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JusticeÉpisode 5/24

Erreurs judiciaires : Alex Trubel et Marat Kanté, deux vies brisées par la machine

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-16
Illustration: Erreurs judiciaires : Alex Trubel et Marat Kanté, deux vies brisées par la machine
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Premier piège : l’ADN mitochondrial

30 novembre 2002. Sabine disparaît à Mulhouse. Alex Trubel, son compagnon, passe la soirée avec leur fille Daï. Sabine devait rentrer — elle ne revient pas. Les policiers refusent d'enregistrer la plainte ce dimanche : « Les ordinateurs sont éteints », lui disent-ils. Alex insiste des jours durant. Le 26 décembre, le corps de Sabine est retrouvé dans un terrain vague, découpé, caché dans deux sacs poubelle.

Alex veut savoir qui a tué son épouse. Le 5 janvier 2004, deux policiers en civil l'interpellent à la sortie de l'école de sa fille. Il monte dans leur voiture, confiant. Au commissariat, on lui assène : « On sait que c’est toi. »

L'accusation repose sur de l'ADN mitochondrial retrouvé sur le corps. L'avocat Jean-Marc Florent explique : contrairement à l'ADN nucléaire, l'ADN mitochondrial peut appartenir à plusieurs personnes — une chance sur quatre qu'il corresponde à un autre individu. Alex nie. Les policiers le mettent en examen et l'incarcèrent à la prison de Mulhouse. Il y reste treize mois.

Sa fille Daï est placée dans un foyer. Elle témoigne : « Je savais que mon père était innocent. J’avais passé la soirée avec lui. » L'avocat décrit Alex « disloqué, complètement perdu, en pleurs constamment ».

En février 2005, une contre-expertise ADN nucléaire libère Alex. Un gardien lui annonce : « Vous êtes libre. » En 2007, une nouvelle expertise identifie le véritable tueur via le fichier national — mais cet homme est décédé. Le 15 décembre 2008, la juge d'instruction lui dit : « On a retrouvé l’assassin de votre femme. Vous n’êtes absolument pas coupable. »

Résultat : Alex touche 25 000 euros d'indemnisation. Pas une excuse officielle. Il sombre dans la dépression et meurt quelques mois après avoir témoigné.

Deuxième piège : les émeutes de Villiers-le-Bel

Marat Kanté, espoir du football, est arrêté chez lui le 25 novembre 2007. Ce jour-là, des émeutes ont éclaté à Villiers-le-Bel après la mort de deux adolescents percutés par une voiture de police. Des policiers sont visés par des tirs. Marat est mis en examen pour tentative de meurtre sur agents de la force publique.

Aucune preuve matérielle n'a jamais été produite : pas d'ADN, pas d'empreintes, pas d'arme liée à lui. Le dossier repose sur un témoignage anonyme — rémunéré. Des prospectus dans les boîtes aux lettres proposaient des récompenses, raconte l'avocat Jean-Marc Florent.

Marat Kanté passe 29 mois en détention provisoire, dont 11 mois à l'isolement à Fresnes. En juillet 2010, la cour d'assises l'acquitte de la tentative d'homicide mais le condamne à trois ans pour port d'armes — peine déjà purgée. En octobre 2011, elle l'acquitte de toutes les charges.

Sa carrière de footballeur professionnel est brisée. Marat a écrit un livre : Préjugés coupables.

Dysfonctionnements : la machine à fabriquer des coupables

L'ancien juge d'instruction Georges Fenech, membre de la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau, évoque des pressions politiques. Il pointe les déclarations de Nicolas Sarkozy. L'avocat Jean-Marc Florent, lui, est plus direct : « On a pris le code de procédure pénale, les policiers et les magistrats se sont assis dessus. » Fenech reconnaît le danger des récompenses financières pour les témoins.

Florent a défendu Patrick Dils — quinze ans de prison pour un crime qu'il n'a pas commis. « On ne se remet jamais complètement d'une erreur judiciaire », dit-il. Dans l'affaire Trubel, il résume : « Chaque indice pris isolément ne signifiait rien. Mais la machine s'est lancée. »

Indemnisation : une réparation dérisoire

Alex Trubel a reçu 25 000 euros d'indemnisation. Aucune excuse officielle. Voilà le prix de treize mois de détention, d'une vie détruite, d'une fille placée à l'ASE. — Et Marat Kanté, lui, a perdu sa carrière. La machine tourne, mais la réparation, elle, reste une formalité.

📰Source :youtube.com

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