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AFD : le virage stratégique de Lecourtier au Sénat entre coupes budgétaires, performances contestées et géopolitique africaine

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-17
Illustration: AFD : le virage stratégique de Lecourtier au Sénat entre coupes budgétaires, performances contestées et géopolitique africaine
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Les subventions du programme 209 ont fondu de 90 % en deux ans. L’ensemble des crédits budgétaires de l’AFD, lui, a chuté de 70 %. Devant la commission des affaires étrangères du Sénat, Christophe Lecourtier — nommé en mai — a présenté son nouveau contrat d’objectifs et de moyens (COM). Le taux réel de succès des entreprises françaises aux appels d’offre ? 42 %. Et l’agence a continué de financer des projets au Maroc, malgré le boycott officiel de la France. Voilà.

Un effondrement en deux ans

« C’est vraiment un effondrement. » Christophe Lecourtier montre un graphique aux sénateurs. Les subventions du programme 209 ont chuté de 90 % en deux ans. L’ensemble des crédits budgétaires de l’AFD a baissé de 70 %. La notification qu’il vient de recevoir du Quai d’Orsay affiche un volume « divisé par deux » par rapport à la loi de finances initiale.

Le recul mondial de l’aide publique au développement est massif : 23 % en 2025. La disparition de l’USAID, le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris et de l’OMS sont évoqués.

L’agence ne peut plus compenser en prêtant sur fonds propres, comme elle le faisait il y a vingt ans. « La France emprunte de plus en plus cher, donc l’AFD prête de plus en plus cher », explique Lecourtier. Conséquence directe : 30 pays africains sur 50 ne sont plus éligibles aux prêts de l’AFD, à cause de la doctrine d’endettement responsable.

Le nouveau COM prévoit une enveloppe de 756 à 926 millions d’euros.

Le modèle des trois dividendes : les intérêts français d’abord

Lecourtier a conçu un nouveau cadre stratégique : le « modèle des trois dividendes ». Premier dividende : l’impact pour les partenaires. Deuxième : le dividende stratégique pour la France. Troisième : la viabilité économique de l’agence elle-même.

Cela signifie un recentrage sectoriel — priorité à la croissance, à la création d’emplois, aux infrastructures essentielles. Et un recentrage géographique : 60 % des crédits budgétaires iront aux pays pauvres les plus fragiles. La Chine est exclue des financements dès cette année.

Lecourtier cite un sondage : 71 % des Français estiment que ce qui se passe dans les pays en développement a un impact sur leur propre vie.

Performances contestées : 42 %, pas 70 %

Interrogé sur le taux de succès des entreprises françaises aux appels d’offre de l’AFD, Lecourtier lâche un chiffre : 42 %. Il promet de passer d’une logique de volume (signatures) à une logique de résultats (versements effectifs). Son objectif : 60 % de succès pour les entreprises françaises.

Désormais, les appels d’offre intégreront des critères de qualité, de durabilité et d’impact. Il évoque la Banque mondiale : la Chine, qui pèse environ 4 % de son capital, récolte près de 20 % des marchés.

Un nouvel instrument d’aide liée est créé, réservé aux ETI et PME françaises, ciblant des secteurs de souveraineté : numérique, satellites, IA.

Géopolitique : le Maroc, la Chine, le Sahel

Lecourtier raconte comment, pendant une période de boycott officiel de la France par le Maroc, il a ordonné à l’AFD de continuer à travailler. « Les Allemands avaient tout arrêté, licencié tout le monde. Moi, j’ai dit : continuez, acceptez les vexations, mais ne lâchons pas l’affaire. »

Résultat : l’AFD est devenue la première agence de développement au monde à financer des projets dans les provinces du sud du Maroc. Un prêt de 130 millions d’euros a été accordé pour former 40 000 professeurs de français dans l’enseignement primaire et secondaire.

La France a été chassée du Sahel. L’AFD doit en tirer des leçons sur l’articulation entre diplomatie, défense et développement. Lecourtier promet de travailler « plus rapidement et plus fort » dans les pays du Sahel.

Il admet une « naïveté » passée face à la concurrence chinoise. Les entreprises chinoises remportent des marchés avec des offres systématiquement inférieures. L’AFD tente désormais de les écarter des appels d’offre. Le modèle du Millennium Challenge Corporation (MCC) américain, qui exclut les entreprises publiques, est jugé très efficace par les industriels français.

Open space, télétravail et dialogue social

Le nouveau COM prévoit une économie sur les charges immobilières : l’AFD, Proparco et Expertise France s’installeront dans de nouveaux locaux communs à Austerlitz. Le ratio de postes de travail par agent sera de 0,6.

Un dialogue social est engagé avec les syndicats pour ajuster la masse salariale à la baisse d’activité.

Le Parlement associé en amont : une première

Pour la première fois, le Parlement participe à l’élaboration du COM avant sa signature. Lecourtier a présenté le document « bleu » (scellé) aux sénateurs. La signature est prévue pour une entrée en vigueur en 2027.

À suivre.

L’audition s’achève sur une note d’espoir. « Je vous souhaite que dans trois ou quatre ans, au-dessus de l’AFD, on ait un ciel tout bleu », lance un sénateur. Lecourtier répond : « Tout ça ne marchera qu’avec votre soutien vigilant, constant. »

📰Source :youtube.com

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