Mayotte, Bolloré, ingérence israélienne : le gouvernement sous le feu des scandales

Le rapport qui dérange : ingérence israélienne, le gouvernement a tout enterré
Le 9 mars dernier, Viginum — l'agence technique française de lutte contre les ingérences numériques — informe François Piquemal, député LFI, d'opérations d'ingérence étrangère ciblant des candidats de son camp. Trois noms : Sébastien Delogu à Marseille, David Guiraud à Roubaix, François Piquemal lui-même à Toulouse. La date ? La veille du second tour d'une législative partielle.
Voilà où ça se complique.
Le Canard Enchaîné révèle hier que le rapport interne de Viginum a été caviardé. Des passages entiers supprimés. Des noms effacés. Puis le rapport a été mis au placard. Personne n'en parle. Le gouvernement aurait préféré l'oubli.
Mais les faits sont têtus.
Des faux profils créés par une société nommée BlackCorp. Jusqu'à 1600 comptes fantômes, selon les sources concordantes. Des fausses publicités diffusées sur Vinted, Candy Crush, et même le site de La Dépêche du Midi. Les opérateurs ? D'anciens membres des services secrets israéliens. Et — chiffre à retenir — l'ex-patron de l'agence israélienne de cybersécurité figure parmi les personnes impliquées.
Tout cela arrive à un an de la présidentielle.
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, interrogé dans l'hémicycle, promet la publication du rapport. « Action judiciaire », jure-t-il. Pourquoi ? Parce que le scandale est déjà public. Parce que Le Canard Enchaîné a déjà tout révélé. Parce que le gouvernement n'a plus le choix.
Mais la question reste : pourquoi avoir caviardé ce rapport en premier lieu ? Qui a ordonné l'enterrement de ces informations ? La réponse est enfouie dans les limbes de l'administration.
Ce n'est pas une ingérence quelconque. C'est une opération structurée, avec des moyens financiers considérables. Des proches de Netanyahu sont accusés d'avoir orchestré ces campagnes de déstabilisation. L'objectif ? Affaiblir les candidats LFI, jugés trop critiques envers la politique israélienne à Gaza.
Et le gouvernement français a choisi le silence.
Le Dossier pose la question : combien d'autres rapports dormants dorment dans les tiroirs de Viginum ? Combien d'ingérences étrangères sont-elles tues par crainte de complications diplomatiques ?
La France est en campagne. L'ennemi n'est pas à nos frontières. Il est dans nos serveurs.
À Mayotte, l'alerte Ebola et le camp de l'indignité
Pendant que le gouvernement enterre des rapports, Mayotte se meurt.
Estelle Youssoufa, députée Liot, pose la question qui fâche : « Notre frontière est une passoire. » Chaque jour, des kwassa-kwassa débarquent des dizaines de migrants sur les plages mahoraises. Des Comoriens, des Congolais. Des gens qui viennent de zones où Ebola sévit.
Dans la nuit de samedi à dimanche, l'Organisation mondiale de la santé a placé Mayotte en alerte maximale. Un virus Ebola d'espèce Bundi, avec une létalité de 30 à 40 %. Pas un virus anodin. Un tueur.
Stéphanie Rist, ministre de la Santé, temporise. Elle parle de risque « faible » pour Mayotte. Elle annonce des mesures d'anticipation : isolement des patients, formation des professionnels de santé. Des mots.
La réalité est autre.
Ce matin même, des dizaines de migrants ont débarqué sans aucun contrôle sanitaire. Aucun gendarme. Aucun policier. Aucun test. « Aucun contrôle sanitaire ni force de l'ordre pour les empêcher d'accoster », dénonce Youssoufa.
Le camp de Tsoundzou — un bidonville planté dans la mangrove — accueille des milliers d'Africains dans des conditions indignes. Le gouvernement refuse de le démanteler depuis des mois. « Un scandale humanitaire, une bombe sanitaire », lance la députée.
Et pourtant.
L'hôpital de Mayotte est déjà sous plan blanc. La réserve sanitaire n'est pas mobilisée. Aucune mesure de test automatique. Aucun renfort de la marine nationale pour dissuader les trafiquants. Rien.
La ministre de la Santé promet un circuit de traitement des malades. Mais comment traiter des malades qu'on ne détecte même pas à l'arrivée ? Comment isoler des milliers de personnes entassées dans la mangrove ?
Les questions s'accumulent. Les réponses brillent par leur absence.
Le gouvernement a érigé « la lâcheté et l'impuissance en politique publique », tranche Youssoufa. Elle vise directement le « planqué du ministère de l'Intérieur. » Pas de plan d'évacuation. Pas de renforts. Pas de réserve sanitaire. Pas de test automatique.
