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SociétéÉpisode 7/43

Trump-Infantino : le carton rouge qui expose la dérive de la FIFA

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-09
Illustration: Trump-Infantino : le carton rouge qui expose la dérive de la FIFA
© YouTube

I. L'affaire

C'est un fait divers qui a la taille d'un scandale d'État.

Lors du huitième de finale de la Coupe du monde entre les États-Unis et la Bosnie, l'attaquant américain Folarin Balogun écope d'un carton rouge. Suspension automatique pour le match suivant. Rien d'exceptionnel — si ce n'est que le président des États-Unis, Donald Trump, décide d'intervenir personnellement.

Il appelle Gianni Infantino. Directement.

« J'ai appelé Gianni. C'est un homme très respecté. Notre joueur n'avait pas fait de faute », déclare Trump, selon la retranscription de l'émission C dans l'air. « Je ne lui ai pas dit quoi faire. Je ne peux pas lui dire quoi faire. »

Sauf que le résultat parle de lui-même.

Quelques heures après cet appel, la FIFA annule le carton rouge. Balogun est réintégré. Il peut jouer contre la Belgique.

Le sélectionneur belge, Rudi Garcia, n'en croit pas ses oreilles. « Je ne savais pas que dans les bureaux de la FIFA, le 5 juillet correspondait au 1er avril en Europe », lance-t-il, amer. « De mémoire, je pense que c'est la première fois dans l'histoire de la Coupe du monde qu'il y a ce genre de décision. »

Maxime Prévot, ministre belge des Affaires étrangères, hausse le ton. « Si, réellement, il a suffi de quelques coups de téléphone perdus pour obtenir une décision aussi incompréhensible de la part de la FIFA, alors ça pose de sérieuses questions. Cela remet en cause les fondamentaux les plus basiques du football et du sport. »

L'UEFA, elle-même, qualifie la décision d'« injustifiable et inédite », selon les sources de l'émission.

Les supporters belges, eux, transforment leur colère en victoire : la Belgique bat les États-Unis 4-1 le lundi suivant. Un camouflet. Mais l'affaire ne s'arrête pas là.

II. Le système Trump-Infantino

L'affaire du carton rouge n'est pas un accident. C'est la conséquence logique d'une relation qui dure depuis 2016.

Gianni Infantino et Donald Trump accèdent tous deux au pouvoir la même année. L'un promet de « rendre sa grandeur à l'Amérique ». L'autre jure une FIFA « sans magouilles », après les scandales de corruption qui ont emporté ses prédécesseurs.

Dix ans plus tard, le constat est cinglant.

Selon C dans l'air, la relation entre les deux hommes dépasse la simple cordialité diplomatique. Infantino offre à Trump le « Prix de la paix de la FIFA » — un geste qui suscite moqueries et critiques. Il installe des bureaux de la FIFA à la Trump Tower. Et surtout, il nomme des membres de la famille Trump à des postes clés.

Ivana Trump, la fille du président, hérite d'un poste lié à la philanthropie et à la FIFA, avec pour mission de lever 100 millions de dollars pour l'éducation et le football des enfants. Eric Trump, son fils, est placé à la tête d'une task force de préparation de la Coupe du monde 2026.

« C'est le fils de l'avocat de Trump qui a été placé à la tête de cette force de préparation », précise l'émission.

La corruption ? « Je vous laisse juges », répond le journaliste.

Mais les faits sont têtus. La Coupe du monde 2026 est organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Pourtant, sur les 16 villes hôtes, 11 sont américaines. Lors du tirage au sort, Claudia Sheinbaum et Mark Carney — les dirigeants mexicain et canadien — sont relégués au second plan. Trump trône au centre.

L'émission rappelle que le président américain n'aime pas le football. Il le considère comme « un sport de filles et de latinos », préférant le MMA ou le football américain. Mais il s'accapare la compétition.

« C'est le moyen pour lui de continuer à faire campagne et d'asseoir son pouvoir », analyse un journaliste.

L'article 19-1 du règlement de la FIFA, qui interdit toute ingérence politique, est cité — mais il ne s'applique pas à Trump. Comme le note un intervenant : « Au nom de cet article, des fédérations nationales ont été suspendues. La Russie a été suspendue, par exemple, comme le Congo. Visiblement, il ne s'applique pas à Donald Trump. »

III. Le racisme, l'autre scandale

L'affaire Trump n'est pas la seule polémique de cette Coupe du monde.

Une sénatrice paraguayenne tient des propos racistes contre Kylian Mbappé, l'attaquant de l'équipe de France. Quelques jours plus tard, son effigie est brûlée lors d'une fête traditionnelle au Paraguay — un épisode qui choque l'opinion.

Le parquet français ouvre une enquête.

L'Argentine, adversaire historique de la France, est au centre d'autres controverses. Cinq arbitres argentins sont désignés pour un match de la France — une première, selon les experts. « C'est incompréhensible, pour moi. Pourquoi on se retrouve avec des arbitres argentins ? Il y a une rivalité très forte entre la France et l'Argentine depuis quatre ans », s'indigne un journaliste de C dans l'air.

L'équipe d'Égypte, elle, crie au scandale après son élimination par l'Argentine, dénonçant un favoritisme suspect.

IV. Christophe Gleizes, le silence assourdissant

L'un des épisodes les plus troublants de cette Coupe du monde ne se déroule pas sur un terrain.

Christophe Gleizes, journaliste sportif français, est détenu en Algérie depuis deux ans. Il a été condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », après avoir réalisé un reportage sur un club de football kabyle.

Selon l'émission, son dossier est « vide ». « Il a été établi qu'il ne faisait que son métier, qu'il n'était pas en adhésion avec les thèses indépendantistes kabyles », précise un journaliste. « Il a néanmoins été condamné, contre toute attente, à sept années de prison à nouveau. »

Le président Emmanuel Macron qualifie le jugement d'« excessif et injuste » et demande sa libération. La FIFA, elle, accrédite symboliquement Christophe Gleizes sur tous les matchs de la France. Une chaise vide est placée dans les salles de presse.

V. Et maintenant ?

L'affaire du carton rouge a au moins eu un mérite : elle a soudé l'Europe contre Trump. Des députés européens réclament une enquête sur le rôle de Gianni Infantino. Les supporters belges ont savouré leur victoire.

Mais la FIFA reste une institution qui « a ses propres lois » et « plus de membres que l'ONU », comme le rappelle un journaliste. Infantino, candidat à un quatrième mandat en 2027, est élu par l'Afrique et l'Asie. Les critiques venues d'Europe, aussi légitimes soient-elles, risquent de « rentrer par là et ressortir par là ».

La seule question qui vaille, désormais, est celle-ci : qu'attend la FIFA pour appliquer ses propres règles à ceux qui les violent ?

Le Dossier

Cet article est basé sur l'émission « C dans l'air » du 9 juillet 2026. Les citations sont extraites du transcript de l'émission.

📰Source :youtube.com

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