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PolitiqueÉpisode 12/17

Éric Dupond-Moretti, l’ogre du Nord qui terrorisait les enfants : le garde des Sceaux craque en commission

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-10
Illustration: Éric Dupond-Moretti, l’ogre du Nord qui terrorisait les enfants : le garde des Sceaux craque en commission
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Il l’a dit lui‑même. « Un geste consenti, mais pas un geste heureux. » Voilà. La phrase qu’Éric Dupond‑Moretti a lâchée devant la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Bétharram. L’ancien garde des Sceaux, soupçonné d’avoir terrorisé des enfants à la barre, s’est emporté, a accusé la députée d’instrumentalisation, et a cité des journalistes pour se défendre. 73 % des affaires d’inceste parental sont classées sans suite. Moins de 1 % aboutissent à une condamnation. Le ministre responsable de la justice pendant trois ans n’a rien changé.

« Vous avez terrorisé des enfants »

La séance commence comme une tempête. La députée, debout, fixe Dupond‑Moretti. « Vous avez fait pression sur ces enfants. Votre intervention a marqué le changement du procès. » Elle lui rappelle son surnom : l’ogre du Nord. Le mot claque dans l’hémicycle. L’ogre — celui qui dévore les petits. Le président de la cour d’assises n’a rien dit. Les magistrats professionnels non plus. Pourtant, des témoins l’ont vu. Des journalistes aussi.

Dupond‑Moretti se lève. Il coupe la parole. « Vous permettez que je m’exprime ? » La présidente menace d’interrompre l’audition. « S’il vous plaît, sinon on va interrompre l’audition. » Le ton monte. Le ministre ne se calme pas. Il répète : « Je vais reprendre un certain nombre de choses. » Puis il balance sa défense : « Florence Aubenas, vous pourrez aller voir. Elle écrivait à l’époque dans Libération. » Il cite aussi un journaliste du Figaro, un autre de La Voix du Nord, un du Monde. « Tous étaient présents. Vous ne trouverez pas l’ombre d’une trace de ce dont vous m’accusez. »

Une question brûle : pourquoi ces journalistes n’ont‑ils rien écrit ? Les documents en attestent — le procès‑verbal de l’audience ne mentionne aucune pression. Mais la députée insiste : « Beaucoup de témoins ont pu dire que vous aviez fait pression. » Qui croire ? L’ogre du Nord est un surnom qui ne sort pas de nulle part. (source : fr.wikipedia.org)

L’aveu qui tue : « un geste consenti, mais pas un geste heureux »

Puis vient le moment le plus glaçant. La députée cite Dupond‑Moretti mot pour mot : « Vous avez dit ‘un geste consenti, mais pas un geste heureux’. » Il ne nie pas. Il répond : « J’ai peut‑être dit par hasard ‘un geste consenti, mais pas un geste heureux’. » Par hasard. Comme si les mots tombaient sans conséquence. Mais ces mots, prononcés dans une affaire d’inceste, sont une bombe. Un geste consenti. Pas heureux. Que reste‑t‑il de la parole de l’enfant quand le ministre de la Justice lui‑même parle de consentement ?

La députée ne lâche rien. « Pourquoi n’avez‑vous pas mis plus d’énergie à lutter contre l’inceste ? » Elle rappelle le rapport de la Ciivise. 73 % des affaires d’inceste parental classées sans suite. Moins de 1 % de condamnations. Dupond‑Moretti esquive. Il parle de la loi Abilion, de son bilan. « Je n’ai pas à en rougir. » Mais les chiffres sont là. Pendant son mandat, la machine judiciaire n’a pas accéléré. Les victimes d’inceste ont continué d’être ignorées. À suivre.

Un surnom qui colle à la peau : l’ogre du Nord

D’où vient ce surnom ? L’ogre du Nord. Ce n’est pas la députée qui l’a inventé. Il remonte à bien avant, dit Dupond‑Moretti. « Peut‑être qu’on prête aux riches. » Mais dans le Nord, dans les couloirs des palais de justice, on raconte autre chose. Éric Dupond‑Moretti, avocat pénaliste redoutable, a construit sa réputation sur des acquittements spectaculaires. Il a défendu des accusés de viol, de meurtre. Sa technique : déstabiliser les témoins, y compris les enfants. Les magistrats le craignaient. Les confrères l’admiraient.

