Violences périscolaires : le « système qui tient par le silence » dénoncé au Sénat

« La famille alerte, l’institution se tait »
C’est un fait rare. Une mission d’information du Sénat consacre ses premières auditions aux violences – notamment sexuelles – dans le périscolaire. Sud Ouest (avec AFP) rapporte que les associations SOS Périscolaire et le Mouvement MeToo (ou #MeTooÉcole) ont été reçues par la rapporteure, la sénatrice LR de Paris Agnès Evren. Objectif affiché : dresser une cartographie nationale des violences. Un objectif que les parents jugent indispensable — car aujourd’hui, personne ne connaît l’ampleur réelle du phénomène.
Le Monde, lui, précise que la commission présidée par le magistrat Antoine Garapon a démarré ses travaux le même jour, sur le périmètre plus restreint de Paris. Deux échelles, un même constat : le silence institutionnel est la règle.
Les chiffres de SOS Périscolaire donnent le vertige. Créée en 2021 par des parents confrontés à ces situations à Paris, l’association affirme avoir été contactée par plus de 530 familles. Elles viennent de plus de 70 départements et 16 régions. Ce n’est pas un phénomène parisien. C’est une tache qui couvre la France.
Un mécanisme qui protège l’adulte, pas l’enfant
Que s’est-il passé, concrètement ? Les auditions n’ont pas livré de cas individuels — les sénateurs ont entendu des représentants associatifs, pas des victimes directes. Mais le schéma se répète. D’après les témoignages collectés, une famille qui signale des violences – physiques ou sexuelles – se heurte à un mur. L’institution minimise. Parfois elle se tait. L’agent mis en cause reste en poste, ou bien il est muté dans une autre structure. « La famille alerte, l’institution minimise ou se tait, l’agent reste en poste ou change d’école », résume le collectif, cité par Sud Ouest.
Ce mécanisme, les parents l’appellent « système qui tient par le silence ». Une formule qui résume tout : absence de signalement interne, absence de sanction, absence de suivi. Et surtout, absence de protection pour l’enfant.
Les données nationales confirment l’ampleur du problème. Selon une enquête de Notre Temps (novembre 2025), le collectif MeTooEcole estime que 40 % des violences sexuelles sur mineurs se produisent à l’école ou dans le périscolaire, mais que cette part est « mal mesurée » et « sous-évaluée ». Plus largement, les services de police et de gendarmerie ont enregistré en 2025 473 000 victimes de violences physiques, dont 114 500 mineurs, et 132 300 victimes de violences sexuelles, dont 76 200 mineurs (source : pétition à l’Assemblée nationale). Des chiffres massifs, mais dont la partie périscolaire reste largement invisible.
Une prise de conscience tardive
Le périscolaire – ces temps d’accueil avant et après l’école, pendant la pause méridienne ou les vacances – est un angle mort des politiques de protection de l’enfance. Pourtant, des affaires récentes ont ébranlé l’opinion. L’affaire Lyhanna, du nom de la jeune fille tuée dans des circonstances qui ont suscité une vive émotion, a conduit le gouvernement à durcir son projet de loi sur la protection des enfants. Le texte prévoit des peines alourdies et des enquêtes accélérées. Mais pour les associations, la loi ne suffira pas si le silence persiste.
Le mouvement #MeTooEcole, créé en novembre 2025 par des parents, a joué un rôle de catalyseur. En recueillant des témoignages, en interpellant les pouvoirs publics, il a forcé la porte du Sénat. La mission d’information présidée par Agnès Evren est le premier signe d’une volonté politique de sortir de l’omerta.
Parallèlement, la commission Garapon, mise en place par la mairie de Paris, se concentre sur les violences dans les écoles et les centres de loisirs parisiens. Le Monde précise que ses travaux viennent de débuter. Deux initiatives distinctes, mais complémentaires : l’une nationale, l’autre locale. Reste à savoir si elles parviendront à briser le mur du silence.
Des enquêtes en cours, des zones d’ombre
Sur le plan judiciaire, les informations restent parcellaires. Sud Ouest mentionne que le parquet de Paris a ouvert des enquêtes suite à des signalements. Mais aucun chiffre global n’est communiqué. La mission d’information du Sénat a justement pour but de cartographier les violences, afin de permettre aux parquets de mieux coordonner leurs actions.
Aucune mise en examen n’a été rendue publique dans le cadre de cette audition. Les associations insistent : les procédures sont souvent classées sans suite, faute de preuves ou de témoignages. Le silence des institutions décourage les familles de porter plainte. « L’agent reste en poste ou change d’école », rappellent-elles. Autrement dit, le système protège plus l’adulte que l’enfant.
La commission Garapon, elle, n’a pas de pouvoir judiciaire. Elle doit formuler des recommandations. Mais son existence même est un aveu : les mécanismes internes de contrôle ont échoué.
Ce que ça dit de la France
Ce fait divers – tragique et répété – révèle une tension profonde dans la société française. D’un côté, une parole qui se libère, portée par les mouvements #MeToo et les associations de parents. De l’autre, une institution qui résiste, par inertie, par peur du scandale, par méconnaissance.
Le périscolaire est un lieu de passage, mal régulé, où les animateurs sont souvent précaires, mal formés, et où le turnover est élevé. Les parents qui confient leurs enfants le font dans une confiance aveugle. Quand cette confiance est trahie, ils se heurtent à un mur.
Les inégalités territoriales jouent aussi. Les 70 départements représentés dans les témoignages de SOS Périscolaire montrent que le problème n’est pas circonscrit aux grandes villes. Mais les moyens d’enquête et de prévention varient considérablement d’une commune à l’autre. Dans les zones rurales, le silence peut être encore plus lourd, faute de structures d’écoute.
Et pourtant. La mission d’information du Sénat, la commission Garapon, le durcissement du projet de loi : autant de signes que la société française commence à regarder en face ce qu’elle a longtemps ignoré. Reste à savoir si ces initiatives aboutiront à des actes concrets, ou si elles ne seront qu’un énième rapport.
Les parents, eux, ne demandent qu’une chose : que le silence cesse. Et que les enfants soient protégés.
Sources :
- Sud Ouest (avec AFP), « Violences dans le périscolaire : au Sénat, des parents dénoncent un “système qui tient par le silence” », 1er juillet 2026.
- Le Monde, « Violences dans le périscolaire parisien : la commission présidée par Antoine Garapon démarre ses travaux », 1er juillet 2026.
- Données complémentaires : Notre Temps (novembre 2025), pétition à l’Assemblée nationale (2025).
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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