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Affaire Liana : les messages quotidiens d'un père de famille à une collégienne de 13 ans

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-18
Illustration: Affaire Liana : les messages quotidiens d'un père de famille à une collégienne de 13 ans
© YouTube

« Tu dors toujours pas ? »

Lise a 13 ans. Collégienne. Un jour, elle commence à recevoir des messages d'un homme de 40 ans.

Jérôme Barella, père de famille, est le suspect numéro 1 dans l'affaire Liana. Cinq mois durant, il l'a contactée quotidiennement. « Tu dors toujours pas ? Si, j'allais dormir. DC, tu vas faire quoi aujourd'hui ? » lui écrivait-il.

La jeune fille trouve cela étrange. « Je me disais que c'était un peu bizarre qu'il me demande ça vu son âge », raconte-t-elle. « On n'est pas comme si on était meilleur ami. Donc c'est pas forcément des questions qui se posent. »

Elle répond d'abord rapidement, pour en finir. Mais la conversation s'éternise — cinq mois de messages quotidiens. Le quadragénaire s'immisce dans son intimité.

« J'ai droit à une petite photo avec un beau sourire car j'ai l'impression que tu es pas trop bien aujourd'hui », lui écrit-il. « La dernière fois que j'ai eu cette impression, j'ai su deux jours plus tard que non, tu avais pas le moral. »

Il lui demande de plus en plus souvent des photos. Il l'invite tous les jours chez lui, à la piscine, à des sorties. Lise finit par envoyer quelques photos d'elle. Mais elle refuse systématiquement les invitations.

« Si tu as besoin de te changer les idées, on va se faire plein de sorties et tu parleras de tes soucis », insistait-il. « Sinon ça sera amusement nonstop. »

Il évoque des soirées pyjama. « Peut-être de vendredi soir à dimanche après-midi », propose-t-il. Lise compte : une quinzaine d'invitations, presque toutes les semaines.

« Moi, j'ai essayé de trouver des prétextes pour pas y aller », explique-t-elle. « Je me sentais pas forcément rassurée. Je voulais pas me retrouver seule avec lui et ses filles. »

Contactée par nos soins, l'avocate de Jérôme Barella refuse de commenter — et de justifier les messages de son client.

Au club de taekwondo, un comportement « insistant »

Comment une collégienne de 13 ans entre-t-elle en contact avec ce père de famille ? La réponse se trouve dans un dojo du Gers.

Jérôme Barella s'inscrit au club de taekwondo entre 2023 et 2025, avec ses deux filles. Très rapidement, son comportement suscite des interrogations. Rémy Rodriguez, le président du club, se souvient.

« C'était une personne qui avait une proximité, j'appellerai ça insistente avec les enfants », témoigne-t-il. Avant les séances, les adultes discutent entre eux. Pas Jérôme Barella. Il joue systématiquement avec les enfants.

Pendant les cours, le malaise est plus palpable. « Il était tout le temps dans des groupes d'enfants », raconte Rodriguez. « Il fallait régulièrement le sortir de là et lui dire : "Viens t'entraîner avec nous, tu progresseras pas avec les jeunes." »

Sur une photo, il pose au côté de jeunes adhérents du club. Pendant deux ans, Rémy Rodriguez garde un œil sur lui. Il fait en sorte qu'il ne rentre pas dans le vestiaire des filles. « Il y avait un sentiment de gêne », dit-il. « Cette personne faisait bizarre. »

Mais aucun acte répréhensible n'est constaté devant eux. « Quelqu'un qui avait l'air bizarre, qui passait beaucoup de temps avec les enfants, qui allait voir les jeunes filles en se posant comme quelqu'un qui essayait de les aider dans leurs problèmes de tous les jours », décrit le président.

Sa conclusion est sans appel : « On constate clairement qu'il a essayé d'en faire ses proies. On peut parler d'un prédateur avec ses proies. »

La méthode d'approche est la même à chaque fois. Sur son compte TikTok, parmi les 599 comptes qu'il suit, une écrasante majorité appartiennent à des adolescentes et à des enfants.

« On sent qu'il cherchait des victimes un petit peu seules », analyse Rodriguez. « Où il manquait un membre de la famille. S'il voyait une petite brèche, il essayait de s'infiltrer dedans, de façon très sournoise. »

Des soirées pyjama sous surveillance

Jérôme Barella semble suivre un scénario bien rodé. Il utilise souvent ses propres enfants comme appât. C'est notamment par l'intermédiaire de sa fille aînée qu'il organise à son domicile des soirées pyjama.

