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JusticeÉpisode 16/30

Affaire Liana : la plainte pour viol qui n'a jamais été suivie

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-24
Illustration: Affaire Liana : la plainte pour viol qui n'a jamais été suivie
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32 jours pour traverser un département

Le 18 août 2025, Rosa — un prénom d'emprunt — confie à son beau-père avoir subi une cinquantaine de viols. L'agresseur présumé ? Jérôme Barrella, lors de soirées pyjama chez lui, dans le Gers. La famille a déménagé. La plainte est déposée en Haute-Garonne.

Le parquet de Toulouse agit vite. En moins de deux mois, la police boucle une enquête préliminaire complète. La jeune fille est auditionnée, examinée par un médecin légiste, reçoit une expertise psychologique. Les enquêteurs identifient le profil de Barrella. « Le voyant rouge s'allume », dit le directeur d'enquête. « Les faits dénoncés nous paraissent crédibles. » La mission d'inspection note un « traitement adapté, diligent et qualitatif ».

Puis le dossier bascule.

Le parquet de Toulouse transmet la procédure à Auch — compétent car Barrella habite le Gers. Problème : Toulouse n'a pas précisé que le dossier était urgent et sensible. Les documents partent en format papier, pas numérique. Résultat : 32 jours pour que le dossier arrive à Auch, le 10 novembre 2025.

Retenez ce détail : 32 jours. Une éternité quand il s'agit de protéger un enfant.

13 jours pour enregistrer, 13 jours pour se tromper de gendarmerie

À Auch, le dossier papier attend. Treize jours supplémentaires avant que la plainte ne soit enregistrée, le 2 décembre. Pourquoi ? Un appel en pleurs de la mère de Rosa au parquet d'Auch a accéléré les choses. Sans cet appel, combien de temps encore ?

Le 9 janvier 2026, le parquet d'Auch envoie ses instructions aux gendarmes. Il se trompe de gendarmerie. Treize jours de retard supplémentaires. Le magistrat n'a pas coché la case « urgent », mais il a demandé le placement en garde à vue de Jérôme Barrella.

La garde à vue n'a jamais eu lieu.

Pourquoi ? Le directeur d'enquête de la gendarmerie a refusé. Il voulait « bétonner le dossier » — ce sont ses propres mots, cités dans le rapport. Il souhaitait réauditionner la mère de Rosa, une amie qui refusait de témoigner, le beau-père. Entre février et mars 2026, il n'aura auditionné que la mère. Aucun autre acte d'enquête.

Le rapport de l'IGJ est tranchant : « L'enquête n'a pas été suffisamment dirigée et pas du tout contrôlée, ni par le parquet, ni par la hiérarchie directe du directeur d'enquête. »

Stéphane Noël, chef de l'inspection générale de la justice, résume : « Absence de prise en compte suffisante de l'urgence au regard du risque de réitération. »

Le 29 mai 2025, Liana disparaît. Jérôme Barrella est mis en examen pour meurtre.

70 000 plaintes non traitées, 134 détentions provisoires

Le rapport ne s'arrête pas à cette affaire. Il révèle un chiffre vertigineux : 70 000 plaintes non traitées sur l'ensemble du territoire. Le garde des Sceaux a demandé leur réexamen. Résultat : 134 détentions provisoires prononcées.

Cent trente-quatre personnes placées en détention pour des violences sur mineurs — après un simple réexamen de dossiers qui dormaient. Combien d'autres prédateurs encore en liberté ?

Dominique Vérien, sénatrice et auteure d'un premier rapport sur les violences sexuelles sur mineurs en 2019, ne cache pas son amertume : « On voit que des choses ont évolué, mais pas suffisamment. »

Le manque de moyens est pointé. Au parquet de Toulouse, 7,5 équivalents temps plein manquaient en 2025 — soit 18 % des effectifs, sans compter les arrêts maladie. Mais la sénatrice nuance : « Ça pourrait expliquer au niveau du greffe, ça ne peut pas s'expliquer au niveau de la substitute, le fait qu'elle se trompe de gendarmerie, le fait qu'elle ne suive pas le dossier. »

Des sanctions annoncées, des responsabilités partagées

Le gouvernement a réagi. Laurent Nunez, ministre de l'Intérieur, a annoncé la mutation d'office de gendarmes. Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a engagé une procédure disciplinaire contre le substitut du parquet d'Auch. « Des défaillances extrêmement importantes », a-t-il déclaré au 20h.

Alain Scudelaro, maire et président de la Lomagne Gersoise, salue la transparence : « Ce rapport met en évidence une succession de défaillances et de dysfonctionnements. » Mais il insiste : « La responsabilité est collective. »

Dominique Vérien va plus loin : « Quand on veut que ce soit bien fait, ça peut l'être. À Toulouse tout s'est bien passé. Il a suffi de franchir une frontière pour que tout d'un coup ça ne fonctionne plus. » Elle pointe un problème de volonté politique locale : « Si un président de tribunal ne le met pas en place, si un colonel de gendarmerie ne demande pas à ses gendarmes de se former, ça ne se fait pas. »

Des mesures législatives

Le Premier ministre a annoncé des mesures : obligation d'actes d'enquête dans les trois mois suivant une plainte pour viol sur mineur, et réclusion criminelle à perpétuité pour les violeurs en série de mineurs.

Le Sénat enquête, la population attend

La commission des lois du Sén

📰Source :youtube.com

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Épisode 16 · 2026-06-24

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