Bientôt, ce ne sera plus une question humanitaire. Ce sera une question de sécurité nationale.
Car Ebola ne connaît pas les frontières. Et Mayotte est un pont vers la métropole.
Bolloré : le groupe qui censure, la ministre qui dialogue
Changement de décor, même méthode.
Souia Bourois, députée GDR, monte à la tribune. Le festival de Cannes bat son plein. La création triomphe. Mais dans les coulisses, une annonce sidère le milieu culturel : le directeur général de Canal Plus a déclaré que son groupe cesserait de travailler avec les signataires d'une tribune dénonçant la concentration des médias entre les mains de Vincent Bolloré.
« Allié bien connu de l'extrême droite », précise la députée.
La tribune dénonçait une stratégie de concentration méthodique : imposer des thèmes, façonner un imaginaire réactionnaire, diffuser une vision rance de la société. Canal Plus, autrefois symbole de la parole libre, est devenu un instrument.
Puis sont venus le JDD. Europe 1. Grasset. Chaque fois le même scénario : évictions, pressions, ligne éditoriale transformée.
Bourois interpelle Catherine Pégard, ministre de la Culture. La réponse de la ministre hier dans l'hémicycle ? « Disproportionnée », selon la députée. Et rien. Aucune mesure contre la concentration. Aucune proposition pour soutenir le service public face à l'hégémonie de Canal dans le cinéma.
« Nous vous parlons de censure, vous répondez intelligence artificielle », s'emporte Bourois.
Pégard, impassible, répond « dialogue ». « Restaurer le dialogue », répète-t-elle. Elle salue les « organisations professionnelles qui s'expriment dans un sens de responsabilité. »
Un dialogue avec un groupe qui licencie ceux qui critiquent. Un dialogue avec un empire médiatique qui verrouille l'information. Un dialogue avec un milliardaire qui possède déjà tout.
Le problème n'est pas un excès de censure. C'est un système.
Et ce système s'appelle Bolloré.
Pégard refuse de prendre des mesures. Elle brandit le « fleuron industriel français. » Le cinéma français, la diversité culturelle, l'exception française — tout ça passe après la liberté d'un milliardaire d'acheter les médias pour contrôler la France.
Le Dossier pose la question : combien de temps la France va-t-elle laisser un seul homme verrouiller l'espace médiatique ? Combien de temps avant que les autres chaînes suivent le mouvement ?
Bolloré n'est pas un problème. Il est le symptôme d'une démocratie qui vend ses contre-pouvoirs au plus offrant.
100 milliards d'euros de paperasse : le poison des normes
Alexandre Allegret-Pilot, député UDR, attaque sur un autre front. Les normes. Il a des chiffres.
En un an, le droit français s'est enrichi d'un million de mots. L'équivalent de deux Misérables, ou de « 3000 Kiyoshi Akamura », lance-t-il avec ironie. En 2017, Macron promettait de « finir avec cette maladie législative. » Bilan : +27 % d'inflation normative.
Les dirigeants de TPE consacrent deux jours par semaine aux formalités administratives. Les médecins et les agriculteurs y passent 10 heures. Quand travaillent-ils ?
« Vous prétendez lutter contre la crise du logement, mais le code de la construction et le code de l'environnement ont quadruplé. » Allegret-Pilot cite un exemple absurde mais réel : un poissonnier condamné à 1500 euros d'amende pour ne pas avoir inscrit le nom latin du bulot — Buccinum undatum — sur son étal.
La doctrine fiscale fait plus de 100 000 pages. « Si nul n'est censé ignorer la loi, qui peut ingurgiter 100 000 pages avant de remplir ses déclarations d'impôts ? »
Le coût ? 100 milliards d'euros. Deux fois le budget de la Défense. Plus que celui de l'Éducation nationale. Les deux tiers du déficit.
Allegret-Pilot demande un objectif constitutionnel contraignant de réduction des normes. Un chiffre : 20 milliards d'économies en cinq ans.
Le ministre de l'Industrie, Sébastien Martin, répond : « Cette hausse normative date de 2005. » Un mea culpa à moitié. Il promet des simplifications, cite des décrets, des mesures. Mais le problème est systémique.
Le Parlement continue de produire des lois. Des textes entrent avec dix articles, ressortent avec cent. Les amendements des députés participent eux-mêmes à l'inflation.
« La boucle est bouclée », conclut Allegret-Pilot. Le gouvernement répond « Ayana Kamura. » Du vide. Des promesses. Rien de concret.