Léa, 12 ans, y a participé à plusieurs reprises. La fille de Jérôme Barella était sa meilleure amie depuis des années. Elles ont commencé la crèche ensemble, fait toute l'école primaire ensemble. Mais les soirées pyjama n'ont commencé que quand elle était en fin de CM2, juste avant d'entrer en 6e.

Léa dénonce des faits d'agression sexuelle à plusieurs reprises. Elle a elle-même rompu les soirées pyjama au bout de trois mois. Elle trouvait tous les prétextes pour ne plus y aller.

Elle prend ses distances mais ne dit rien à personne. Ni à ses parents qu'elle voit le week-end, ni au responsable du foyer de l'aide sociale à l'enfance où elle est placée en semaine.

Jusqu'à ce jour de février dernier. Elle se confie à ses éducateurs. Ils font immédiatement un signalement au procureur de la République.

« Elle rapporte qu'alors qu'elle dormait chez son amie, elle aurait constaté la présence de monsieur Barella derrière elle à hauteur de ses fesses », indique son avocate. « Selon ses déclarations, monsieur Barella aurait effectué des gestes qu'elle qualifie de déplacés. »

Quand elle a réussi à parler à ses éducateurs, Léa pensait que ça allait aller très vite. « Elle se disait : "Est-ce que ma copine, la fille de monsieur Barella, elle aussi a subi les mêmes choses ?" », rapporte son avocate. « Elle avait peur pour elle. Elle a senti que le papa agresseur était pas agresseur qu'avec elle. »

Un signalement ignoré pendant trois mois

Le rapport de l'aide sociale à l'enfance a été transmis à la cellule de recueil des informations préoccupantes du Gers. Mais à aucun moment Léa n'est convoquée ni même entendue par la justice.

Nous avons contacté cette cellule par téléphone. « Je suis désolée, on n'est pas autorisé à vous répondre », nous a-t-on répondu. « Vous pouvez vous adresser au service de communication du conseil départemental. »

Pour l'avocate de la collégienne, il y a là un raté. Mais pas surprenant. « C'est un problème systémique et sociétal », dénonce-t-elle. « C'est pas que le procureur n'a pas voulu instruire la plainte ou le signalement, c'est que c'est comme ça. »

« J'ose le dire, c'est pas les dossiers prioritaires, c'est pas les dossiers importants », poursuit-elle. « Donc c'est pas l'urgence et donc ça passe à la trappe. »

Elle rappelle un chiffre : 75 % des violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite. « Est-ce qu'on a besoin de dire autre chose ? », interroge-t-elle.

« Sauf que le signalement de ma cliente aurait peut-être permis de sauver Liana », ajoute-t-elle. « Et c'est ça qui fait que je suis en colère. »

Le procureur invoque un problème de boîte de réception

La procureure Dò explique qu'elle n'a récupéré ce signalement que début juin, après la mort de Liana. La cause ? Un problème de boîte de réception.

Le signalement lui avait été envoyé par mail sur deux adresses génériques du parquet. Dont une dédiée aux affaires impliquant des mineurs. Pourquoi ce message n'a-t-il pas été traité ? A-t-il été oublié ? Les boîtes mail ont-elles été correctement relevées ?

Autant de questions auxquelles l'inspection générale de la justice devra répondre.

En attendant, Léa et ses parents ont décidé de porter plainte contre Jérôme Barella pour agression sexuelle sur mineur de 15 ans. Deux semaines avant la publication de cet article, elle a été entendue par les enquêteurs pendant deux heures.

Lise, elle, mesure sa chance. « Je me dis que j'ai échappé belle », confie-t-elle. « Parce que ça aurait pu vraiment aller loin et ça aurait été grave. Donc je suis contente de jamais y être allée. »

Une date. Un virement. Une question. Regardons les faits : un signalement d'agression sexuelle sur une enfant de 12 ans, transmis en mars 2025, n'a été traité qu'après la découverte du corps de Liana en juin. Voilà où ça se complique. Le parquet du Gers avait entre les mains un élément qui aurait peut-être permis d'éviter le drame. Il ne l'a pas vu.

Sources

  • Témoignage de Lise (collégienne de 13 ans)
  • Témoignage de Rémy Rodriguez, président du club de taekwondo
  • Témoignage de l'avocate de Léa
  • Rapport de l'aide sociale à l'enfance
  • Déclarations du procureur Dò
  • Compte TikTok de Jérôme Barella

📰Source :youtube.com

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