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Faits diversÉpisode 6/15

Gers : la justice a laissé faire un prédateur — Liana, 11 ans, disparue

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-04
Illustration: Gers : la justice a laissé faire un prédateur — Liana, 11 ans, disparue
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La plainte était détaillée. Les constatations médicales, précises. La procureure d’Auch avait tout sous les yeux. Pourtant, elle a attendu trois mois avant de transmettre le dossier. Et elle l’a confié à des gendarmes non spécialisés. Résultat : Jérôme Barella, 41 ans, déjà visé par deux plaintes classées sans suite, a pu enlever Liana vendredi dernier. Depuis, il se tait. Une microgoutte de sang dans le coffre de sa voiture raconte l’horreur que l’institution aurait dû empêcher.

Elle s’appelle Liana. Elle a 11 ans. Vendredi 29 mai 2026, elle quitte son collège de Fleurance (Gers) à 15 heures — la sonnerie ne devait retentir qu’à 17 heures. Personne ne l’a forcée. C’est Jérôme Barella qui l’a fait sortir. Un homme que ses parents avaient pourtant prié de s’éloigner. Depuis des semaines, il lui apportait le goûter. Il la manipulait. Et la justice, qui aurait dû l’arrêter dès août 2025, a regardé ailleurs.

La plainte qui aurait dû sauver Liana

Août 2025. La mère de Liana pousse la porte de la gendarmerie de Plaisance-du-Touch, en Haute-Garonne. Déterminée. Sa fille lui a raconté des « chatouilles » lors d’une soirée pyjama chez Jérôme Barella. L’homme a 41 ans. Liana en a 10 à l’époque. La mère décrit tout : les faits, le contexte, l’inquiétude de sa fille qui « ne veut plus y aller ».

Le gendarme qui reçoit la plainte fait son travail. Consciencieusement. Il prend des notes, demande des précisions. La plainte est longue, détaillée. Des constatations médicales sont effectuées immédiatement. « C’est une très bonne plainte », résume un expert cité par BFM TV. « Quand on la lit, elle est édifiante. »

Normalement, ce genre de dossier atterrit sur le bureau d’un service spécialisé — la section de recherches de la gendarmerie, ou la brigade des mineurs. On interroge l’entourage. On saisit le matériel informatique. On « dégringole le type », comme disent les policiers.

Mais ce dossier-là n’a pas pris cette direction. Il a mis trois mois à voyager de Plaisance-du-Touch à Auch. Trois mois. La procureure Clémence Meyer a reçu la plainte en octobre ou novembre 2025. Elle aurait pu — dû — la confier aux spécialistes de la brigade des mineurs de Toulouse. Elle a choisi la gendarmerie de Lectoure. Un service non spécialisé.

Pourquoi ? La distance ? Une heure de voiture entre les deux préfectures. « C’est la Révolution française qui a organisé les départements — une journée de cheval », ironise un observateur. Sauf qu’on est en 2026. Il y a des mails, des téléphones, des systèmes informatiques. Et la procureure avait accès aux antécédents en deux clics.

Mais elle n’a pas cliqué.

2017-2024 : l’impunité d’un multirécidiviste

Car Jérôme Barella n’en était pas à son coup d’essai. Le 4 juin 2026, lors d’une conférence de presse de huit minutes — pas une de plus —, la procureure Meyer a révélé trois informations accablantes.

Premièrement : en 2017, une mère dépose un signalement judiciaire. Sa fille de 17 ans entretient une relation « inappropriée » avec Barella, beaucoup plus âgé. Les gendarmes classent : la jeune fille se dit consentante. Aucune infraction caractérisée.

Deuxièmement : en 2022, une plainte pour viol sur une mineure de 13 ans est déposée contre le même homme. Plainte classée sans suite en 2024.

Troisièmement : le matin même de la conférence de presse, un père dépose une nouvelle plainte. Sa fille a subi des attouchements lors d’une soirée pyjama l’été dernier. « Le lendemain matin, quand il a voulu la réveiller, il l’a réveillée en lui caressant les fesses », a témoigné le père.

Deux plaintes classées. Une troisième en attente. Et une quatrième — celle de la mère de Liana — traitée avec une lenteur criminelle.

Regardons les faits. En 2022, une fillette de 13 ans accuse Barella de viol. Le parquet classe. Aucune audition du suspect ? Aucune perquisition ? Le dossier est enterré. En 2024, la plainte de 2022 est définitivement classée sans suite. Barella est libre. Il peut continuer à fréquenter des enfants.

Et il le fait. En août 2025, il « chatouille » Liana lors d’une soirée pyjama. La mère alerte. Trois mois plus tard, le parquet d’Auch daigne transmettre la plainte. Mais à des non-spécialistes. Résultat : Barella n’est jamais inquiété. Il peut encore approcher Liana. Lui apporter des goûters. La convaincre de quitter le collège plus tôt.

— Un chiffre à retenir — : entre la première plainte classée (2017) et la disparition de Liana (2026), neuf ans se sont écoulés. Neuf ans pendant lesquels la justice a fermé les yeux.

Les preuves que le suspect n’a pas pu effacer

Après la disparition, les gendarmes ont saisi la voiture de Jérôme Barella. Une voiture moderne. Les experts de Pontoise — les meilleurs du monde, dit-on — l’ont passée au peigne fin.

Le suspect avait pourtant tout nettoyé. Pendant plus d’une heure, il a passé le carcher à l’intérieur : siège passager, coffre. Il a utilisé des produits spéciaux pour les jantes. Il croyait avoir tout effacé.

Il a oublié le commodo phare.