Les Français étouffent sous les normes. L'administration est devenue une machine à fabriquer du papier. Et personne, ni à droite ni à gauche, n'a le courage de couper dans le gras.
L'école rurale sacrifiée : 6200 classes fermées en dix ans
Anthony Boulogne, député RN, prend la parole. Il vise le ministre de l'Éducation nationale. Son argument : 4000 postes d'enseignants supprimés cette année. Moins d'élèves, donc moins de professeurs.
« La seule ambition du gouvernement pour l'école de la République », tonne-t-il.
Les chiffres : entre 2015 et 2025, plus de 6200 classes ont fermé dans les écoles publiques rurales. Source officielle : la DEP. Pour les classes restantes, les enseignants font face à du multiniveaux — deux, trois, voire quatre niveaux dans la même salle. Les conséquences sur l'apprentissage sont désastreuses.
Boulogne décrit la situation d'un enfant de six ans en CP qui fait une heure de trajet aller, une heure de trajet retour, à cause d'un regroupement scolaire absurde.
« Les petites écoles rurales sont vulnérables. Une fermeture de classe entraîne la disparition de l'école entière. »
Le ministre Édouard Geffray répond : 1,7 million d'élèves en moins en dix ans. Une hémorragie démographique. En Meurthe-et-Moselle, département de Boulogne, 9200 élèves perdus depuis 2017. 1740 supplémentaires à la rentrée prochaine.
Mais Geffray tente de retourner l'argument : c'est une « triste opportunité » pour améliorer les taux d'encadrement. Dans le département, le nombre d'élèves par classe est passé de 23,9 à 21,5 en sept ans. En éducation prioritaire, de 22,4 à 16,8.
Il annonce une expérimentation : une carte scolaire à cinq ans dans 18 départements, dont la Meurthe-et-Moselle. Une double logique d'aménagement du territoire et d'amélioration de l'offre scolaire.
Mais Boulogne demande un moratoire sur les fermetures de classe prévues à la rentrée. Geffray élude.
La question reste : pourquoi fermer des écoles quand la démographie offre une chance de mieux former les élèves ? Pourquoi sacrifier la ruralité au nom d'une logique comptable ?
Parce que l'Éducation nationale reste une variable d'ajustement budgétaire. Les promesses d'amélioration sont noyées dans les projections à dix ans.
Et les enfants ruraux paient le prix de l'absence de vision.
Conclusion : la République des scandales
Ce n'est pas une séance parlementaire classique. C'est le reflet d'une France qui accumule les crises sans les affronter.
À Mayotte, un camp de migrants est une bombe à retardement sanitaire. L'OMS a sonné l'alerte. Le gouvernement répond par des promesses sans moyens. Les migrants continuent d'arriver. Ebola n'attend pas.
Dans les médias, un milliardaire verrouille l'information. La ministre de la Culture parle de dialogue. Les journalistes critiques sont exclus. Le pluralisme agonise en silence.
Dans les campagnes, les écoles ferment. Les élèves parcourent des heures pour apprendre. Le ministre parle d'opportunité démographique. Mais les classes se vident et les villages se meurent.
Au cœur du pouvoir, un rapport d'ingérence étrangère est caviardé. Des proches de Netanyahu ont ciblé des candidats français. L'administration a préféré enterrer l'affaire. Le Canard Enchaîné a dû tout révéler.
Le Dossier pose la question : qui gouverne vraiment la France ?
Car derrière chaque scandale, il y a un nom. Un ministre qui temporise. Un préfet qui ne fait rien. Un rapport qui disparaît. Une loi qui ne s'applique pas.
Le système tourne. Les promesses pleuvent. Les Français étouffent.
Pendant ce temps, à Mayotte, sous la mangrove, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants attendent. Ebola, les normes, la censure — tout ça leur est étranger. Ils attendent juste qu'on les traite comme des êtres humains.
Mais le gouvernement a d'autres priorités.
Sources
- Organisation mondiale de la santé (OMS) — Alerte sur le virus Ebola espèce Bundi, 19 mai 2026
- Cour des comptes — Rapport sur l'éducation nationale
- DEP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) — Chiffres des fermetures de classes en milieu rural
- Le Canard Enchaîné — Révélations sur le rapport Viginum caviardé, 20 mai 2026
- Rapport interne de Viginum — Opérations d'ingérence étrangère ciblant des candidats LFI
- Articles de presse — Inflation normative et coût de la paperasse administrative
- Débats parlementaires — Questions au gouvernement, séance du 20 mai 2026
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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