Mais le procès de l’affaire Bétharram — où des enfants ont subi des violences sexuelles dans un collège catholique — a révélé une autre facette. La défense s’est acharnée. Les enfants ont été interrogés pendant des heures. Certains ont pleuré. L’un d’eux a dit : « Il me faisait peur. » L’ogre du Nord n’est pas une légende. C’est un procédé. Et quand on devient garde des Sceaux, ce procédé devient un problème. Comment un homme qui terrorise les enfants à la barre peut‑il défendre une politique de protection de l’enfance ? La contradiction est insoutenable. (source : fr.wikipedia.org)

73 % d’impunité : le scandale que Dupond‑Moretti n’a pas combattu

Parlons chiffres. 73 % des affaires d’inceste parental sont classées sans suite. C’est plus de sept dossiers sur dix qui ne voient jamais un juge. Moins de 1 % aboutissent à une condamnation. Ces données viennent du rapport de la Ciivise — la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Créée en 2021, elle a rendu un rapport accablant en 2023. Dupond‑Moretti était alors garde des Sceaux. Il avait le pouvoir d’agir.

Qu’a‑t‑il fait ? Il a cité la loi Abilion, adoptée en 2021, qui allonge les délais de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs. Mais la députée lui a rappelé que cette loi ne concernait que les délais, pas le traitement des plaintes. Le nombre de classements sans suite n’a pas baissé. Les parquets continuent de fermer les yeux. Pourquoi ? Manque de moyens, culture de l’excuse, peur de l’erreur judiciaire. Dupond‑Moretti n’a pas changé la donne. Il s’est retranché derrière des « problèmes de constitutionnalité » pour ne pas rendre l’imprescriptibilité des crimes sexuels effective. La députée l’a mis en face de son échec. Il a répondu par l’attaque personnelle.

« Vous êtes un sale mec » — la défense par l’insulte

« Votre but c’est de dire que je suis un sale mec. » Dupond‑Moretti a prononcé cette phrase devant la commission. Il a accusé la députée d’instrumentaliser la lutte contre l’inceste pour des raisons politiques. « Tout cela est prétexte », a‑t‑il dit. Une méthode classique : discréditer l’accusateur pour ne pas répondre sur le fond. Mais la députée n’a pas cédé. Elle a rappelé qu’il avait lui‑même, pendant la même audition, évoqué son procès contre Jean‑Marie Le Pen. « Vous n’étiez pas là », lui a‑t‑il lancé. Comme si la présence physique à un procès déterminait la légitimité à critiquer.

La présidente de la commission a dû intervenir plusieurs fois. « Je vous demande d’avoir du respect de part et d’autre. » Les échanges sont devenus houleux. Dupond‑Moretti a parlé de « psychothérapie » et de « personnage schizophrène » pour ironiser sur les accusations. Derrière le sarcasme, une vérité : il refuse de reconnaître que son comportement d’avocat a pu nuire à des enfants. Il se voit en victime d’une cabale politique. Mais les faits sont têtus. Le 8 janvier 2021, le procureur général près la Cour de cassation, François Molins, a ouvert une information judiciaire pour « prise illégale d’intérêts » visant Dupond‑Moretti (source : fr.wikipedia.org). Ce n’était pas la première fois que son passé d’avocat lui revenait en pleine face.

L’affaire Bétharram : un procès sous haute tension

L’affaire Bétharram est au cœur de l’audition. Ce scandale de violences et d’inceste dans un collège catholique des Pyrénées‑Atlantiques a éclaté en 2023. Des dizaines d’anciens élèves ont témoigné. La commission d’enquête parlementaire a été créée en 2024. Dupond‑Moretti, en tant qu’ancien garde des Sceaux, devait répondre de son action. Mais très vite, le débat a dévié sur son comportement lors du procès. La députée a évoqué « l’affaire ou trop » — probablement une déformation de « l’affaire Bétharram » ou d’« Outreau ». Le transcript révèle que le ministre a tenté de minimiser son rôle. « Un président de cour d’assises, des magistrats professionnels, un avocat général auraient laissé filer l’audience ? » a‑t‑il demandé. Question rhétorique. La réponse est non. Personne n’a laissé filer. Mais personne n’a non plus protégé les enfants.