Sur cette petite tige qui commande les phares, les gendarmes ont trouvé de l’ADN de contact de Liana. Un ADN que Barella avait sur les mains quand il a allumé ses phares. « Il ne le savait pas, parce qu’elle n’avait jamais touché ce bouton », explique un enquêteur. « Et il n’a pas passé le carcher à cet endroit-là. »

Ce n’est pas tout. Sous un anneau rétractable du coffre, dans une fente minuscule, une microgoutte de sang a résisté au carcher, au nettoyage intensif. « Beaucoup de sang étaient tombés par cette petite fente, beaucoup étaient partis dans le nettoyage », raconte un familier de l’enquête. « Il restait cette microgoutte. »

Les enquêteurs ont aussi visionné les caméras de vidéosurveillance de la piscine locale. Barella avait prétendu y avoir emmené Liana. Les images le montrent. Deux témoins l’avaient vu. Il a dû s’adapter, changer sa version. Puis il s’est muré dans le silence.

Silence qui rappelle un autre prédateur : l’« Hollandais », qui avait lui aussi nié pendant six mois avant que les gendarmes ne trouvent une preuve irréfutable. « Il aurait été acquitté avec l’ADN de contact seul », prévient un expert. « Mais la juge d’instruction a fait un boulot exceptionnel. »

Pour Liana, les gendarmes sont en course contre la montre. Sans preuve matérielle solide — un corps, un aveu —, l’affaire pourrait s’enliser. La microgoutte de sang est une chance. Mais elle aurait dû être inutile si la justice avait agi à temps.

Le rôle de BFM TV : quand les médias font ce que la justice ne fait pas

Pendant six mois, la mère de Liana a appelé, écrit, relancé. Personne ne lui répondait. La gendarmerie de Plaisance-du-Touch ? Fermée le jour où elle s’y est présentée. Le parquet d’Auch ? Silencieux.

Alors elle a téléphoné à BFM TV.

Une standardiste a pris l’appel. Au lieu de raccrocher, elle a transmis l’information à la journaliste Alexandra Gonzalez. Gonzalez a enquêté. Elle a découvert les plaintes classées, les délais, les dysfonctionnements. Le reportage a été diffusé. Et là, en quelques heures, le ministre de l’Intérieur et la ministre de la Justice ont déclenché deux enquêtes : une judiciaire (Inspection générale des services de la justice) et une administrative (Inspection générale de la gendarmerie).

« Ils ont réagi à la vitesse de l’éclair — à leur échelle », commente un observateur. Mais c’est BFM qui a lancé la machine. Pas la procureure. Pas le préfet. Pas le ministère public.

Comment expliquer qu’une mère doive passer par un média pour que son dossier soit pris au sérieux ? Comment justifier que deux enquêtes administratives soient ouvertes seulement après la diffusion d’un reportage, alors que les faits étaient connus depuis des mois ?

La procureure Clémence Meyer s’est défendue lors de sa conférence de presse. Elle a parlé de « défaillance manifeste » — expression reprise par les médias. Mais elle n’a pas expliqué pourquoi elle n’avait pas consulté le fichier des antécédents. Ni pourquoi elle avait confié l’affaire à Lectoure plutôt qu’à un service spécialisé.

« Le parquet d’Auch avait deux solutions : transmettre à un service spécialisé ou à un service pas spécialisé du tout. Il a choisi le second », résume un magistrat. « C’est désastreux. »

Et pourtant, la procureure savait. Elle avait accès aux plaintes de 2017 et 2022. Elle aurait dû voir le profil. Mais elle ne l’a pas fait.

Deux enquêtes, mais trop tard ?

Les enquêtes administrative et judiciaire sont en cours. Elles diront peut-être qui a fauté. Mais elles ne rendront pas Liana à sa mère.

Ce jeudi 4 juin 2026 est le septième jour des recherches (source : Ouest-France). Les disparitions dites inquiétantes ont augmenté de 18,6 % en 2025, atteignant 1 629 signalements (source : Planet.fr). Liana est l’une d’elles.

Le suspect, Jérôme Barella, reste muet. Il a été mis en examen. Il n’a pas parlé. Peut-être ne parlera-t-il jamais. Comme l’« Hollandais », il attend que les preuves s’accumulent.

Les gendarmes, eux, continuent d’analyser la voiture. Ils cherchent à savoir où Barella est allé entre 15h et 17h, le jour de la disparition. La voiture moderne peut le dire : GPS, caméra de recul, boîtier de bord. « Les gendarmes ont un coup d’avance sur les criminels », assure un expert.

Mais ce coup d’avance, la justice ne l’a pas eu quand il fallait.

En août 2025, une plainte détaillée, des constatations médicales, un suspect déjà connu. Le parquet d’Auch aurait pu — dû — agir immédiatement. Perquisitionner, interroger, saisir les téléphones. Peut-être auraient-ils trouvé des preuves de prédation. Peut-être auraient-ils protégé Liana.

Au lieu de cela, ils ont laissé faire. Et Liana a disparu.

La question n’est plus de savoir si Barella est coupable. La justice le dira. La question est de savoir pourquoi l’institution judiciaire a protégé un prédateur pendant neuf ans. Pourquoi une mère a dû supplier un média pour être entendue. Pourquoi il faut qu’une enfant meure — ou disparaisse — pour que des enquêtes soient ouvertes.

Nous attendons les conclusions des inspections. Mais nous savons déjà l’essentiel : le système a failli. Et Liana en paye le prix.

Sources :

  • Transcript BFM TV, émission du 3 juin 2026.
  • Conférence de presse de la procureure Clémence Meyer, 4 juin 2026.
  • Témoignage de la mère de Liana, recueilli par BFM TV.
  • Témoignage du père d’une victime présumée, 4 juin 2026.
  • Ouest-France, 4 juin 2026.
  • Planet.fr, données 2025 sur les disparitions inquiétantes.

📰Source :youtube.com

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