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PolitiqueÉpisode 13/44

Canicule 2026 : Alma Dufour réclame des excuses — le gouvernement a-t-il sabordé la prévention ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-11
Illustration: Canicule 2026 : Alma Dufour réclame des excuses — le gouvernement a-t-il sabordé la prévention ?
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6000 morts — et personne ne dit pardon

Commençons par le chiffre. 6000 décès imputables à la canicule rien qu'en juillet 2026. Source : Santé publique France. Pas une estimation d'ONG militante — l'agence sanitaire de l'État.

Alma Dufour, invitée du 8h30 de France Info le 11 août 2026, a fait ce que peu d'élus osent : elle a demandé des excuses. Pas pour elle — elle précise avoir alerté pendant 15 ans comme activiste puis comme députée. Pour la classe politique dans son ensemble.

« Si personne ne prend cette responsabilité, je le fais pour la classe politique, parce que je pense que le gouvernement aurait dû s'excuser pour son impréparation et pour le nombre de morts. »

Voilà où ça se complique. Une députée de l'opposition qui réclame des excuses pour l'exécutif. Ce n'est pas de la politique — c'est un constat.

Les faits sont têtus. Copernicus, l'observatoire européen du climat, confirme que juin et juillet 2026 ont battu des records. Les océans n'ont jamais été aussi chauds. La France enchaîne les vagues de chaleur depuis fin mai. Et le gouvernement ? Il a réduit les moyens.

L'arithmétique du désastre

Parlons chiffres. Le fonds vert, destiné aux collectivités pour rénover les écoles, les EHPAD, les logements — divisé par trois. Les Canadair : commande initiale de 10 appareils. Puis 4. Puis 2.

Pourquoi ? Selon Alma Dufour, Gabriel Attal, alors Premier ministre, avait « rayé d'un trait de plume 10 milliards de dépenses supplémentaires ». Dans le lot : 53 millions pour la sécurité civile.

Le budget de la sécurité civile a certes été multiplié par deux entre 2017 et 2026. Mais le risque d'incendie, lui, a été multiplié par plus que deux. « C'est exponentiel », résume la députée.

Regardons la logique. Un gouvernement qui augmente un budget de 100% alors que le risque augmente de 300% — ce n'est pas de la préparation, c'est de la gestion de crise permanente. Et la gestion de crise coûte plus cher que la prévention. Beaucoup plus cher.

« Une catastrophe climatique, ça coûte 100 fois plus cher que tout ce que la prévention peut coûter », rappelle Alma Dufour. C'est un calcul simple. Mais qui, dans l'appareil d'État, a intérêt à le faire ?

Le problème du calcul économique — version climat

Ici, on touche au cœur du problème. Le bureaucrate n'a pas de skin in the game. Il ne risque rien. Pas de perte personnelle en cas d'échec, pas de gain en cas de succès. Il alloue le capital des autres.

Résultat : on sous-investit dans la prévention — pas visible, pas gratifiant médiatiquement — et on sort le chéquier quand les pompiers sont débordés et que les corps s'accumulent.

C'est exactement ce que décrit Alma Dufour. Les économistes (pas seulement La France insoumise) estiment qu'il faudrait 60 milliards d'euros supplémentaires par an pour l'adaptation au changement climatique. Soixante milliards. Chaque année.

Où les trouver ? La députée avance une piste : la dette. « La question du changement climatique, c'est comme la question des nouvelles technologies. C'est des investissements pour l'avenir. Ça ne se finance que par la dette. »

Sauf que les règles européennes limitent le déficit à 3% du PIB. La France est déjà en procédure de déficit excessif avec 5,8% en 2024. Le carcan bruxellois, selon Alma Dufour, empêche d'investir.

« L'Allemagne est en récession. Ses règles d'austérité sont en train de déclasser l'Europe par rapport aux États-Unis et à la Chine, qui sont les deux pays les plus endettés au monde. »

C'est un argument. Il mérite débat. Mais il cache une question plus gênante : même sans contrainte européenne, l'État français est-il capable d'allouer efficacement 60 milliards par an ?

