Puis un café. Voilà comment tout a commencé pour Le Canard Réfractaire. Le collectif de victimes de Joël Le Squarnec cherchait une caisse de résonance — le procès venait à peine de se terminer. « On a laissé couler », admet un membre du média dans la vidéo. « On avait plein d'autres sujets à traiter. »

Annivon Kerverne a changé la donne. Ancienne travailleuse sociale pendant vingt-cinq ans au conseil départemental des Côtes-d'Armor, elle connaît le terrain. « Être le relais de la parole de l'enfant, c'est se mettre soi-même en grosse difficulté », explique-t-elle dans le documentaire. Pour elle, l'affaire Le Squarnec n'est pas un fait divers. C'est le symptôme d'un système. « La pédocriminalité, ça vient pas de nulle part. Tu as une culture du silence, une culture du viol. »

Le Canard Réfractaire a passé des heures avec les victimes. « Ça a été l'interview la plus difficile à faire de l'histoire du canard », confie l'un des réalisateurs. Le résultat : un documentaire réalisé par Anastasia Vov, qui donne la parole à celles et ceux qui ont subi les violences.

Une projection intime, un débat public

Le 11 juin 2026, 20 heures. Dans le petit cinéma de Guingamp, une trentaine de personnes se sont déplacées. L'ambiance est tendue. « C'est très stressant », reconnaît l'un des membres du Canard Réfractaire avant la projection. Mais une fois la parole prise, le stress s'efface. « On en a vu d'autres. »

Le documentaire est projeté. Puis le débat s'ouvre. Une salle entière prend la parole. Une assistante sociale témoigne : « J'ai vu énormément de médecins qui avaient très peur de faire des signalements. Pas tant du côté judiciaire, mais du côté de l'Ordre des médecins. » La peur des représailles, dit-elle, paralyse les professionnels. « L'Ordre des médecins, c'est son rôle. »

Annivon Kerverne résume : « Dans une société où la domination règne en maître, l'échelon le plus bas dans l'échelle de la domination, c'est l'enfant. L'enfant est plus en danger que l'équilibre social. »

Le psychiatre mis en cause

Un témoignage glace le sang. Une victime raconte son parcours. Sa mère l'a entendue, soutenue. Mais le parquet a demandé une expertise psychiatrique. Selon la victime, le docteur Benousan, expert près du tribunal de Versailles et encore en exercice, a rendu un rapport disant qu'elle était « très intelligente » et que son intelligence avait « inventé » les faits. « Le méchant originel, c'est lui », dit-elle dans le documentaire. « Pas la personne qui m'a agressé. C'est lui qui a dit qu'il ne s'était rien passé. »

Toujours selon la victime, cela a conduit à un non-lieu. Elle a dû retourner vivre chez son père pendant la moitié des vacances. D'autres victimes, selon elle, se sont suicidées. « On n'arrive même pas à avoir de contact avec ce docteur », ajoute-t-elle. La vidéo rapporte que le tribunal de Versailles se serait « complètement » désintéressé du dossier.

Un appel à l'action

Le documentaire ne se contente pas de dénoncer. Il propose des outils. Sur le site du Canard Réfractaire, tout est mis à disposition : affiches modifiables, communiqué de presse, fichier vidéo. Les citoyens sont invités à organiser leurs propres projections-débats. « Faut se jeter », lance un membre du média. « Il y a que le premier pas qui coûte. »

L'objectif est clair : faire de la pédocriminalité une affaire publique. « S'en prendre à la pédophilie, c'est s'en prendre aux institutions », affirme Annivon Kerverne. Le tabou serait en train de se fissurer, mais lentement. « Tu as l'impression que ça concerne tout le monde, que c'est grave, et en même temps il y a pas cette résonance », regrette-t-elle. Pourtant, elle voit des progrès. « Ça avance malgré tout. Des fissures se font. »

Le Canard Réfractaire, média indépendant depuis huit ans, mise sur le terrain. « Sortir des algos, des vidéos, des réseaux sociaux pour que notre travail ait un réel impact », résume le message de fin. La projection de Guingamp n'est qu'un début. Le collectif de victimes et le média espèrent essaimer partout en France.

Une affaire qui n'en finit pas

L'affaire Le Squarnec continue de hanter la justice française. Condamné, l'ancien chirurgien a fait des victimes pendant des décennies. Le documentaire du Canard Réfractaire veut empêcher que cette page soit tournée si vite. En donnant la parole aux victimes, en pointant du doigt les responsabilités institutionnelles — Ordre des médecins, expertises psychiatriques contestables, peur des signalements — il entend maintenir la pression. « La pédocriminalité, c'est politique », répète Annivon Kerverne. « Ça vient pas de nulle part. »

Le Dr Benousan, mis en cause, reste en activité.

Sources

  • Canard Réfractaire : vidéo du documentaire et débat public, projection du 11 juin 2026 à Guingamp, témoignages de victimes et d'Annivon Kerverne.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 52 · 2026-06-24

Le Squarnec : le documentaire qui force le silence à parler

Sur le même sujet