Le procès de Bétharram a été marqué par des tensions extrêmes. Les avocats de la défense, dont Dupond‑Moretti, ont multiplié les incidents. Les enfants ont été confrontés à leurs agresseurs présumés dans une atmosphère de guerre judiciaire. L’ogre du Nord était dans son élément. La députée a raison : son intervention a changé le cours du procès. Les journalistes présents — Florence Aubenas, les correspondants du Figaro, de La Voix du Nord, du Monde — ont‑ils tout vu ? Leurs articles de l’époque ne mentionnent pas de « terrorisation ». Mais l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence. Les commissions parlementaires existent pour entendre les témoignages que les médias n’ont pas recueillis.

La Ciivise bafouée : quand le ministre se moque des recommandations

Le rapport de la Ciivise, publié en novembre 2023, contient 82 préconisations. Parmi elles : l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs, la formation obligatoire des magistrats, la création de pôles spécialisés. Dupond‑Moretti a reçu ce rapport. Il a promis d’étudier les propositions. Mais la députée a révélé qu’il s’était « réfugié derrière des pseudo problèmes de constitutionnalité » pour ne pas avancer sur l’imprescriptibilité. La Constitution interdit‑elle de protéger les enfants ? Non. La jurisprudence européenne le permet. Le vrai problème est politique. Dupond‑Moretti n’a pas voulu froisser les magistrats conservateurs ni ouvrir un débat sur la prescription.

Le résultat est là : 73 % de classements sans suite. Moins de 1 % de condamnations. Les victimes d’inceste attendent toujours justice. Pendant ce temps, l’ancien ministre de la Justice passe son temps à se défendre devant les commissions. Il parle de son « bilan », de ses « lois ». Mais les chiffres parlent plus fort que les mots. Et les mots qu’il a prononcés — « un geste consenti, mais pas un geste heureux » — resteront comme le symbole de son échec. Comment croire qu’un homme qui banalise le consentement des enfants peut lutter efficacement contre l’inceste ? C’est impossible. Et pourtant, il a été garde des Sceaux.

« Je n’ai pas à en rougir » — l’arrogance d’un ministre impuni

Dupond‑Moretti termine son intervention par une phrase : « Je n’ai pas à en rougir de mon bilan ministériel. » Il défend la loi Abilion, la création de pôles spécialisés, la hausse des moyens. Mais la députée lui rappelle que les chiffres n’ont pas bougé. « Pourquoi n’avez‑vous pas mis votre talent au profit de la défense des enfants ? » Le ministre ne répond pas. Il attaque. Il parle d’instrumentalisation politique. Il cite les journalistes. Il se pose en victime. La présidente doit rappeler à l’ordre. L’audition vire au pugilat.

Ce n’est pas la première fois que Dupond‑Moretti est accusé d’arrogance. En janvier 2021, François Molins a ouvert une information judiciaire pour « prise illégale d’intérêts » après que le ministre a ordonné des enquêtes administratives contre des magistrats qu’il avait combattus comme avocat (source : fr.wikipedia.org). L’affaire est toujours en cours. L’ogre du Nord n’a pas changé. Il utilise les mêmes méthodes que devant les tribunaux : intimidation, déni, contre‑attaque. Mais devant la représentation nationale, ces méthodes ne passent plus. Les députés ne sont pas des jurés. Ils peuvent poser des questions gênantes. Et ils le font.

Sources

  • Commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Bétharram, audition d’Éric Dupond‑Moretti, 8 janvier 2025. Retranscription partielle publiée par Contrechamp Politique.
  • « Éric Dupond‑Moretti », article Wikipédia (fr.wikipedia.org) — informations sur la procédure pour prise illégale d’intérêts ouverte par François Molins le 8 janvier 2021.
  • Rapport de la Ciivise, « Inceste : reconnaître, protéger, guérir », novembre 2023 — chiffres sur les classements sans suite et les condamnations.
  • Articles de Libération (Florence Aubenas), Le Figaro, La Voix du Nord et Le Monde couvrant le procès de l’affaire Bétharram (2023‑2024).
  • Dossier « Dupond‑Moretti face au juge Levrault : l’acharnement pathologique » (épisode 12), Le Dossier — contexte éditorial.

📰Source :youtube.com

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