Nucléaire, marché et escrocs

Alma Dufour ne s'arrête pas là. Elle attaque le discours du secrétaire général des Républicains, qui la veille sur le même plateau défendait le nucléaire et critiquait les subventions aux énergies renouvelables.

Sa réponse est cinglante : « Ces gens-là ne savent même pas ce que c'est que 1,5°C, 2°C, 3°C de réchauffement. »

Sur le fond : la France est le premier exportateur d'électricité d'Europe. 68% de son électricité vient du nucléaire. Mais cela ne représente que 24% de l'énergie totale consommée — le reste, c'est du gaz et du pétrole.

Le vrai problème, selon elle, c'est le marché européen de l'électricité. Un mécanisme qui fixe les prix au niveau européen, empêchant la France de bénéficier de son parc nucléaire peu coûteux.

« Il faut sortir du marché européen de l'électricité dans le sens fixer un prix national. On pourrait diviser vos factures par deux quasiment. »

Le Rassemblement national propose la même chose. Alma Dufour le reconnaît — mais précise que Jordan Bardella s'est abstenu sur la directive européenne de réforme du marché en 2023. « Il ne connaît rien au sujet. »

La FNSEA dans le viseur

Deuxième sujet brûlant : la sécheresse. 70% du territoire sous restrictions d'eau. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, réclame des milliards d'euros d'indemnisation pour les agriculteurs.

Alma Dufour ne nie pas la nécessité d'indemniser. Mais elle pointe du doigt le modèle agricole défendu par la FNSEA : « productiviste, intensif, peu adapté au changement climatique ».

« On peut pas indemniser sans mettre toute la filière agricole autour de la table pour voir comment on fait pour avoir des cultures les plus résilientes possibles. »

C'est un point rarement entendu dans le débat public. Les agriculteurs sont parmi « les gens qui travaillent le plus et qui gagnent le moins dans ce pays ». Mais le modèle actuel — cultures d'exportation, dépendance aux intrants, irrigation massive — n'est pas viable à long terme.

Et les assurances privées ? « Le risque climatique n'est pas finançable par le secteur privé », constate la députée. L'État devra reprendre la main.

La présidentielle dans 9 mois — et les vieilles recettes

François Bayrou propose une primaire allant des socialistes aux gaullistes. Objectif : empêcher La France insoumise et le Rassemblement national d'accéder au second tour.

Alma Dufour rit. Littéralement. « Les Français ont compris que ces gens sont tous les mêmes, font partie d'une élite qui a emmené le pays dans le mur. »

Elle balaie aussi l'hypothèse d'une candidature Hollande. « La personnalité la plus détestée des Français, c'est François Hollande. Il dépasse à peine les 8% d'intention de vote. Les gens se souviennent très bien de son quinquennat. »

Sur les ingérences étrangères — russes, américaines, israéliennes — elle rappelle que trois candidats LFI ont été visés par des ingérences israéliennes lors des dernières municipales. « On en a très peu parlé. »

Et maintenant ?

La canicule de 2026 n'est pas une anomalie. C'est un avant-goût. Dans 10 ans, il fera 50°C en France, prévient Alma Dufour. Les vagues de chaleur s'étendront de mai à octobre.

Le gouvernement a-t-il appris la leçon ? Rien n'est moins sûr. Le fonds vert reste divisé par trois. Les Canadair ne sont pas revenus à 10. Le budget sécurité civile, même doublé, reste insuffisant.

Le vrai débat, celui qui s'annonce pour la présidentielle de 2027, est ailleurs : comment financer l'adaptation ? Par la dette ? Par la taxation des plus riches ? Par une sortie du marché européen de l'électricité ?

Alma Dufour a une conviction : « Il vaut mieux s'adapter, faire des plans même si ça coûte cher, que de devoir sortir le chéquier à chaque catastrophe. »

La question est simple : qui paiera ? Et surtout — qui décidera ?

Sources : France Info (interview du 11 août 2026), Copernicus (données climatiques), Santé publique France (chiffres de mortalité).

📰Source :youtube.com

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